Patrice Brès : le baril à 80-120 dollars

Patrice Brès, président de la Fédération pétrolière (FPB) et de Total Belgium, fait le point sur le marché du pétrole qui reste extrêmement volatil. Il s'exprime ici au nom du secteur.

Pierre Loppe
Patrice Brès : le baril à 80-120 dollars
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Entretien Patrice Brès, président de la Fédération pétrolière (FPB) et de Total Belgium, fait le point sur le marché du pétrole qui reste extrêmement volatil. Il s'exprime ici au nom du secteur.

Quelle est votre analyse du marché ?

Après les montagnes russes spectaculaires et le pic de l'été 2008, l'année 2009, qui a démarré à des niveaux très bas, s'est clôturée sur un prix de 80 dollars le baril. L'année a surtout été caractérisée par une forte contraction de la demande de produits pétroliers qui a conduit à un écrasement brutal des marges de raffinage. Le phénomène touche toutes les raffineries du monde occidental. On attend avec impatience, à partir de la fin janvier, la publication des résultats des grands groupes pétroliers. Un certain nombre de "profit warning" apparaissent déjà pour prendre en compte une véritable hémorragie. Les niveaux de marge (écart entre la valeur des produits et le prix du brut), qui sont généralement de 25, 30 ou 40 dollars par tonne, sont retombés à 10 ou 15.

Autrement dit, le secteur est secoué…

Ces indicateurs reflètent l'incapacité à générer des profits dans les outils de raffinage en Europe. Circonstance aggravante pour les pays développés : la récession a été beaucoup moins sensible en Asie.

L'activité du marketing, affectée par la baisse de la demande, a mieux résisté. Une telle diminution impacte directement les volumes commercialisés sur le marché européen, belge en particulier. Si le segment des transports routiers a fort régressé, le constat est plus mitigé du côté des carburants.

Quelles sont vos prévisions pour 2010 ?

C'est la grande question ! A mon avis, on a un peu trop tendance à célébrer la fin de la crise et le retour de la croissance. Les comparaisons par rapport à 2009 seront forcément assez flatteuses. Il vaudra mieux se référer à 2007, une année de forte croissance. Un changement de paradigme s'opère. Les consommateurs modifient leur attitude par rapport à la consommation d'énergie, c'est clair. La crise économique actuelle joue, bien sûr, mais il y a aussi une prise de conscience environnementale accrue.

Formulez-vous un pronostic sur les prix ?

Je me méfie toujours de ce type d'exercice. La dépression sur les marges de raffinage et qu'on a vue sur les prix du pétrole va disparaître assez vite sur les prix de l'énergie. Les marchés émergents, la Chine en tête, vont reprendre le dessus. Il y a quelques inquiétudes sur la capacité de l'offre à satisfaire. La demande reprend son rythme alors que les investissements ont été fort ralentis en raison de la crise. On est dans une espèce de conduite de rallye extrêmement préjudiciable à l'industrie. D'ici un an ou deux, on devrait retrouver des niveaux de l'ordre de 80 à 120 dollars le baril (il est actuellement à 75 NdlR). Autrement dit, on est à la veille de nouvelles tensions pour ne pas parler de nouveau choc.

Le retour de l'Irak sur la scène pétrolière pourrait-il changer la donne ?

Les récents appels d'offres comportaient de la part des soumissionnaires des engagements de production. Quand on additionne les promesses des sociétés, on arrive à un niveau de production proche de celui de l'Arabie saoudite qui est de 9 millions de barils par jour ! C'est rigoureusement impossible !

Le contrat-programme, qui définit les prix maxima au consommateur en Belgique, a-t-il bien fonctionné pendant la période ?

C'est une formule complexe qui a une dynamique bien rodée et qui force les détaillants à suivre de près les évolutions des cotations internationales. Le système est automatique, il n'y a pas de phénomène d'enrichissement indu. Le consommateur n'a pas à s'en plaindre car il y a une très grande transparence.

La semaine passée, le gouvernement a réenclenché le "cliquet" sur le diesel…

Il a augmenté les accises sur le diesel, comme nous le demandons depuis longtemps, pour tenter de rééquilibrer l'offre et la demande sur les carburants. Une raffinerie est limitée en termes de diesel alors que la demande atteint 75 à 80 % par rapport à l'essence. Cela se traduit par des excédents très importants d'essence en Europe dont on ne sait que faire et qu'on est forcé d'exporter aux Etats-Unis où la demande de ce type de produit recule également. Le diesel a été avantagé pendant tellement d'années en Belgique le rééquilibrage prendra du temps, 10 ou 15 ans sans doute.

Que pensez-vous de l'idée qui fait son chemin de taxer le CO2 ?

L'industrie pétrolière demande qu'on agisse de façon équilibrée et qu'on fasse des bilans. Si taxe il doit y avoir, il faut prendre en compte les émissions sur toutes les sources d'énergie, de façon équitable.

Quid de l'échec de Copenhague ?

C'est une déception ! Paradoxalement, on pourrait s'attendre à ce que le secteur se félicite secrètement de l'échec. Or l'industrie a besoin de repères fixes, stables et précis. Le fait que les représentants des Etats n'aient pas réussi à fixer un cadre contraignant avec des calendriers non ajustables est très embarrassant. C'est le brouillard, sans signaux pour définir les politiques d'investissement de notre industrie à cycle long. L'échec de Copenhague nous rend plus frileux et moins audacieux.

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