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Les économistes face à 2010
Vincent Bodart (Ires) : “Une reprise modérée”
ENTRETIEN PIERRE LOPPE
Mis en ligne le 28/12/2009
Vincent Bodart, professeur au département d’économie de l’UCL et directeur du service d’analyse économique de l’Ires, est le premier économiste à revenir, en cette dernière semaine de l’année, sur ses prévisions émises ici même au début de l’été… Et à livrer ses attentes pour l’année 2010.
En juillet dernier, vous tabliez sur une croissance “quasi nulle” du Produit intérieur brut en 2010. Dans ses toutes dernières prévisions, la Banque nationale avance un chiffre de 1 %…
Au début de l’été, c’est vrai, on prévoyait une croissance quasi nulle du PIB en 2010, fondée sur une croissance négative pour quasiment l’ensemble de 2009 et sur des rythmes de croissance relativement faibles, de trimestre à trimestre, pour l’an prochain. De façon sous-jacente, il y avait aussi la perspective d’une reprise économique, mais pas avant 2010. Or, cette reprise est arrivée plus tôt que prévu. De telle sorte que, contre toute attente, la croissance du PIB belge était déjà positive au troisième trimestre… Notre étude de conjoncture qui sortira début janvier nous fait conclure que la tendance positive va se maintenir, vu l’amélioration de l’environnement international.
Vos prévisions de janvier seront-elles un peu plus optimistes que celles de la BNB ?
Je n’exclus pas qu’on soit un peu au-dessus de 1 %.
Le ton est plutôt à l’optimisme, donc…
Effectivement mais il faut nuancer. La reprise dont il est question aujourd’hui s’observe surtout au niveau de l’activité de production. A côté de cela, on continue à perdre massivement des emplois. Le chômage est toujours en hausse et il le restera au moins jusqu’à la fin de l’année 2010. La reprise économique va de pair avec une embellie globale. Les rythmes de croissance attendus pour l’an prochain sont trop peu élevés pour générer un relèvement substantiel de l’emploi et enrayer la hausse du chômage.
Cet été, vous vous attendiez à un baril de pétrole brut à 75 dollars au 31/12/2009 (ce score est correct), à un taux de change euro/dollar à 1,35 (il est de 1,43) et à un Bel 20 à 2 200 pts (il est à 2 500)…
Pour le baril de pétrole, je me serais attendu, compte tenu des signes de reprise, à ce que son prix soit plus élevé. Il n’en reste pas moins que les prix ont doublé en l’espace d’un an. Vont-ils encore progresser lors des mois qui viennent ? Ce n’est pas exclu. En ce qui concerne l’évolution des cours boursiers, l’écart se justifie lui aussi par les perspectives encourageantes. La hausse plus rapide que prévu a été anticipée par les marchés. Enfin, le taux de change est par définition une variable économique très volatile ! Si ma prévision s’était avérée exacte, j’aurais vraiment eu beaucoup de chance !
Précisément, quelles sont vos prévisions en matière de taux d’intérêt ?
La reprise se fera à un rythme modéré. Sa fragilité tient à la situation très négative sur le plan de l’emploi. Le rôle des banques centrales va être de consolider le mouvement de reprise, sachant que les risques d’inflation sont très faibles outre-Atlantique comme en zone euro. Si la reprise se confirme, le durcissement de la politique monétaire se fera plutôt en réduisant l’impact des mesures exceptionnelles de création de liquidités prises par les banques centrales. C’est ce qu’on appelle les mesures non conventionnelles de politique monétaire. L’effort va sans doute se réduire de ce côté comme le laissent supposer des déclarations récentes. A mon avis, le taux de la BCE va rester à 1 % pour l’ensemble de l’année 2010 et ceux de la Fed entre 0 % et 0,25 % où ils se situent aujourd’hui. Un très léger relèvement n’est pas exclu en fin d’année.
Etes-vous inquiet face à l’ampleur des déficits budgétaires des Etats ?
L’ampleur de la récession a été historiquement forte et a nécessité une importante mobilisation des pouvoirs publics. Cette intervention massive a permis d’éviter l’écroulement du système financier. S’y sont ajoutées les mesures budgétaires destinées à stimuler l’activité. On se retrouve partout dans le monde avec des déficits budgétaires extrêmement importants. A l’avenir, les marges de manœuvre dont vont disposer les Etats pour soutenir l’activité économique vont être très faibles. Il faut s’attendre à ce que l’assainissement des finances publiques soit la consigne partout. Ceci est d’autant plus nécessaire que le vieillissement de la population fait sentir ses effets.
Les partenaires sociaux appréhendent-ils bien selon vous cette réalité ?
J’espère qu’ils sont conscients des enjeux ! Il va falloir un certain courage politique pour mettre en œuvre des mesures qui ne sont pas payantes électoralement. Il faudra couper dans certaines dépenses ou relever certains impôts.
Les négociations salariales vous incitent-elles à l’optimisme ?
Il y en aura à l’automne 2010. Par le passé, on est toujours parvenu à négocier un accord qui tienne compte des aspirations et des contraintes des uns et des autres. Il faudra bien se rendre compte, une fois de plus, que les revendications salariales excessives se font au détriment de l’emploi. Or il s’agit bien de veiller à ce que la croissance retrouvée soit la plus riche en emplois possible.
En tant que prévisionniste, la crise a-t-elle modifié votre perception ?
Une fois encore, j’admets bien volontiers qu’on n’a pas vu venir la crise. La difficulté de notre travail, c’est de prévoir des fluctuations à la hausse ou à la baisse selon un timing relativement bon. Les crises sont des mouvements de rupture soudains que l’on peut très difficilement prévoir en raison, notamment, des implications géopolitiques. Cette crise a fait apparaître le rôle crucial du système financier au sein de l’activité économique. Nous y serons certainement plus attentifs à l’avenir afin d’évaluer plus rapidement les dérapages possibles.
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