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Banque | Justice
Affaire Lehman Brothers : "Poursuites probables"
Stéphanie Fontenoy
Mis en ligne le 16/03/2010
Peter J. Henning, professeur de droit spécialisé dans la criminalité en col blanc, est un ancien avocat de la SEC (Securities and Exchange Commission), le gendarme de la Bourse américaine. Il a enquêté sur les fraudes bancaires au Département de la Justice.
Les conclusions du rapport d’enquête sur Lehman Brothers vous surprennent-elles ?
Oui, en particulier l’utilisation abusive de la transaction financière dite "Repo 105" et les montants impliqués, jusqu’à 50 milliards de dollars au second trimestre 2008. Les banques d’investissements s’engagent dans toutes sortes de transactions qui leur permettent de présenter leurs résultats sous le jour le plus favorable, mais ici, ce sont les montants qui sont énormes.
L’usage du “Repo” (accord de rachat) est connu pourtant….
Oui, il est utilisé tous les jours entre banques, maisons de courtages, etc. Ce n’est donc pas l’outil qui pose problème, mais la façon dont Lehman Brothers l’a utilisé. La banque d’affaires a fait passer ces prêts à court terme en ventes afin de retirer ces titres dont personne ne voulait de son bilan. Elle donnait l’impression de réduire son endettement net, mais ce n’était pas le cas.
Les cadres de Lehman nient avoir eu connaissance de la manœuvre. Crédible ?
Pour Richard Fuld, son président, c’est possible, car les PDG sont souvent éloignés de la gestion des affaires quotidiennes de la banque. Mais pour les trois cadres financiers cités par le rapport, c’est plus difficile à croire, car c’est leur boulot de veiller sur les comptes. On parle ici de transactions de plusieurs dizaines de milliards de dollars.
Pourquoi la manœuvre devait-elle être effectuée à partir de la branche européenne de Lehman Brothers, à Londres ?
Car le cabinet d’avocats londonien Linklaters a été le seul à donner une lettre d’approbation à Lehman Brothers. Il semble qu’en 2001, le montant des transactions était peu élevé, et que personne n’y a prêté trop d’attention. Même pas le cabinet d’audit de Lehman, Ernst&Young. Mais ce qui se passe souvent quand une institution trouve un nouvel outil financier créatif, elle devient accro. Ce qui a démarré petit en 2001 est devenu une addiction de 50 milliards de dollars.
C’est un cas à la Enron ?
Il y a un parallèle car dans les deux cas, ces compagnies essayaient par tous les moyens de ne pas sombrer. Elles se sont donc engagées dans des transactions douteuses pour montrer de meilleurs résultats à leurs investisseurs. Mais la nature des transactions est très différente. Il y a cependant ici comme chez Enro la possibilité d’une fraude boursière. Lehman Brothers espérait être sauvée in extremis par une aide du gouvernement. La direction a même essayé d’éviter la faillite en organisant un rachat.
L’affaire va-t-elle se terminer devant les tribunaux ?
Je m’attends à ce que la Securities and Exchange Commission (SEC, gendarme boursier aux Etats-Unis) engage des poursuites, contre Lehman mais aussi contre le cabinet d’audit Ernst&Young. Un procès au pénal est moins probable, car bien plus difficile à gagner.
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