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Energie - nucléaire

Antoine: "Osons prolonger la vie des centrales"

Philippe Lawson

Mis en ligne le 03/02/2009

André Antoine lance un appel au fédéral pour établir un plan stratégique en ce sens. A défaut, dit-il, la facture énergétique pourrait afficher jusqu’à 1 028 € de plus par an. L’avenir énergétique belge passe par un mix : nucléaire, renouvelable, économie, etc.

Entretien

Courage politique ou réalisme devant l’échéance de 2015 (début de démantèlement des centrales nucléaires belges) dans le chef du ministre wallon de l’Energie et des Transports, André Antoine (CDH) ? Sur base d’une analyse comparative détaillée, le vice-président régional arrive aujourd’hui à la conclusion que la décision belge de sortir du nucléaire dès 2015, prise il y a plus de cinq ans, est un leurre. Il appelle ses collègues responsables politiques régionaux et fédéraux à faire marche arrière et à lancer le processus de prolongation de la vie de nos centrales nucléaires au-delà de 2015.

Pourquoi ce changement de cap ?

C’est parce que nécessité fait choix, car il faut aujourd’hui appréhender la problématique sur base de trois choses : la sécurité d’approvisionnement de la Belgique, l’impact de cette décision à brève échéance sur la facture des ménages et le défi en matière environnementale et de rejets de CO2. Je voudrais mettre les chiffres sur la table pour justifier de l’opportunité de prolonger l’exploitation de nos centrales nucléaires belges, mais avec des conditions.

Quelles sont ces conditions ?

Il faut notamment un rapport détaillé sur la sécurité des centrales dont la durée de vie serait prolongée ainsi qu’une évaluation des investissements à réaliser pour garantir une sécurité maximale de ces centrales et la recherche d’une solution durable pour les déchets nucléaires. La prolongation des centrales nucléaires ne doit pas entraîner un relâchement des efforts et des investissements en faveur des énergies renouvelables et des travaux d’économie d’énergies. L’avenir énergétique de la Belgique passe par un mix entre le nucléaire, le renouvelable et les économies d’énergies.

Que donnent vos chiffres sur la sortie du nucléaire ?

Cette sortie ne nous permettra pas de respecter l’engagement de réduction de nos émissions de CO2 de 20 pc à l’horizon 2020. Par ailleurs, elle rendra la Belgique de plus en plus dépendante vis-à-vis des sources d’énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz). Elle augmenterait l’effort à réaliser par les secteurs des transports, l’industrie, le logement qui doivent réduire leur consommation de près de 50 pc pour garantir le niveau de production d’électricité. Il faut aussi se demander si nous sommes prêts à payer le prix de cet abandon du nucléaire au profit du renouvelable. Car il entraînerait, à terme, une hausse de la facture de 386 € par an pour un ménage en termes d’impact du prix du certificat vert et des allocations de CO2 s’il s’agit d’une centrale TGV (Turbine-Gaz-Vapeur). Si le ménage se chauffe à l’électricité (20 000 kilowattheures/kWh), le surcoût pourrait s’élever à 1 028 € par an.

Le maintien des centrales se traduirait-il par une baisse de la facture ?

Non, mais l’augmentation est moins importante. Elle est évaluée à environ 10 à 12 € par an. Par ailleurs, leur maintien permettrait de réaliser un gain de 8,6 milliards d’euros pour l’opérateur historique. Il faudra utiliser ces nouveaux moyens pour amplifier les politiques de réduction de la consommation d’énergie, d’innovation technologique et pour soulager la facture du consommateur. La prolongation de la vie des centrales doit aussi s’accompagner d’un renforcement de la concurrence sur le marché de l’énergie.

Sur base de votre analyse, que pensez-vous de la décision de sortie du nucléaire prise en 2003 ?

Ce n’était pas une bonne décision. Elle aurait dû s’accompagner d’un plan de substitution crédible, ce qui n’a pas été fait. Les promoteurs et partisans de cette sortie, en l’occurrence les Ecolos, n’ont jamais rien dit à propos de son impact sur les coûts, notre sécurité d’approvisionnement et la réduction des émissions de CO2. Le nucléaire fournit entre 55 et 60 pc de l’électricité consommée en Belgique et nous devons en plus importer environ 10 pc de notre consommation. Il est temps que le fédéral lance un processus de modification de la loi de sortie du nucléaire et ce, en concertation avec les Régions qui sont compétentes pour toute la politique relative aux économies d’énergies, aux énergies renouvelables (permis, etc.).

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