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Distribution | La fédération se mobilise

"Pour un paysage commercial durable"

Patrick Dath-Delcambe

Mis en ligne le 13/03/2010

Dominique Michel demande aux politiques de se pencher sur l’avenir de la distribution sans tabou. 10% de charges en moins créerait 40 000 emplois.
Entretien

Il est temps de passer aux choses sérieuses et de s’attaquer au fond du problème, estime Dominique Michel, administrateur délégué de la Fedis (Fédération belge de la distribution), qui propose aux politiques de se mettre autour de la table pour créer "un paysage commercial durable". " Que les politiques hurlent avec les loups pendant quelques jours, je peux comprendre l’émotion entourant le dossier Carrefour. Il est temps maintenant de travailler sur l’avenir. Le secteur crée de l’emploi même en temps de crise, voyons comment nous pouvons tous ensemble exploiter tout le potentiel d’emplois", lance-t-il dans une interview accordée à "La Libre".

Les politiques n’ont pas ménagé Carrefour, évoquant diverses mesures de rétorsion à la fermeture annoncée d’une vingtaine de magasins. Qu’en pensez-vous ?

Il y a une unité de tous les partis politiques, toutes tendances confondues, pour tirer à boulets rouges sur Carrefour. Les uns proposent de faire payer les prépensions, les autres de lier les subsides à l’empoi... Ce qui me frappe c’est d’une part l’unanimisme, assez rare, et la différence de traitement entre Opel et Carrefour. Quand Opel décide de fermer le site d’Anvers, on déploie le tapis rouge et on propose des subsides. Ce n’est pas le cas avec Carrefour. Pourquoi ? Or il s’agit dans les deux cas de la même logique économique : il faut rester compétitif, sinon il faut restructurer. Opel a un problème de rentabilité au niveau mondial et Carrefour au niveau local ou sub-local.

Que proposez-vous aux politiques?

Je soutiens totalement l’idée de la ministre Laurette Onkelinx proposée dans une interview à "La Libre". Réfléchissons tous ensemble à ce que nous pouvons faire pour les secteurs intensifs en main d’œuvre. La ministre Onkelinx a mis le doigt sur une question fondamentale, que nous avons déjà évoquée mais qui n’a pas rencontré l’echo que nous espérions. Le secteur du commerce est en effet un secteur où il y a du potentiel.

Comment, justement, exploiter au mieux ce potentiel?

Le premier message que j’adresse au monde politique, c’est tout simplement d’arrêter de distribuer des subsides, des aides... La complexité du système est infernale. Que l’on arrête donc tout cela. Que l’on mette à niveau nos charges sociales par rapport à ce qui se passe dans les autres pays. Dans notre secteur, les charges sociales sont 20% plus élevées qu’en France.

Votre demande, c’est de baisser de 20% les charges sociales?

Nous sommes réalistes et demandons 10% de baisse de charges. Avec une telle baisse, nous pourrions créer 40 000 emplois, selon une étude d’un professeur de la KUL menée en 2007. Le problème, ce n’est pas que le personnel gagne trop, c’est qu’il coûte trop. Il y a par exemple énormément de défis dans le service aux clients, des défis qui ne sont pas relevés par le commerce tout simplement parce que l’on n’a pas les ressources en hommes et en femmes pour le faire.

L’invitation est donc lancée...

Nous devons nous mettre tous ensemble pour créer un paysage commercial durable, loin des idéologies, comme dire que le petit commerce est tué par le grand. Il y a des concepts différents et des besoins différents. Voyons ensemble comment ces concepts peuvent se développer. Examinons le tout sans tabou. Y a-t-il par exemple assez de mètres carrés de magasins en Belgique ? Peut-être. Mais ils peuvent être mal utilisés, être au mauvais endroit. Il faut permettre la fermeture d’un certain nombre de magasins et l’ouverture d’autres dans un cadre durable d’expansion commerciale.

Cela risque de ne pas être facile...

Il y a parfois une sorte de résistance à l’évolution en Belgique. Elle s’explique par le fait qu’il y a encore beaucoup de petits commerces en chez nous, bien plus que chez nos voisins. Cela explique que l’on a beaucoup moins d’emplois dans notre secteur par rapport, justement, à nos voisins.

Il y a du potentiel, même pour les personnes perdant leur emploi chez Carrefour?

Nous sommes tout à fait prêts à travailler dans le même scénario que VW Forest, par exemple. VW a dû supprimer beaucoup d’emplois, mais ces emplois, pour la plupart, ont été réintégrés dans des firmes du même secteur, grâce à une bonne information. Nous sommes prêts à tout faire pour essayer de récupérer les personnes qui perdent un emploi chez Carrefour. Je ne peux garantir que toute personne qui quittera Carrefour retrouvera un emploi dans les six mois. Mais il y a moyen de faire beaucoup de choses via une cellule emplois qui permette l’échange d’informations. Nous sommes prêts à y aller. Nous attendons pour cela que la situation soit clarifiée chez Carrefour.

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