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"Avec une aide encadrée, on pourra gérer la crise"
Pierre Loppe
Mis en ligne le 09/02/2010
Professeur d’économie monétaire européenne à l’UCL, spécialiste de la zone euro, Bernard Delbecque commente l’actualité.
Etes-vous inquiet? Assiste-t-on à l’éclatement de la zone euro?
Non, on n’en est pas là! Naturellement, après ce qui s’est passé en 2008, les craintes sont légitimes. La situation est grave parce que le problème est latent, parce qu’il y a des incertitudes, parce qu’il y a risque de contagion. Les marchés n’aiment pas ça. Il y a donc urgence.
La Grèce sortira-t-elle de ce mauvais pas?
J’espère que les autorités grecques réussiront à rassurer la communauté internationale, la Commission, les gouvernements et les marchés. Il faut qu’elles mettent en œuvre les mesures d’assainissement promises et qu’elles prouvent qu’elles ont la situation budgétaire sous contrôle. Le sommet européen de cette semaine permettra, je l’espère, d’enregistrer des progrès. Si cela ne suffit pas, il faudra examiner d’autres solutions.
Lesquelles?
La plus spectaculaire, qui s’étalait dans la presse ces derniers jours, est de faire appel au Fonds monétaire international. Les Européens, Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe en tête, ne sont pas très chauds, bien que le Fonds soit spécialisé dans l’aide aux pays en difficulté. C’est une solution de dernier recours que l’on ne peut exclure. Il faut à tout prix éviter que la Grèce ne tombe en cessation de paiements et ne soit forcée de sortir de la zone euro.
Les marchés sont imprévisibles...
J’espère qu’ils accorderont quelques semaines de répit à la Grèce pour qu’elle puisse se mettre en ordre de marche.
C’est un vœu pieux...
Il est clair qu’avec un déficit budgétaire de 12-13 % du PIB et un déficit courant de 15 %, on rencontre une situation bien plus grave que celle de la Belgique au début des années nonante. Nous savons ce que cela représente comme efforts d’assainissement. C’est la raison pour laquelle je pense que la Grèce devrait pouvoir bénéficier également d’une aide de l’Union européenne. Le pays, en grave difficulté, ne peut plus utiliser le taux de change ni le taux d’intérêt pour corriger son déséquilibre. Pour simplifier, il reste l’assainissement budgétaire et la réduction des salaires. Les instruments de politique économique à sa disposition sont extrêmement limités.
A vous entendre, l’union monétaire est aujourd’hui plutôt une contrainte...
D’une certaine façon, oui. C’est ici qu’il faut gérer le problème du "hasard moral". L’aide à laquelle je pense, d’où qu’elle vienne, apporterait une solution au problème de liquidités et permettrait à la Grèce de faire face à la situation dans les semaines qui viennent. Mais en contrepartie, il faut une volonté d’assainissement. On ne peut pas valider le manque de discipline qui a présidé à la politique économique de la Grèce au cours de ces dernières années. Des pays comme l’Allemagne seront réticents à signer un chèque en blanc. On l’a déjà signé une première fois en acceptant la Grèce dans l’union monétaire et l’on s’aperçoit aujourd’hui avec étonnement que les chiffres étaient truqués.
Il y a aussi une part d’improvisation...
La Grèce est comme un enfant malade, atteint de pneumonie, parce qu’il n’a pas écouté les conseils de ses parents. Ceux-ci sont furieux mais ils ont la volonté de le sauver. Quand celui-ci sera rétabli, il faudra tirer les leçons de ce qui s’est passé. Au niveau européen, il faudra engager le chantier de la réforme du pacte de stabilité et de croissance. Il faudra veiller à une plus grande organisation institutionnelle de coordination, de surveillance des pays membres de la zone euro et de gestion d’une crise comme celle que nous traversons aujourd’hui.
L’Espagne et le Portugal sont également touchés. Craignez-vous l’effet domino?
Il se déroule sous nos yeux. A chaque pays concerné de prendre des décisions appropriées. Un taux de change fixe et les réserves de change d’une banque centrale sont plus vulnérables que les Etats dans leur capacité d’emprunt sur les marchés internationaux. Avec une aide encadrée, on pourra gérer la crise.
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