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Secteur financier | Manifestation

Les banques mettent à nouveau la pression

Philippe Galloy

Mis en ligne le 19/04/2010

Les employés des banques doivent à nouveau atteindre des quotas de vente, dénonce Pia Desmet (Setca). Les syndicats manifestent ce lundi à Bruxelles.

Les syndicats veulent des banquiers honnêtes. Ce lundi, ils manifesteront à Bruxelles, devant le siège de la Commission européenne, pour réclamer "une vente honnête des produits financiers" . Pia Desmet, secrétaire fédérale au Setca, nous explique les raisons de cette manifestation organisée en front commun au sein de l’UNI, l’organisation internationale des syndicats.

Si vous manifestez en faveur d’une vente honnête des produits financiers, cela veut-il dire que les banquiers recommencent à vendre tout et n’importe quoi aux clients ?

Nous attirons l’attention sur la vente des produits financiers car nous avons l’impression que, bien que ces produits ne soient pas aussi toxiques qu’auparavant, les banques mettent à nouveau la pression pour que leurs employés en vendent un maximum. Et ce, essentiellement à des fins concurrentielles. Nous avons le sentiment que, si l’on ne fait pas très attention, on va revenir au "business as usual". On le voit déjà au point de vue des bonus et des bénéfices des banques.

Les dirigeants des banques fixent-ils des objectifs démesurés ?

Oui. Les banques fixent des quotas de produits financiers qui doivent être vendus. Certes, la finance est un marché comme un autre. Comme dans le secteur de la distribution, par exemple, les banques doivent vendre leurs produits, à l’instar de Delhaize ou Carrefour. Mais la différence, c’est que le pain, le lait ou les légumes, les gens en ont besoin pour vivre ! Les produits financiers, ils n’en ont pas nécessairement besoin

Les banques belges fixent-elles des quotas, elles aussi ?

Ça arrive. C’est davantage le cas dans d’autres pays, comme au Royaume-Uni. Mais cela se produit aussi partout ailleurs, y compris chez nous. Le problème vient du système de rémunération des employés. En plus de leur salaire fixe, une partie de leurs émoluments dépend d’objectifs de vente.

Etes-vous contre cette rémunération variable liée aux ventes ?

Non. Nous ne disons pas qu’il faut supprimer la partie flexible du salaire mais qu’il faut, premièrement, en évaluer la nécessité et, deuxièmement, ne pas la faire dépendre de la vente de certains produits financiers. Une de nos revendications est aussi d’obtenir un salaire fixe approprié pour les employés des banques. Sans quoi, ils ont besoin d’obtenir la partie variable et, dans ce stress, ils ont une obligation d’atteindre les objectifs de vente. Nous, nous voulons que le personnel bancaire ait davantage de temps pour bien conseiller les clients.

Vous plaidez aussi pour davantage de formation des employés de banque, alors que Febelfin, la fédération financière belge, vante le grand savoir-faire du secteur. Qui a raison ?

Au point de vue de la formation générale des employés du secteur, l’organisation est bonne, c’est vrai. Nous sommes d’accord avec Febelfin à ce sujet, d’autant que la formation a lieu grâce à un fonds paritaire. Mais là où il y a un manque, c’est au point de vue de la connaissance des produits financiers par les employés qui doivent les vendre. Il faut que les employés sachent ce qu’ils vendent et que les clients sachent ce qu’ils achètent. Là, il y a un effort à faire. Ce manque de formation sur les produits, combiné aux objectifs de vente, pose problème.

Pourquoi manifestez-vous devant les institutions européennes et pas devant les banques ?

Nous constatons que dans les jours qui ont suivi la crise, les autorités européennes ont beaucoup parlé de la régulation des marchés et de lutte contre la spéculation. Mais à présent, où en est-on ? Nous voulons cerner à nouveau les problèmes et proposer des solutions. Il faut une instance de surveillance supranationale, à laquelle les Anglais sont toujours opposés. Il faut des règles de transparence plus strictes. Il faut une autorisation européenne sur la vente d’un produit financier. Il faut créer une agence de notation européenne indépendante et publique. Et enfin, il faut une taxe sur les transactions financières, une taxe Tobin. Mais pour l’instant, nous avons l’impression de ne pas être écoutés.

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