Mardi 9 fév 2010

banque

Baudouin Prot: "Nos intérêts sont convergents avec ceux de l’Etat belge"

Grégoire Biseau et Nicolas Cori

Mis en ligne le 07/11/2009

Baudouin Prot, patron de BNP Paribas, commente l’apport de Fortis.

Le groupe BNP Paribas a gagné 1,3 milliard d’euros au troisième trimestre, 4,5 milliards depuis le début de l’année. Est-ce le signe que la crise est derrière vous ?

Les résultats de BNP Paribas sur neuf mois portent à l’évidence la preuve que la crise financière est terminée, mais que la crise économique, elle, continue. Nous faisons de très bons résultats dans nos activités de marché, car leur fonctionnement s’est normalisé depuis l’année dernière. Les marchés actions et obligations se sont rouverts, et la demande en financement de nos clients (les grandes entreprises) est repartie à la hausse. En revanche, pour la banque de détail, notre coût du risque, qui est fonction du nombre de défaillances et d’impayés des petites entreprises et des particuliers, est en forte hausse.

Vous êtes donc parti pour réaliser en 2009 une de vos meilleures années… ?

Nos résultats sont solides, mais ce ne sont pas des bénéfices records. Ils doivent être rapportés à notre taille. Fin 2008, nos fonds propres étaient de 36,5 milliards d’euros. Ils sont de 61,5 milliards aujourd’hui. Nous sommes un des seuls groupes à avoir fait une acquisition majeure pendant la crise avec le rachat de Fortis en Belgique. Mais l’évolution de notre rentabilité porte bien la marque de la crise. Le rendement sur fonds propres, qui était de 20,7 % en 2007, est passé à 11 % pour les neuf premiers mois de 2009.

Est-on revenu à une situation d’avant la crise pour les activités de marché ?

Pour BNP Paribas, rien n’est comme avant la crise. Nous avons beaucoup réduit les risques de nos activités de marché. Nous avons arrêté de vendre certains produits structurés complexes qui ont généré des pertes importantes fin 2008. Du fait de leur nature, leur gestion était particulièrement difficile au moment où les marchés se disloquaient. Et nous ne voulons pas nous retrouver de nouveau dans une telle situation. Enfin, depuis le début de l’année, notre activité se fait, pour l’essentiel, sur des produits plus simples, comme les émissions d’obligation ou les produits de couverture de change ou de taux.

Pourtant, les traders disent que c’est reparti comme avant…

Ce qui est vrai, c’est que nos traders ont de nouveau l’impression de bien faire leur métier. Dans de très nombreux secteurs, l’activité était au point mort l’année dernière. Mais aujourd’hui, elle est repartie et nous avons gagné des parts de marchés : les émissions obligataires ont été multipliées par trois par rapport à 2008. En revanche, nos risques de marché ont été quasiment divisés par deux sur la même période.

BNP Paribas a-t-elle arrêté de spéculer ?

A la différence des pures banques d’investissement américaines, la culture de BNP Paribas n’a jamais été de spéculer mais de fournir des services à nos clients. Cette activité génère ensuite des risques de position pour la banque, mais ils sont strictement limités et contrôlés. Par ailleurs, nous avons toujours considéré que le crédit était un sujet très sérieux, qui doit être exercé avec responsabilité. Ainsi, alors que nous avons 2 millions de clients aux Etats-Unis, nous n’avons jamais fait de crédits "subprime".

Fortis est déjà redevenu bénéficiaire, alors qu’il était en quasi-faillite quand vous l’avez racheté. Comment l’expliquez-vous ?

Ce qui perdait de l’argent, c’étaient les portefeuilles structurés, qui ont été provisionnés. Depuis, la banque de détail est repartie. Les dépôts augmentent. L’adossement à BNP Paribas a redonné confiance aux clients de Fortis.

Vous avez donc fait une très bonne affaire en rachetant Fortis ?

C’est parce que nous y travaillons beaucoup que Fortis va se valoriser. Mais il n’y a pas que BNP Paribas qui va en bénéficier. Nos intérêts sont convergents avec ceux de l’Etat belge (qui possède 25 % de Fortis et est le premier actionnaire de BNP Paribas, NdlR).

L’Etat français n’aurait-il pas dû faire la même chose que l’Etat belge et entrer au capital de BNP Paribas pour profiter de la hausse du cours de votre action ?

Les deux situations n’ont rien à voir. Le plan de soutien français aux banques s’adressait à l’ensemble du secteur et était destiné à être temporaire. A l’automne dernier, ce n’était pas le moment pour les finances publiques françaises de prendre un risque en action sur les banques. Il était très sage d’être payé sur des valeurs sûres, avec des intérêts en plus du capital.

L’Etat a pourtant pris le risque que vous fassiez faillite. Et sans moyen de contrôle : il n’avait aucun représentant à votre conseil d’administration ?

Ce plan a été mis en place avec rapidité, il était très bien dimensionné, et il est quasiment terminé. Vous aurez vraiment beaucoup de mal à me faire dire que ce n’est pas un succès, alors qu’aux Etats-Unis, on n’est pas prêt d’avoir fini de faire l’addition pour le contribuable. Et qu’au Royaume-Uni, l’addition vient de dépasser les 100 milliards de livres (111 milliards d’euros).

Le contribuable est pourtant bien passé à côté d’une belle plus-value, estimée à 10 milliards d’euros…

Après la crise, une fois l’orage passé, il est facile de réécrire l’histoire. Le plan a rapporté tout compris 2 milliards d’euros à l’Etat français. Je ne connais pas d’autre plan sectoriel dans l’histoire de notre pays qui ait rapporté cette somme.

Au final, la crise vous a profité ?

On ne peut pas le dire comme cela. La crise est un facteur accru de différenciation entre les entreprises, comme il en est pour les bateaux sur un plan d’eau lors d’une régate quand la mer se déchaîne. Effectivement, BNP Paribas a mieux résisté que ses concurrents et a pu saisir l’opportunité de l’acquisition de Fortis pour se retrouver avec une capacité financière renforcée, et une position de premier acteur de la zone euro.

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