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Énergie | Nucléaire

Dix ans de vie de plus pour trois réacteurs

Ph. Law.

Mis en ligne le 02/10/2009

C'est la proposition du ministre Magnette suite au rapport d'experts Gemix. Pour lui, il y va de la sécurité d'approvisionnement de la Belgique.

Se basant sur le rapport définitif du "groupe d’experts chargé d’étudier le mix énergétique idéal de la Belgique à moyen et à long terme", dénommé Gemix, le ministre fédéral de l’Energie Paul Magnette (PS) a proposé jeudi de prolonger de dix ans la durée de vie des trois anciennes centrales nucléaires. Il s’agit des réacteurs Doel 1, Doel 2 et Tihange 1 affichant ensemble une puissance de 1788 MW sur un parc nucléaire de 5800 MW. Avec cette position, le ministre Magnette coule la loi de sortie du nucléaire qui prévoyait l’extinction de ces trois premières centrales à l’horizon 2015. "J’ai toujours dit qu’il faut objectiver le débat et se baser sur une analyse impartiale et neutre. D’où la mise en place du groupe d’experts internationaux. Aujourd’hui, il y va de la sécurité d’approvisionnement de la Belgique", nous a confié le ministre socialiste. D’après lui, la prolongation permettrait d’éviter une production importante de CO2 et de maintenir un niveau de prix qui protège le pouvoir d’achat des ménages ainsi que la compétitivité des entreprises belges. En prenant position pour un bail supplémentaire de dix ans pour les trois anciens réacteurs (renouvelables après une évaluation), Paul Magnette suit les recommandations du groupe Gemix et adopte leur argumentation. D’après le groupe, les objectifs que doit atteindre la Belgique en matière de réduction de la consommation (- 15 %) et de développement des énergies renouvelables (13 % de la consommation finale) à l’horizon 2020, ne suffisent pas à combler le déficit de production dans le cas d’une fermeture des trois réacteurs en 2015. Mais le débat n’est pas clos, car, dit Paul Magnette, "il ne peut être question de décider aujourd’hui de prolonger les nouvelles centrales nucléaires (Doel 3, Doel 4, Tihange 2 et Tihange 4) qui ne sont pas directement concernées par la question de la sécurité d’approvisionnement".

Il n’est pas question ici de faire un cadeau aux producteurs d’électricité d’origine nucléaire. Paul Magnette propose donc de subordonner la prolongation de la durée de vie des trois réacteurs d’une série de conditions. "Il faut des investissements massifs dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique ainsi que le développement de l’emploi et de la formation professionnelle dans le secteur de l’énergie. Il faut aussi mettre en place un mécanisme structurel pour assurer le prélèvement d’une part significative de la marge nucléaire. Ce mécanisme permettra de calculer la marge et d’évaluer la part contributive au budget de l’Etat. Il est temps de sortir de ce cycle de négociation annuelle avec des taxes", nous a encore confié Paul Magnette.

Le groupe Gemix invite le fédéral à prendre une décision politique d’ici la fin de l’année. Le ministre fédéral de l’Energie entend formuler des propositions à ses collègues du gouvernement. Electrabel et sa maison-mère (GDF Suez) ont accueilli la nouvelle avec prudence et discrétion. GDF Suez a indiqué dans un communiqué avoir pris acte de la position du ministre du Climat et de l’Energie. Il dit être disposé à poursuivre les discussions en cours afin de parvenir un accord global dans les meilleurs délais.

Pour rappel, après avoir imposé une taxe de 250 millions d’euros à Electrabel (une petite partie à charge de SPE) en 2008, le fédéral a réitéré l’opération pour 2009. Le groupe a payé, mais a contesté la mesure devant la cour constitutionnelle. Aujourd’hui, l’objectif, pour les deux parties, est d’arriver à mettre en place des règles claires et précises.

Savoir Plus

Nature & Progrès dénonce la proposition de Paul Magnette

L'asbl Nature & Progrès a vivement réagi à la proposition de Paul Magnette qui souhaite prolonger de dix ans la durée d'exploitation des trois plus anciennes centrales nucléaires belges. Elle parle "d'erreur historique" et demande au gouvernement d'appliquer la loi de sortie du nucléaire, telle qu'adoptée en 2003.

L'association estime que la proposition de Paul Magnette sert à "combler les trous dans le budget de l'Etat laissés par la crise économique et financière".

Nature & Progrès, dont la mission est de renforcer la prise de conscience, la solidarité et l'échange, considère que le citoyen est "perdant" en "payant cette technologie sans avenir".

Dès lors, l'association considère que "la loi de sortie du nucléaire, adoptée par l'Etat Belge en 2003, doit absolument être appliquée comme prévu" et qu'"une politique énergétique digne de ce nom se mène à très long terme".

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