Les pieds dans le plat

Il est comme ça, Yves Leterme, capable de vous déclencher une tornade politique, l'air de ne pas y toucher, simplement parce qu'il est excédé par "les insinuations" qui courent sur son compte.Les ministres demandent la clarté Pour la presse, Leterme est hors-jeuNollet appelle Leterme à démissionnerEdito: Fortis, le pot de terre et le pot de rouilleUn sale coup de téléphone dans la tête"La pression du politique est virtuelle"La lettreRéagissez sur notre forum

Martin Buxant
Les pieds dans le plat
©BELGA

Il est comme ça, Yves Leterme, capable de vous déclencher une tornade politique, l'air de ne pas y toucher, simplement parce qu'il est excédé par "les insinuations" qui courent sur son compte. Alors là, ce mercredi matin, après avoir lu dans le "Laatste Nieuws" que son cabinet avait effectué des pressions sur la magistrature dans le cadre de l'"affaire Fortis", le Premier ministre a avalé de travers Et a réclamé un listing des contacts éventuels entre ses collaborateurs et des magistrats.

Pour le coup, Yves Leterme a été servi. La lettre (lire ci-contre) qui résume les "contacts" entre son cabinet de Premier ministre et des magistrats (voire des personnes impliquées dans la procédure judiciaire) a eu l'effet d'une bombe dans l'après-midi au Parlement. Et débouche, notamment, sur la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire en bonne et due forme proposée par les cinq partis de la majorité.

Voilà donc le Premier ministre au milieu du gué - l'opposition réclame sa démission. Lui dit produire cette missive de deux pages pour prouver qu'il n'a eu aucun contact "personnel" avec la magistrature. Mais, aujourd'hui, une série de questions se posent. Dont celles-ci : à quel degré le Premier ministre a-t-il été tenu personnellement au courant des informations collectées par son chef de cabinet, Hans D'Hondt, et les autres membres de son équipe ? Secundo, y a-t-il eu pression de son cabinet sur la magistrature ? Et, enfin, Yves Leterme doit-il assumer des actes posés - à son insu ? - par des membres de son cabinet ? A charge de la commission d'enquête de démêler ces nœuds.

"Incontrôlable"

Pour l'heure, la coalition gouvernementale fait bloc autour du Premier. Péniblement. Car la confiance entre les cinq partis de la majorité - laborieusement tissée - est désormais à ranger au rayon des souvenirs. Pensez donc, mercredi matin, le Premier ministre a enchaîné un Comité de concertation, puis un Conseil des ministres restreint (Kern) sans rien laissé paraître de ses intentions. Et le voilà qui déboule, en début d'après-midi, sur le tapis plain de la Chambre en distribuant sa lettre aux députés. "Il m'a dit : 'Je vais distribuer ça, regarde', raconte un membre de son gouvernement. Et nous avons constaté que c'était une bombe." Ailleurs, dans la majorité, on soupire : "Comment a-t-il pu nous tenir à l'écart de ses intentions ? Il est incontrôlable."

Il est comme ça, Yves Leterme - allant jusqu'à surprendre plusieurs de ses collaborateurs qui ignoraient ses intentions jusqu'en début d'après-midi. Dans la tribune de la Chambre, mercredi, Hans D'Hondt, blazer gris cendre, est penché légèrement en arrière sur son siège. Aux aguets. A la tribune, le chef de file des verts, Jean-Marc Nollet, fustige le Premier ministre. "Ce qui transparaît de cette lettre est accablant, lance-t-il. Et c'est extrêmement grave : votre chef de cabinet a eu des contacts avec la magistrature et il a fallu attendre ce mercredi pour que nous en ayons connaissance ! Vous portez la responsabilité des erreurs de votre chef de cabinet."

Un Kern doit avoir lieu ce jeudi matin, avant que ne reprennent les travaux de la Chambre (où BHV s'invitera, lire en page6). "Un Kern ?, sourit un membre du gouvernement. Mais pourquoi faire ? Le Premier ministre ne nous y raconte quand même pas ce qu'il a l'intention de faire."

La confiance règne.


Marianne Thyssen concerte en interne La présidente du CD&V Marianne Thyssen concerte en interne, jeudi matin, au sujet de la situation politique, a indiqué le porte-parole du parti. Mme Thyssen est revenue jeudi matin de Strasbourg où elle a pris part à la session pléniaire du parlement européen. Des réunion formelles au sein du CD&V ne sont pas encore prévues, selon le porte-parole. Mme Thyssen est attendue à Bruxelles entre 9h30 et 10h00. Elle aura alors une série de discussions au sein de son parti. Aucune réunion éventuelle d'un bureau de parti n'est dès lors prévue avant midi.

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