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Système financier
Là où banquiers centraux et économistes ont failli
AvC
Mis en ligne le 09/03/2010
S’il y a bien un point sur lequel tout le monde est d’accord à propos de la crise financière qui a éclaté en 2008, c’est que (quasiment) personne ne l’avait prévue. Mais comment si peu de clairvoyance était-ce possible ? Où était le problème ? Telle était la question centrale de l’allocution de Serge Wibaut, professeur à l’UCL et aux Facultés universitaires Saint-Louis, lors du colloque de l’UCL. Avec cette double question comme corollaire : "Faut-il y voir une responsabilité des économistes de la théorie financière ou une utilisation erronée ou déficiente des modèles ?"
Le constat est clair à l’égard des macro-économistes et des économistes financiers. "Ils ont eu la faiblesse de croire, au cours des dernières décennies, que les marchés étaient efficients et pouvaient s’autoréguler. Ces convictions se sont trouvées retranscrites dans les modèles utilisés par ces économistes tant dans les banques centrales que dans les banques commerciales. Trop peu d’attention a été portée au fonctionnement réel des marchés et aux comportements irrationnels des agents financiers, alors que ceux-ci sont porteurs des germes de crises et de bulles spéculatives pouvant avoir des répercussions graves sur l’économie de nos sociétés", explique Serge Wibaut dans un texte paru dans la perspective du colloque (1).
Le message est donc clair : les marchés ne sont pas toujours fiables ni rationnels. "L’hypothèse de l’efficience des marchés , rappelle Serge Wibaut, elle-même conditionnelle à la rationalité des agents et à la possibilité d’arbitrage à tout moment, signifie essentiellement que le prix d’un actif financier reflète toute l’information pertinente pour apprécier sa valeur." Ce n’est plus vrai quand, par exemple, l’incertitude entourant le comportement des agents devient irrationnel, devient trop important.
Autre constat de Serge Wibaut : les modèles macro-économiques qu’utilisent les banques centrales "sont lacunaires et ne fournissent qu’une représentation très imparfaite du monde financier et de son mode de fonctionnement" . Tout le monde sait, en effet, que la crise de 2008 fut avant tout une crise de liquidité. Entendez par là que les banques ne se prêtaient plus entre elles. Du coup, l’argent ne circulait plus dans le système bancaire. Or, cette crise de liquidité ne fut jamais prise en compte dans les modèles des banques centrales. Autre lacune des modèles macro-économiques : l’ignorance dans ces modèles du rôle, si pas de l’existence des intermédiaires financiers. Avec comme conséquence d’occulter aux yeux des régulateurs le risque encouru par un secteur bancaire et parabancaire surendetté. "Il y avait là comme un air de confiance candide dans l’efficience des marchés et des intermédiaires financiers" , souligne Serge Wibaut.
Ce qui l’amène à poser "une autre question cruciale" : comment les banquiers centraux peuvent-ils éviter l’éclatement d’une bulle spéculative ? Sans donner de recette miracle, Serge Wibaut en arrive, en tout cas, à la conclusion que la politique dite "du Greenspan put" (du nom de l’ancien président de la Réserve fédérale qui croyait pouvoir résoudre les crises par des baisses des taux) "ne peut plus être la seule alternative" . Il faudra donc pour l’avenir "des interventions préventives plus déterministes et activités de la part des banques centrales".
(1) Regards économiques, Ires, UCL, Mars 2010. www.uclouvain.be
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