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Banques
"Le gestionnaire de Degroof nous a expliqué que nous allions devenir multimillionnaires"
Philippe Galloy
Mis en ligne le 19/11/2009
Le client qui attaque Degroof en justice semble être un homme ordinaire ayant pour seule particularité d’avoir bénéficié de la générosité de membres de sa famille. Nous l’avons rencontré.
Comment êtes-vous arrivé chez Degroof?
Il y a environ trois ans, j’ai questionné un ami sur la meilleure façon de gérer mon épargne, constituée en mettant 20 000 à 30 000 euros de côté chaque année. Il m’a recommandé la banque Degroof. J’ai donc décidé d’y déposer 180 000 euros.
Pas énorme, pour une banque privée.
Non, pour eux, ce n’était pas une somme très importante. Ils m’ont conseillé des sicav. Je n’ai pas eu à m’en plaindre. Mais plus tard, j’ai reçu par donation 52 500 actions Fortis. J’ai un arrière-grand-père ou un arrière-grand-oncle qui a participé à la fondation de la Générale de Banque. Des membres de ma famille sont donc actionnaires historiques de Fortis. Moi, je vivais très bien sans cela, mes principales préoccupations étant ma famille et mon métier. Ce don représentait 1,5 million d’euros. C’était donc bien plus important, d’autant que j’ai aussi reçu la nue-propriété de 225 000 autres Fortis.
Vous vous êtes donc retrouvé à la tête d’un grand patrimoine mobilier.
Oui mais un patrimoine très concentré en Fortis! Mon but était donc de diversifier ces actifs. Degroof m’a proposé un plan de désengagement de Fortis par le biais de "put" et de "call" (options de vente et d’achat, NdlR). Jamais on ne m’a expliqué qu’on pouvait perdre de l’argent en procédant à ce type de vente. C’était donc tout bonus et moi, j’avais entièrement confiance. J’ai donc accepté un plan de vente qui n’a jamais été complètement concrétisé, ce qui fait que je suis toujours resté majoritairement actionnaire de Fortis, même s’il y a eu une diversification très partielle de mon patrimoine.
Au moment de l’augmentation de capital de Fortis, vous possédiez donc encore beaucoup d’actions du groupe financier. Que s’est-il passé?
Degroof m’a proposé de participer à l’augmentation de capital en me disant qu’à 15 euros, c’était vraiment très intéressant, que les perspectives étaient une remontée assez rapide du cours à 30 euros, que de toute façon, les dividendes étaient la politique constante de Fortis et que la faillite du groupe était aussi probable que celle de l’Etat belge, c’est-à-dire impossible.
Que vous a conseillé Degroof?
La banque s’est intéressée non seulement aux droits de souscription liés à mes propres actions mais aussi à ceux dont j’étais nu-propriétaire. J’ai téléphoné à mes oncles qui m’ont dit que j’en faisais ce que je voulais. Le gestionnaire de Degroof a alors créé un montage financier prévoyant la vente de toute la partie diversifiée de mes actifs. En plus, il m’a proposé d’emprunter pour pouvoir exercer la totalité de mes droits de souscription. A ce moment-là, ça a été très insistant. Moi, je lui faisais confiance. J’avais du mal à percevoir le risque mais aussi à prendre la décision car on touchait à des sommes peu communes, à savoir des millions d’euros. J’ai des revenus confortables de mon travail mais ces montants-là me dépassaient.
Comment vous êtes-vous laissé convaincre?
Le gestionnaire de Degroof est venu à la maison un soir pour nous expliquer, à mon épouse et à moi, que nous allions devenir multimillionnaires en euros et qu’il fallait imaginer la vie qui allait avec cela. Nous étions évidemment attirés mais nous n’en avions pas besoin: ce n’était pas une demande de faire un gros coup; c’est vraiment ce qui nous a été proposé.
Quand avez-vous accepté?
Après une réunion organisée par Degroof au Plaza, où Karel De Boeck (alors responsable du risque chez Fortis, NdlR) a présenté le plan d’acquisition d’ABN Amro par Fortis. J’ai pris cette présentation pour argent comptant. Conseillé par mon gestionnaire chez Degroof et voyant Fortis comme un groupe solide, j’ai marqué mon accord.
Actuellement, quelle est votre situation?
J’ai un emprunt de plus de 2 millions environ à payer à Degroof, avec une charge d’emprunt de 96 000 euros qui couvre quasiment tout mon salaire brut. J’ai tenté de négocier avec Degroof, sans succès. Après beaucoup de moments de découragement, j’ai décidé que je ne pouvais pas mettre ma famille en danger pour rembourser cette dette disproportionnée par rapport à mes avoirs et même par rapport à mes avoirs futurs.
Comment vivez-vous cette situation?
Je viens de recevoir une mise en demeure de remboursement d’un emprunt couvrant la charge d’intérêts. Par ailleurs, je continue à exercer mon métier. Je mets de l’argent de côté et ne dépense rien. Je dors très mal. J’en deviens boulimique. Je n’avais rien demandé : j’avais de quoi vivre la vie dont je rêvais. Je ne me suis jamais rendu compte que je mettais en danger le patrimoine de toute ma famille.
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