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Le Plan Marshall désargenté
Ph. Law.
Mis en ligne le 19/03/2010
Lors de la présentation des "Regards" du Conseil économique et social de la région wallonne (CESRW), les partenaires sociaux ont durement critiqué l’action du gouvernement régional qui serait en manque d’initiative. Son efficacité est même mise en doute. "On n’a pas vraiment l’impression que le gouvernement wallon démarre vraiment. En sept mois d’activité, le gouvernement ne nous a demandé que quatre avis, ce qui est peu. Nous sommes très inquiets", a commenté Jean-Pierre Dawance.
Secrétaire général de la FGTB wallonne, Thierry Bodson est d’autant plus préoccupé que le Plan Marshall 2. Vert que tout le monde a soutenu risque de manquer de budget. "Le constat est alarmant, voire alarmiste. Il n’y a que des déclarations d’intentions, mais jusqu’à présent, on ne sait toujours pas comment le gouvernement wallon va financer le plan. Le budget prévu pour 2010 au profit du plan n’est pour l’instant que d’environ 100 millions d’euros, même pas la moitié de ce qu’on est droit d’attendre, dans la mesure où le gouvernement prévoit d’affecter 1,6 milliard d’euros au Plan Marshall 2. Vert sur 5 ans", constate calmement le patron de la FGTB wallonne. D’après lui, l’ambition de l’exécutif wallon de lier emploi et environnement est une bonne chose, mais il constate que rien n’est prévu pour soutenir les employeurs afin qu’ils puissent développer les matériaux nécessaires en Wallonie. "Lors de la présentation du Plan Marshall 2. Vert à Charleroi, les employeurs ont dit qu’ils sont obligés d’aller acheter les matières premières notamment en Allemagne et en Autriche", témoigne Thierry Bodson.
Il reproche au gouvernement wallon d’ignorer les partenaires sociaux à l’heure où il doit participer à des réunions avec le Premier ministre Yves Leterme (CD&V). Or, les thèmes que celui-ci met sur la table (R&D, innovation, environnement, exportations, etc.) sont les mêmes que ceux défendus par les interlocuteurs sociaux. "Le gouvernement wallon ne brille pas. Je suis déçu qu’il ne nous ait pas encore invités à discuter sur ces sujets", dit-il. En attendant, les chiffres du chômage ne baissent pas de façon ostensible.
Sur le thème de l’aménagement du territoire, il soutient qu’il y a des dérapages à l’intérieur du gouvernement et qu’il est temps que celui-ci mène une réflexion profonde sur son fonctionnement. Pour certains acteurs de l’organe de concertation entre les patrons et les organisations syndicales, le gouvernement wallon ferait mieux d’opter pour une spécialisation des zones d’activités économiques plutôt que de laisser les différentes intercommunales de développement faire la même chose dans leurs zonings. Par exemple, il n’est pas utile qu’il y ait des centres logistiques un peu partout en Wallonie dans tous les parcs.
C’est la stratégie développée par notamment par les dirigeants du Grand-duché de Luxembourg et cela semble porter ses fruits. Interpellés sur le dossier de Città Verde à Farciennes, les dirigeants du CESRW ont éprouvé un certain malaise à donner officiellement leur point de vue. Mais en aparté et dans l’anonymat, ils ne partagent pas l’option suivie par le ministre wallon Philippe Henry (Ecolo, Aménagement du territoire) qui a refusé le permis. Car même si on peut saluer son courage politique, la situation de crise exige de se démarquer de l’orthodoxie.
Pour la présidente du Conseil économique et social de la région wallonne, malgré les discours, la politique du saupoudrage des budgets n’a pas encore disparu en pratique. "Les choses avancent trop lentement. Le gouvernement ouvre beaucoup de chantiers et le risque est qu’il se perde au bout du compte. Il donne un petit peu de chaque côté alors qu’il faut se concentrer sur des priorités. Il faut plus de courage que ce qu’il montre actuellement", a commenté Marie-Anne Belfroid, président du CESRW.
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