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Fortis
Ping An joue son va-tout
Philippe Galloy
Mis en ligne le 03/02/2009
Le dossier Fortis vire à la guerre froide belgo-chinoise. La démission de Louis Cheung Chi Yan de son poste d’administrateur du groupe financier belge a eu l’effet d’une bombe. Annoncé dimanche soir, le départ du représentant de Ping An auprès de Fortis traduit la divergence de vues entre le groupe chinois, qui détient 5 pc de Fortis holding, et les autres membres de la direction du groupe belge. A fortiori, les Chinois n’apprécient guère non plus les positions de BNP Paribas et de l’Etat belge. Pire : Ping An a mal digéré son éviction des négociations de la semaine dernière et menace à présent d’émettre un vote négatif lors de l’assemblée générale du 11 février.
Pour rappel, Fortis, BNP et le gouvernement fédéral avaient adopté, vendredi dernier, une nouvelle mouture de la convention qui prévoit de céder des actifs du groupe financier belge à la banque française. Ce nouvel accord prévoit de laisser les activités de Fortis Insurance dans le holding mais maintient le transfert de ses activités bancaires, dont 25 pc sont attribués à l’Etat belge. Le groupe chinois "regrette qu’on ne l’ait pas consulté", lors des négociations ayant conduit à cette nouvelle convention, nous a confié l’avocat de Ping An en Belgique, Stefan Odeurs. L’assureur chinois a posé une série de questions au gouvernement belge à propos de cet accord. Le contenu de ces questions est strictement confidentiel. Mais elles portent vraisemblablement sur l’interprétation de l’accord avec BNP Paribas, donnée dans la circulaire que Fortis a publiée samedi. "Si Ping An n’obtient pas de réponses cette semaine ou reçoit des réponses qui ne sont pas satisfaisantes, il votera contre le nouveau projet de cessions d’actifs de Fortis", menace l’avocat du groupe chinois, interviewé par "L’Echo".
Ping An rétrograde Fortis
En réalité, les Chinois sont très désappointés de voir ce que leur projet industriel de l’automne 2007 est devenu. Fin novembre de cette année-là, Ping An avait acquis une participation de plus de 4 pc dans Fortis, une part ensuite portée à 5 pc. A l’époque, Fortis était en pleine acquisition d’une partie de la banque néerlandaise ABN Amro. A ce moment, la crise financière n’était pas encore à l’ordre du jour. Ping An se voyait donc devenir l’actionnaire numéro 1 d’un groupe financier en pleine expansion et prêt à s’internationaliser encore davantage. Mais la crise du "subprime" a progressivement révélé que Fortis avait eu les yeux plus gros que le ventre. Pourtant, début octobre 2008, Ping An avait encore maintenu sa confiance dans Fortis, l’assurant qu’il n’était pas question de réduire sa participation dans le groupe belge.
Mais les choses se sont ensuite gâtées. Louis Cheung s’est abstenu lors du vote du conseil d’administration sur la cession d’actifs à BNP Paribas. Et dans les procès et les assemblées générales qui ont suivi le sauvetage de Fortis (cession d’actifs aux Pays-Bas et à BNP), le soutien de Ping An à Fortis n’est plus apparu aussi clair qu’auparavant. Et pour cause : en quelques semaines, le groupe chinois avait vu sa position à la tête d’un puissant holding financier du Benelux se transformer en une participation dans un groupe où ne restaient plus que des activités d’assurances à l’international et une part dans un portefeuille de crédits structurés. L’accord revu et corrigé ne semble pas lui plaire non plus.
Selon Ping An, le départ de Louis Cheung n’est pas lié à ce nouvel accord. Toutefois, le groupe chinois reconnaît qu’il ne veut plus mobiliser l’énergie de Cheung sur un projet qui n’a plus du tout la même orientation que celle convenue à l’automne 2007. Ping An remplacera son administrateur chez Fortis par une personne du haut management mais qui ne fait pas partie du conseil d’administration du groupe chinois. Traduction : l’assureur chinois rétrograde Fortis dans l’ordre de ses priorités. Ce qui expliquerait pourquoi il est prêt à jouer le tout pour le tout en votant "non" à l’assemblée de la semaine prochaine. Reste à voir si et ce que le gouvernement belge lui aura répondu entre-temps
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