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Fortis, un an après

Les plus sombres heures de Fortis

Philippe Galloy

Mis en ligne le 26/09/2009

Il y a un an, le premier groupe financier du pays a frôlé la pire des faillites. Retour sur ces heures qui ont changé la face de Fortis et du monde financier belge.

Le vendredi 26 septembre 2008 reste dans les mémoires comme le jour où l’économie belge a failli sombrer. Ce matin-là, ce n’est pas seulement Fortis qui est au bord de la faillite, mais bien l’ensemble de la sphère économique du pays. Si le premier bancassureur belge vient à déposer son bilan, des milliers d’entreprises seront paralysées, faute de pouvoir utiliser leurs lignes de crédit. Et que dire des centaines de milliers de clients particuliers, des épargnants pour la plupart, dont les économies sont parquées sur des comptes Fortis ?

Pourtant, ce n’est pas un mirage : ce vendredi-là, le numéro un belge de la finance est au bord de l’asphyxie. En Bourse, l’action Fortis chute de 20 %. Ce titre qui valait encore plus de 12 euros au début de l’été 2008 tombe à 5 euros en ce début d’automne. Les rumeurs les plus folles circulent. On sait que Fortis est exposé au marché des crédits à risque des Etats-Unis, les fameux "subprime mortgages" (prêts hypothécaires à taux supérieur). Au premier semestre, Fortis a d’ailleurs déjà perdu 591 millions d’euros à cause des réductions de valeur sur son portefeuille d’investissement. Ce que l’on ignore, à l’époque, c’est que, pour le lundi qui suit, le bancassureur a besoin de 30 milliards d’euros et de 10 milliards de dollars. Ces sommes colossales sont nécessaires pour que le groupe puisse assumer ses engagements. Le problème, c’est que ces sommes, Fortis a l’habitude de les emprunter sur le marché interbancaire. Un marché qui ralentit progressivement depuis le début de la crise des "subprime", à cause de la méfiance qui s’installe entre les banques. Chacune soupçonne l’autre d’être plus exposée aux crédits à risque qu’elle l’affirme.

La faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, ne fait qu’accélérer ce processus. Le marché interbancaire est à l’arrêt. Fortis, qui détient un portefeuille de crédits structurés de 53 milliards d’euros, n’en mène pas large. D’autant que le groupe financier présente un autre handicap. En 2007, il s’est lancé dans la plus grande offre publique d’acquisition du secteur financier européen, lancée en partenariat avec Royal Bank of Scotland et Santander sur la néerlandaise ABN Amro, rivale de toujours de Fortis. Pour payer sa part de l’addition, le groupe belge a déjà raclé les fonds de tiroir. 24 milliards d’euros, ça ne se trouve pas facilement. Il a fallu une augmentation de capital, des ventes d’actifs, des émissions de titres hybrides, etc.

Il faut y ajouter le plan de solvabilité annoncé en juin 2008, impliquant une nouvelle augmentation de capital, réservée à des institutionnels, et une suspension du dividende. A l’époque, les actionnaires croyaient avoir vécu le pire. Ils se trompaient.

Car le 26 septembre, plus aucune mesure conventionnelle ne peut sauver Fortis. C’est l’Etat qui doit intervenir. Les réunions se succèdent, tantôt à la rue de la Loi, tantôt à la Banque nationale. Celle-ci a pour mission d’être le prêteur des banques en dernier ressort. On croyait que cette compétence ne serait jamais exercée et qu’elle n’existerait jamais que comme mesure destinée à rassurer le marché. On se trompait. La BNB allonge donc l’argent nécessaire. Mais elle ne pourra pas le faire indéfiniment. Il faut donc impérativement que la confiance du marché envers Fortis revienne.

Pour cela, les principaux dirigeants de la BNB et de la CBFA (Commission bancaire, financière et des assurances), ainsi que le gouvernement fédéral, ne voient qu’une solution : il faut que l’Etat belge entre dans le capital de Fortis. L’idée est d’envoyer un message fort au marché : les pouvoirs publics sont prêts à soutenir leurs institutions financières systémiques. L’Etat achètera finalement 50 % de Fortis Banque, puisque c’est là que se trouve le problématique portefeuille de crédits structurés. Mais le marché jugera la réponse insuffisante, ce qui imposera la recherche d’une autre solution : l’adossement de la banque à BNP Paribas. Ces décisions cruciales marquent le début de la crise financière belge. Une crise aujourd’hui terminée ?

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