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Système financier

Sortie de crise à hauts risques

Pierre-François Lovens

Mis en ligne le 09/03/2010

La finance internationale, chahutée depuis deux ans, se porte relativement mieux. La sortie de crise se précise. Mais le travail n’est pas terminé pour autant!

Faut-il changer le système financier ? Posée près de deux ans après le déclenchement de la crise des "subprime" aux Etats-Unis, laquelle s’était muée en crise mondiale avec la faillite de la banque Lehman Brothers, la question reste d’actualité malgré un relatif retour au calme dans la sphère financière. La crise du crédit interbancaire de l’automne 2008 a pu être résorbée grâce à une action énergique des autorités monétaires (BCE et Fed en tête). Les banques commerciales ont renoué - même si les comportements peuvent varier d’une institution et d’un pays à l’autre - avec une politique d’octroi de crédits plus standard aux entreprises et aux ménages. Tout va donc relativement mieux.

Et pourtant... Lundi, lors d’un colloque célébrant le 30e anniversaire de l’Association des économistes de Louvain (Adel-UCL), plusieurs experts financiers belges ont adressé une mise en garde assez ferme à tous ceux qui - autorités politiques, banquiers, investisseurs, etc. - auraient tendance à vouloir baisser la garde et se dire que, tout compte fait, il ne servirait à rien de changer les règles du jeu financier.

"Il faut clairement entreprendre des réformes", a clamé Philippe Maystadt, président de la Banque européenne d’investissement (BEI). L’ex-ministre belge des Finances nourrit une inquiétude: que les projets de réforme actuellement en discussion, notamment à l’échelon de l’Union européenne (en matière de supervision du secteur financier) et du Comité de Bâle (en matière de normes bancaires), n’aboutissent pas. "Ce serait une attitude extrêmement dangereuse!". Alexandre Lamfalussy, qui a piloté un comité chargé de concevoir une nouvelle architecture financière en Belgique, partage cette inquiétude: "Il ne faut pas changer le système financier, dit-il, car il n’est pas possible de faire table rase. Mais il faut prendre au sérieux tous les projets de réforme en cours de discussion. Et pour ça, il faut une volonté politique car les experts ne peuvent pas tout faire". Serge Wibaut, professeur de finance (UCL et FUSL), enchaîne: "Au plus le temps passe, au plus je redoute que les mesures de réforme ne soient pas prises ou bien le soient sur la base de compromis trop mous".

Les experts réunis hier par l’Adel s’accordent sur les réformes à concrétiser: une meilleure prise en compte des informations relatives aux risques encourus par les banques systémiques, un meilleur contrôle des agences de notation financière (une directive a été adoptée en ce sens en décembre), une meilleure coordination entre contrôleurs "micro" et "macro" prudentiels (à l’image de la future intégration de la mission de contrôle des organismes financiers au sein de la Banque nationale), un élargissement du périmètre de surveillance à certains organes et produits financiers aujourd’hui non contrôlés ("hedge funds", ...) ou encore, comme le suggère M.Maystadt, l’instauration d’une taxation pour limiter la croissance excessive de certaines banques.

A tout cela, Alexandre Lamfalussy ajoute une exigence propre aux pouvoirs publics: l’assainissement des finances publiques. S’il ne conteste pas les politiques expansionnistes menées en 2009 par la plupart des Etats pour contrer les effets de la crise financière et de la récession économique, M. Lamfalussy s’inquiète aujourd’hui de la capacité qu’ont ces mêmes Etats de sortir de politiques budgétaires non tenables. "Rien ne pourra être fait de positif (sur les plans économique, fiscal et social, NdlR) avec les niveaux d’endettement tels qu’ils se développent actuellement dans de nombreux pays. Il faut entreprendre dès maintenant, de façon crédible, une mise en ordre des finances publiques. C’est un préalable absolu à toute autre action politique". Et ce n’est pas Philippe Maystadt, qui en connaît un bout en matière d’austérité budgétaire, qui l’a démenti... "La voie est toutefois étroite entre la nécessité impérieuse de rétablir l’équilibre budgétaire et le risque de casser la reprise".

Que ce soit sur un plan financier, bancaire ou budgétaire, la sortie de crise s’avère être une opération risquée.

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