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Finance
Spéculez, riches gens!
Mis en ligne le 17/03/2010
Les ministres européens ont manqué leur rendez-vous avec la directive AIFM ("Alternative Investment Fund Managers", soit "Gestionnaires de fonds d’investissement alternatifs"). Mardi, la présidence espagnole de l’Union européenne (UE) a retiré à la dernière minute le dossier de l’agenda de la réunion des ministres des Finances de l’Union européenne (Ecofin). L’Espagne a cédé aux pressions du Royaume-Uni pour escamoter ce sujet délicat. Londres renâcle parce que la future législation européenne affecterait la marche des affaires des fonds spéculatifs présents dans la City.
Alors que la crise financière devait être l’occasion de réglementer des pans de l’économie qui avaient jusqu’alors échappé à tout contrôle et qui avaient amplifié le risque systémique, cette réforme fondamentale sera reportée de plusieurs mois.
Officiellement, c’est la présidence espagnole qui a retiré ce point de l’agenda. Mais en coulisses, on confirme qu’il y a indubitablement eu un accord entre le Premier ministre de l’Espagne, José Luis Zapatero, et le Premier ministre du Royaume-Uni, Gordon Brown.
La ministre espagnole des Finances Elena Salgado, qui présidait la réunion de l’Ecofin, a défendu sa décision en faisant valoir qu’elle avait le sentiment qu’un consensus plus important que celui existant à l’heure actuelle pourrait être trouvé dans les semaines à venir. "Il y a encore de la marge pour un consensus plus grand. L’approbation de cette directive pendant ce semestre reste un objectif de la présidence espagnole", a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse à l’issue du conseil Ecofin.
Selon plusieurs sources ayant participé aux discussions entre ministres, le Royaume-Uni était pourtant le seul pays refusant encore mardi d’endosser le dernier texte de compromis en date mis sur la table par la présidence espagnole de l’UE. Mais, selon d’autres sources haut placées, c’est un accord de dernière minute entre le président du gouvernement espagnol José Luis Zapatero et le Premier ministre britannique Gordon Brown qui a fait basculer la situation.
La solidarité entre dirigeants socialistes a été le facteur déterminant de cette entente, ont expliqué ces sources, le premier ne souhaitant pas mettre le second en minorité sur un sujet aussi sensible à l’approche des élections britanniques. "Lorsque des grands pays ne veulent pas d’un texte, ils parviennent toujours à leurs fins. Il n’y a pas de doute sur le fait qu’un accord (Brown-Zapatero) a été passé", a dit l’une de ces sources.
Compte tenu du calendrier des prochaines réunions des ministres des Finances de l’Union européenne et des élections à venir à Londres, un accord à vingt-sept sur la directive AIFM ne devrait pas intervenir avant mi-mai, voire plus sûrement mi-juin. Il faudra ensuite négocier une position commune avec le Parlement européen, qui co-décide sur ce dossier, et recevoir l’aval de la Commission européenne, ce qui risque de repousser l’entrée en vigueur du texte au-delà de l’été.
Mais ce n’est pas tout. Le résultat des élections britanniques pourrait pourrir davantage la situation. Des diplomates de plusieurs pays membres redoutent que si les conservateurs britanniques reviennent à Downing Street, le dossier leur fournisse une occasion idéale de marquer leur différence avec le Labour sur la scène européenne en adoptant une position encore plus dure que celle défendue par Gordon Brown.
Concrètement, les négociations s’annoncent difficiles sur la question de l’accès des fonds domiciliés en dehors de l’UE à un "passeport européen" leur permettant d’opérer sur l’ensemble du territoire communautaire. Les fonds spéculatifs basés à Londres ne sont pas les seuls à chercher à amender la directive. Les fonds américains pèsent aussi de tout leur poids. Et évidemment, l’alliance atlantique entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni intervient. Bref, les riches spéculateurs anglo-saxons qui étaient à l’origine de la crise sont à présent à l’origine du blocage des réformes. Spéculez, il n’y a rien à voir.Ph.G. (avec AFP, Reuters)
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