Mardi 9 fév 2010

immobilier

Mapic : des acteurs réalistes

Charlotte Mikolajczak

Mis en ligne le 21/11/2009

Le salon de l’implantation commerciale a tenu bon. Malgré la crise et 35% de visiteurs en moins. Tout le monde évoque un retour aux fondamentaux.
Dossier à Cannes

L’édition 2008 du Mapic, le salon international de l’implantation commerciale, tombée au tout début de la crise, avait réussi à faire illusion : à peine quelques centaines de visiteurs en moins sur près de 10 000 et, surtout, une surface d’exposition supérieure à celle de l’année précédente. La plupart des réservations avaient été emmagasinées et il était difficile, tant pour les enseignes, les investisseurs, les consultants ou les villes de faire marche-arrière.

L’édition 2009, 15e du nom (18-20 novembre), a accusé le coup : 30% de surface d’exposition et 35% de visiteurs en moins ; pas mal d’absents, et non des moindres : Unibail-Rodamco (un patrimoine de près de 23 milliards d’euros) a fait l’impasse cette année, mais, paraît-il, parce qu’il a cru pouvoir faire plier l’organisateur et s’octroyer d’insolentes remises ; des stands plus sobres mais surtout plus grands que d’habitude, souvent traversants, donnant presque la possibilité de cheminer une allée sur deux seulement.

Et pourtant, l’humeur n’était pas plombée, même pas chagrine. Comme si ce Mapic signait la sortie de crise. "Plus de flonflons, certes, indique Boris van Haare Heijmeijer, de Cushman & Wakefield. Les intervenants sont prudemment réalistes. Propriétaires et enseignes s’écoutent, sont en phase."

Même point de vue pour Chris Igwe, Head of Retail pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique chez CB Richard Ellis, qui clôturait la session de conférences du Mapic. "L’après-crise viendra plus tôt qu’on le pense ; en 2010 plus qu’en 2011". "On en revient à plus de fondamentaux." Ou encore : "Les enseignes font déjà preuve de plus de professionnalisme, ayant une vision stratégique à plus long terme, c’est-à-dire à trois ans."

Hormis ces statistiques et par comparaison avec la torpeur inscrite sur le marché, le Mapic a fait preuve de dynamisme. Et même de créativité. Sur les 1 500 représentants d’enseignes, une centaine y venaient pour la première fois : Ekyog (France - prêt-à-porter biologique, durable, équitable), It’s Sugar (Etats-Unis - confiserie), KidZania (Mexique - centres de divertissement pour enfants), Oxford Skin Clinics (Royaume-Uni - spécialiste de l’effacement de tatouages permanents), etc.

Il n’empêche, ce sont les enseignes dont l’offre est liée à la baisse du pouvoir d’achat qui, cette année, étaient au devant de la scène. Les magasins d’usines, par exemple, qui proposent des articles de la saison précédente à moindre prix. Mais encore les boutiques éphémères qui ouvrent leurs portes avec une date de fermeture programmée. Comme Chronostock (lire La Libre Entreprise, pages 4-5) ou My pop up store. Un "trois en un" puisqu’elles favorisent l’achat d’impulsion, se rapprochent des consommateurs en faisant la nique à Internet et remplissent provisoirement des espaces commerciaux vides. Des marques de luxe y ont d’abord succombé, puis de nouvelles implantations en guise de test, et, enfin, des enseignes de déstockage ou de gestion saisonnière des ventes.

De cette crise, les investisseurs semblent les premiers à vouloir en sortir. Les professionnels confirment que depuis octobre et la tenue, en Allemagne, du salon immobilier Expo Real, les choses reprennent. Preuve par excellence : les fonds allemands ont retrouvé une partie de leurs richesses d’antan et cherchent à investir. Ils se seraient d’ailleurs récemment (ré)invités en Belgique par l’intermédiaire de Union Investment (ex-Difa). Ce fonds ouvert, qui en 2004 avait acheté au développeur Foruminvest le shopping des Grands Prés à Mons, remettrait le couvert en acquérant, au même Foruminvest, le shopping K in Kortrijk qui ouvrira ses portes en mars prochain.

Alors qu’à Mons il avait attendu que le centre fasse ses preuves, ici, Union Investment se manifesterait bien avant. Sans véritable risque puisque 95% des quelque 34 000 m² de surfaces de ventes (85 boutiques) sont louées.

Et le marché d’insister sur le fait que l’accord est fait, à tout le moins en "due diligence", à un taux d’investissement de l’ordre de 6,5%. Foruminvest dément. Non pas catégoriquement, mais fermement. Mais peut-il faire autrement? "C’est très largement anticipé. Depuis quelques semaines on est régulièrement sollicité", indique Patrick Huon, administrateur délégué, sans s’attarder sur les Allemands, et en faisant même référence à deux amateurs belges (Fortis? Axa?) "On écoute, mais on n’a rien de concret. C’est un signal positif après une année difficile."

Quant à l’évocation d’un accord qui donnerait la préférence au fonds, comme une sorte de droit de préemption, il nie. "Ce serait se bloquer inutilement. Mais on est des gens fidèles..." Et d’insister : "On n’est pas en train de vendre. On répond aux demandes." Ce que confirme également Wilhelm&Co pour la Médiacité.

Un intérêt qui tient aussi au fait que ce sont les deux derniers centres commerciaux belges à vendre avant quelques années. Il y a, en effet, peu de projets à court terme.

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