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Hôtellerie
2010, une année qui va compter pour Accor
Anne Masset
Mis en ligne le 17/03/2010
L’hôtellerie française aurait perdu l’an dernier 9 millions de nuitées (- 5 %) par rapport à 2008 et près d’un milliard et demi de chiffre d’affaires (- 9 %). Le groupe français d’hôtellerie et de services Accor, qui ambitionne de devenir n°3 mondial du secteur d’ici 2015, n’a pas été épargné par la crise. L’année 2010 sera-t-elle celle de la reprise ? Les explications de Yann Caillère, directeur général de l’hôtellerie pour l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient (pour toutes les marques), directeur général de Sofitel Monde et en charge de la construction et de l’innovation design pour le groupe.
L’année 2009 s’est clôturée pour Accor sur une baisse de 10 % du chiffre d’affaires pour son pôle hôtellerie, avec le segment haut et milieu de gamme qui a été plus touché (– 11,5 %) que l’économique (– 6 %)...
Globalement, en termes de "Revpar" (NdlR : revenu par chambre disponible qui combine le taux d’occupation et le prix moyen par chambre), on a perdu 10,5 %. Si on prend les résultats communiqués par nos concurrents (comme Intercontinental, Marriott et Starwood), on perd entre 70 et 100 % de moins qu’eux. On a mieux résisté pour deux raisons : chez nous, le poids de l’économique (nous sommes le n°1 mondial de l’hôtellerie "budget" - comme la marque Etap - et économique - comme Ibis et All Seasons), par rapport au milieu (Mercure, Novotel) et haut de gamme (Pullman et Sofitel), est plus important que chez nos concurrents. L’économique représente 50 % de notre parc. Or c’est une hôtellerie qui résiste mieux, en général, en période de crise. Deux, notre implantation géographique est mieux répartie. Nous sommes largement leaders au niveau européen et moins présents, par contre, sur le marché américain qui a beaucoup plus souffert. Notre présence est également forte en Afrique Moyen-Orient, en Asie Pacifique et en Amérique du Sud qui sont des zones qui ont mieux fait face à la crise. Les zones qui ont été le plus touchées pour nous sont, outre les Etats-Unis, le Portugal, l’Italie, la Grèce et l’Espagne et quelques pays de l’Est comme la Hongrie, par exemple.
Des pays ont-ils terminé 2009 en positif malgré tout ?
Très peu. L’Algérie.
Voit-on actuellement des signes de reprise ?
C’est encore trop tôt. Pour l’heure, on voit des signes de ralentissement de la crise. On note trois catégories de pays : ceux qui ont tendance à repartir comme la Suisse, la Grande-Bretagne, la Chine, des pays d’Amérique du Sud ou certaines grandes villes comme New York, Washington ou Paris; ceux qui se stabilisent à l’instar du Benelux, la France y est presque; et puis les pays qui continuent à perdre même s’ils perdent moins qu’avant : l’Espagne, l’Italie. Sans oublier un pays extrêmement touché : la Grèce, où nous n’avons que deux hôtels.
Quand prévoyez-vous la reprise ?
Le premier semestre sera dans la continuité de 2009, c’est-à-dire que la baisse va ralentir. On devrait commencer à voir une certaine reprise au cours du deuxième semestre, mais pas partout. Certains pays sont rentrés dans le cycle "taux d’occupation qui reprend et prix moyen qui continue à baisser".
La stratégie d’Accor privilégie l’investissement dans l’économique…
A la différence de nos concurrents qui adoptent une stratégie d’"Asset light", c’est-à-dire qu’ils n’investissent pas, qu’ils ne sont pas propriétaires des hôtels, mais les ont juste en management (gestion pour le compte d’un propriétaire) et en franchise, nous opposons, depuis 2005, une stratégie d’"Asset right" : on investit dans le segment économique en continuant à faire des filiales (hôtels en propre), mais plus on monte en gamme, moins on investit : on peut encore faire quelques filiales en milieu de gamme, mais surtout du management et un peu de franchise (sauf pour la marque Mercure qui se développe en franchise). Dans le haut de gamme, on est plutôt sur du management. Fin 2004, Accor était propriétaire de 62 % des hôtels, pour environ 40 % à fin 2009. Le but étant d’arriver autour de 30 %.
Combien de chambres allez-vous ouvrir cette année ?
Nous en avons ouvert plus de 27 300 l’an dernier; nous allons rester dans la zone des 30 000 cette année, principalement dans l’économique et dans la franchise. Avec l’objectif d’atteindre un rythme de 35 000 à 40 000 par an.
Quels marchés ciblez-vous ? Est-ce que la France a encore du potentiel ?
La France est à la fois un marché mature et un marché sur lequel on peut encore faire plus d’ouvertures. Il y a 1 400 hôtels aujourd’hui et on doit pouvoir arriver à 1 800. Les zones de développement pour nous sont l’Asie Pacifique avec la Chine, le Vietnam, l’Indonésie ; l’Europe (avec l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne notamment); l’Afrique Moyen-Orient et l’Amérique latine. Avec, respectivement 37, 33, 17 et 12 % des 100 000 chambres actuellement dans les cartons.
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