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Économie | Prospective
Une Wallonie pionnière
Pierre-François Lovens
Mis en ligne le 17/11/2009
En 2007, dans "Le second déclin de la Wallonie", Jean-Yves Huwart avait synthétisé avec talent les erreurs et manquements qui avaient versé le sud du pays, en l’espace de deux petites décennies (1980-2000), dans le club peu enviable des régions en retard de développement. Un diagnostic douloureux que le jeune journaliste - qui a fait ses dents à "L’Echo" et chez "Trends", avant de fonder au début de cette année le "think tank" et média social Entreprise Globale - avait tout de même eu l’intelligence de clôturer sur une note d’espoir.
Deux ans plus tard, M. Huwart récidive et confirme qu’après le déclin, il n’est pas interdit d’espérer le regain. Mieux, même, puisque dans son nouvel opus "Wallonie 2.0" présenté hier à Namur en compagnie de Rudy Demotte et Eric Domb, l’auteur explore le pari d’une Wallonie qui renouerait avec son passé prestigieux de région à l’avant-garde du progrès (1).
Le point de départ de la réflexion est le suivant : pendant près de 150 ans, soit de la fin du XVIIIe siècle à la Première Guerre mondiale, la Wallonie fut le territoire le plus nanti d’Europe (juste derrière l’Angleterre). Constat d’où découlent assez naturellement les deux questions suivantes : pourquoi, à un moment donné de son histoire, la Wallonie s’est-elle mise en marche plus rapidement et avec plus de succès que les autres ? Et, si cela fut possible, la Wallonie peut-elle à nouveau endosser - en ce début de XXIe siècle - le rôle de pionnier ? Soyons un peu fous, semble en fait dire l’auteur à l’attention des grincheux et autres tenants de la sinistrose wallonne.
Enrichi de très nombreux contacts noués depuis dix ans dans le monde de l’entreprise, des universités et de la politique (en Wallonie et à l’étranger), Jean-Yves Huwart fournit toute une panoplie de réponses qui mêlent considérations théoriques sur la "nouvelle économie" et, surtout, cas très concrets. Ainsi, lorsqu’il évoque les nouveaux modes de fonctionnement tels que le coworking ou l’intrapreneurship , l’auteur livre des exemples qu’il a lui-même pu observer ou expérimenter, que ce soit en Californie, dans le nord de la France ou à Bruxelles. De même, quand M. Huwart parle du passage de l’économie de la connaissance à celle de l’innovation, il ne se contente pas de l’écrire, il l’explique et l’illustre abondamment. C’est là le travail d’un journaliste curieux de tout et, surtout, soucieux de se faire comprendre du plus grand nombre.
Revenons-en au pari formulé par l’auteur : la Wallonie peut-elle, d’ici 2020, revenir parmi les meilleures de la classe européenne en matière de dynamisme économique ? "La réponse est oui" , répond-il tout au long de l’ouvrage. Certes, le travail à accomplir reste considérable, même si des premiers jalons positifs ont déjà été posés au cours des 5 ou 6 dernières années dans le cadre du Plan Marshall. Mais cela ne suffira pas. La Région wallonne se doit de faire mieux que les autres. "Pour revenir en tête du peloton, la Wallonie doit, à nouveau, devancer son temps. Se montrer pionnière."
Volontariste et pragmatique, Jean-Yves Huwart fixe un cap : la création en Wallonie de 10 à 20 000 nouvelles entreprises "en une poignée d’années ". Et c’est probablement là que réside le point névralgique du pari wallon : comment (re)susciter l’envie d’entreprendre ? M. Huwart livre plusieurs pistes. L’Internet participatif y ressort comme la nouvelle plaque tournante de l’entrepreunariat. Et dans cet environnement 2.0, le mot-clé est devenu écosystème.
Le ministre-président wallon Rudy Demotte applaudit des deux mains. "Nous avons tous les ingrédients nécessaires pour faire pousser quelque chose dans l’humus wallon, disait-il hier. Tout est là, mais rien n’est encore définitivement engagé. Il nous manque peut-être encore une chose : la confiance de soi."
Savoir Plus
(1) "Wallonie 2.0. Nous étions une puissance économique. Nous pouvons le redevenir !", Le Cri, 170 pp., 14 €.
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