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Une journée à vivres

Charlotte Mikolajczak

Mis en ligne le 10/10/2009

A Bruxelles, ils sont entre 15 et 20 à gérer les entrées et sorties des vivres.
Reportage

Rue de Glasgow à Anderlecht, au siège de la Banque alimentaire de la section Bruxelles-Brabant. Difficile de trouver l’entrée. Sans doute parce qu’il y en a beaucoup, dont certaines condamnées. De l’extérieur, la visibilité de la distribution des pièces semble claire : entrepôts au rez, bureaux aux étages. À l’intérieur, c’est moins simple : un dédale de couloirs et d’escaliers; une succession de pièces à l’affectation mal définie; deux chambres froides à l’étage (- 20 et +6°); trois trancheuses de pain au rez; ici, la machine à laver les cageots; là, des crochets peseurs ou des balances. Mais ce qui étonne le plus, ce sont ces caisses de différentes tailles qui colonisent n’importe quel espace libre, s’infiltrant jusque dans les caves et les couloirs de l’étage dit administratif.

"Je rêve d’un grand entrepôt de plain-pied et d’un seul tenant", dit en souriant Karim Battah qui dirige l’entrepôt. Depuis trois ans et demi, il fait exactement ce à quoi son graduat en gestion de transport et logistique l’a formé: organiser les allées et venues des quatre camions de sa Banque, dont trois frigorifiques, et gérer le ballet des palettes de denrées tantôt entrantes, tantôt sortantes. De journée type, il n’en a pas. Jusqu’à son équipe qui change de jour en jour. "On est une quinzaine, parfois vingt. Certains sont bénévoles - comme Marcel Badarau qui, depuis 2 ans, vient tous les jours, ou Paul Leroy qui est là les lundis, mardis et jeudis depuis 15 ans -. D’autres sont envoyés par le CPAS dans le cadre de l’article 60 ou sont sous contrat de remise au travail."

Mais sa gestion profite quand même d’une certaine routine avec des tournées quotidiennes et d’autres effectuées systématiquement tous les 3 ou les 4 jours. "Les vivres frais sont généralement amenés le matin, dit-il. Tous les jours pour le pain, trois fois par semaine en provenance de la criée." "En pleine saison, cela fait cinq palettes de fruits et légumes par jour. Avec le froid, cela diminue. On ne sait rien à l’avance", précise Marcel Badarau.

Ça, c’est pour les vivre qui entrent. Pour ceux qui sortent, l’agenda est bien plus arrêté: les ASBL ont leur jour et leur heure fixes. "Une fois par mois pour leur palette de denrées non périssables et une fois par semaine pour le frais", ajoute-t-il. Les commandes sont préparées en fonction de leurs demandes, liées au nombre de personnes qu’elles soutiennent, et en fonction des stocks. "Généralement, elles mettent des croix partout sur leur bon de commande et on fait avec ce qu’on a, reprend Karim Battah . On essaye au maximum de les contenter, mais ce n’est pas toujours possible." La plupart viennent avec leur propre camion ou camionnette. "Je profite parfois d’un creux ici pour envoyer un camion ravitailler les ASBL qui n’ont pas de véhicule approprié", confie-t-il.

"L’objectif des Banques alimentaires, c’est de se battre contre le gaspillage de nourriture et de redistribuer ces surplus à ceux qui en ont besoin", rappelle Michel Verkaeren, responsable de la collecte chez Delhaize. "On n’achète rien et on ne vend rien." "Sauf les camions dans lesquels on est bien obligés d’investir", sourit-il, faisant référence à des bienfaiteurs auxquels les Banques lancent périodiquement des appels de fonds.

Pour dénicher leurs vivres, les neuf banques du pays travaillent parfois ensemble, parfois séparément. A leur service "Appro" de faire preuve d’imagination pour trouver un maximum de ressources. "Sur notre territoire, indique Karim Battah, il n’y a pas de ferme ni de laiterie. Par contre, on a les dépôts centraux de Delhaize, Colruyt et Cora. Et la criée de Sint-Katelijne-Waver n’est pas loin. On a également des accords avec Le Pain Quotidien et la boulangerie industrielle La Lorraine." Des noms qui, pour lui, se traduisent en sacs de pains, en caisses de pots de yaourt, en cageots de barquettes de viande, en palettes de fruits et légumes

Quand on sait que les banques alimentaires reçoivent également tous les produits dont la date de péremption est en passe d’être dépassée, cela fait beaucoup de produits à trier. Ce qui se fait dans une autre des nombreuses salles du bâtiment. Et toujours avec les moyens du bord, bénévoles ou stagiaires. "On vient ici tous les mardis", explique Nathalie Dinjart, professeur à l’Ecole du manoir d’Anjou, à la tête d’une petite équipe d’étudiantes. "Il faut trier les produits selon plusieurs catégories (café/thé, boissons, petit déjeuner, biscuits, condiments, sauce tomate, plats préparés ) et remplir correctement les cartons que l’on pèse pour qu’ils ne dépassent pas les 10 kilos." Une tâche qui rappelle celle des milliers de bénévoles effectuée pendant 17 ans, juste après la semaine de collecte de vivres ancienne formule chez Delhaize.

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