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électricité

"Impact positif pour le consommateur"

Ariane van Caloen

Mis en ligne le 13/03/2010

Le patron d’Elia, Daniel Dobbeni, explique les raisons qui ont motivé le rachat de 50 Hertz. Et trace les futurs défis d’un gestionnaire de réseau.
Entretien

Daniel Dobbeni, le CEO d’Elia, vient de franchir un pas majeur. Explications.

Quelle est la motivation du rachat de 50Hertz Transmission ?

En 2005, une ligne directrice avait déjà été tracée pour Elia ; elle précisait les ambitions de la jeune entreprise cotée en Bourse. L’objectif était que l’entreprise devienne autonome, totalement indépendante et fasse ses preuves en tant que gestionnaire de réseau en Belgique. Elle voulait aussi jouer un rôle significatif en Europe, en particulier sur le marché de l’électricité de l’Europe continentale de l’Ouest, où l’on trouve le Benelux, l’Allemagne et la France. Il y a deux raisons à cela. Un : la création du grand marché européen. Deux : le phénomène d’accélération qui apparaît depuis 2-3 ans. L’objectif du trois fois 20 pour 2020 (1) constitue, pour la gestion des réseaux électriques, non pas une évolution mais une révolution. Il faudra être capable de faire fonctionner un système électrique à l’échelle européenne, où il y aura plus de 30% d’énergies renouvelables. Dans ces 30%, il y aura beaucoup de vent. Cela impliquera une autre manière de gérer le réseau. Imaginer que l’on pourra encore gérer un réseau national comme s’il s’arrêtait aux frontières n’a pas de sens et en aura de moins en moins.

Faut-il pour autant acheter un autre gestionnaire ?

On n’achète pas une entreprise juste pour une raison. Parmi les autres raisons, je dirais que les actionnaires s’y retrouveront aussi. Car on va diversifier le risque régulatoire. Il y aura aussi des complémentarités. Il était aussi important de renforcer le côté "dividend story" d’Elia. En plus, 50Hertz a une expertise différente de la nôtre. Quand vous vous cantonnez à vos frontières, vous êtes confrontés au risque de réinventer la roue.

Le fait d’avoir comme actionnaire de contrôle les communes belges ne pose-t-il pas un problème en termes de développement ?

Hormis celle de juin dernier, on a pu démontrer qu’on n’a pas besoin d’augmentation de capital avant 2014-2015. Mais soyons clair : cela n’intègre pas des investissements dans un réseau en mer du Nord. Cette question là viendra plus tard. D’ailleurs, celui qui peut chiffrer aujourd’hui le coût d’un tel réseau aurait droit à un prix Nobel ! Selon moi, ce sont des projets d’une telle taille, d’une telle complexité, qu’il faudra trouver des budgets de financement particuliers. On ne va pas faire un réseau en mer du Nord qui sera uniquement à charge des pays qui bordent la mer alors que cela bénéficiera à l’ensemble de l’Europe. Il faudra donc trouver un accord politique sur des mécanismes permettant des contributions de tous les Européens. De tels projets ont la même dimension que celui où l’homme a marché sur la Lune pour la première fois. Cela dépasse un budget d’investissement normal d’un gestionnaire de réseau. Il y a un consensus politique sur ce point.

Vous pouvez donc assurer que l’achat 50Hertz n’aura aucun impact sur la facture du consommateur ?

Je dirais même qu’il aura un impact positif pour les raisons que j’ai évoquées. Y aura-t-il une différence phénoménale ? Non. Elia ne représente que 4% de la facture du consommateur résidentiel. Soit dit en passant, le tarif Elia est le cinquième moins cher d’Europe.

Il y en a donc 4 moins cher qu’Elia. Et pourtant, la configuration de la Belgique, un plat pays, n’est pas très compliquée…

Vous croyez ? Avez-vous vu le nombre de lignes enterrées qu’il y a en Belgique? Dans le 30 000-70 000 volts, il y a 2986 km de câbles enterrés. On gère 800 sous-stations. Et c’est loin d’être évident de connecter deux sous-stations vu la densité du pays. En Belgique, il y a beaucoup de câbles souterrains, raison d’ailleurs pour laquelle notre pays a une très bonne qualité d’alimentation même en période de tempête.

Certains parlementaires s’étonnent qu’une entreprise monopolistique comme Elia, de surcroît contrôlée par les communes belges, fasse tant de publicité. Comment le justifiez-vous ?

Une société cotée en Bourse a l’obligation de s’assurer d’être connue. Sinon, elle le paiera cher en termes de liquidités. Le budget pub d’Elia ne représente pas grand-chose et est payé par les économies de l’entreprise et non pas par le consommateur. Autre élément : quand on fait des travaux, on a besoin de permis. On a donc intérêt à être connu. On cible notre communication vers ceux qui ont besoin de nous connaître. Le fait d’acquérir 50 Hertz va certainement nous donner une image européenne renforcée. Et je suis sûr qu’elle sera aussi utile pour notre action.

Que pensez-vous des arguments de ceux, de plus en plus nombreux, qui remettent en cause le principe de l’ “unbundling” (2) dans le secteur de l’énergie ?

Je pense qu’il faut faire la différence dans les niveaux d’unbundling. Un transporteur comme Elia doit, par définition, être totalement indépendant par rapport aux producteurs ou aux fournisseurs. Il doit garantir un accès identique à tout le monde. Il doit aussi être en faveur d’une collaboration européenne quels que soient les intérêts des producteurs dans les différents pays. L’unbundling permet aussi d’éviter tout risque de suspicion, lequel aurait un effet dévastateur sur l’ensemble du marché.

Mais l’unbundling ne coûte-t-il pas très cher ?

Le coût de transaction a certes augmenté parce qu’il y a plus de partenaires. Par contre, on néglige de dire que, grâce à cette évolution, les gestionnaires de réseau sont obligés de se mettre en cause plus qu’ils ne l’ont jamais fait dans le passé. On gère aujourd’hui l’activité de transport de manière beaucoup plus saine, en faisant l’équilibre entre les contraintes techniques et financières, les demandes des clients de la communauté. On a fortement évolué sur la manière de voir les plans d’investissement. Le fait d’être devenue une société anonyme cotée en Bourse est un élément fondamental pour faire évoluer la culture au sein de l’entreprise.

(1) Par 3X20, on désigne le triple objectif européen: réduction des émissions de CO2, 20% d’énergie renouvelable et réduction de 20% d’énergie.

(2) L’unbundling, principe de base de la libéralisation, signifie une séparation des activités de production, de fourniture et de transport.

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