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Conjoncture
"Vous avez quatre ans pour agir"
Yves Cavalier
Mis en ligne le 17/06/2010
Le gouverneur de la Banque nationale veut rester au-dessus de la mêlée: "Le hasard du calendrier fait que la banque vous présente ses prévisions semestrielles trois jours après les élections. Ce n’est pas un choix. C’est un calendrier qui est fixé par la Banque centrale européenne (BCE), laquelle ne se soucie pas des échéances électorales de chaque pays."
Difficile pourtant de ne pas faire allusion au contexte politique actuel alors que le gouverneur Guy Quaden a martelé une heure et demie durant que la Belgique "doit tenir ses engagements". Mais même s’il représente aussi notre pays au conseil de la BCE (et réciproquement ), le gouverneur a insisté: "Je n’étais pas candidat aux élections et je ne serai ni informateur ni formateur ou démineur. Mais je voudrais rappeler que si notre pays est loin de connaître la plus mauvaise des situations dans la zone euro, on ne peut pas être satisfait pour autant. La Belgique a un double défi à assumer. Le premier, c’est bien sûr de réduire nos déficits et gérer au mieux nos finances publiques. Mais il faut aussi renforcer la croissance effective et la croissance potentielle de ce pays." Ces deux objectifs sont étroitement liés. Si les dépenses publiques sont réduites et mieux maîtrisées, les recettes augmenteront et l’impôt suivra. "Il a fallu creuser les déficits pour affronter les crises. Celle des banques et la crise économique ensuite. C’était nécessaire, car il fallait agir à court terme. Mais un déficit est une mauvaise chose à moyen et long terme, tout simplement parce qu’il affecte la confiance", explique le gouverneur et d’ajouter dans son langage toujours très direct: "S’il faut réduire les déficits, ce n’est pas pour faire plaisir aux marchés et même pas pour faire plaisir à l’Europe. Il faut le faire pour rassurer les ménages et les entreprises." En d’autres termes, il faut redonner aux Belges le goût de consommer sans avoir peur du lendemain et aux entreprises l’envie d’investir dans un environnement politique qui les inspire.
Il reste que la Belgique doit malgré tout affronter un programme d’assainissement particulièrement délicat: ramener le déficit public de - 6 à 0 % d’ici à 2015. "Face à ce défi, nous avons une grande chance. Nous avons devant nous une période de quatre ans pendant lesquelles il n’y aura ni élections régionales, ni élections législatives. C’est une chance qu’il faut exploiter au maximum pour développer un programme crédible et faire les choses sérieusement."
Cela veut dire réduire les dépenses et augmenter les recettes. "Sur ce plan, je crois qu’il faut certainement agir sur la fraude fiscale et envisager tout autre forme de recette fiscale sans le moindre tabou sauf un: il n’est pas question d’augmenter la charge fiscale et parafiscale sur le travail alors que nous sommes déjà le pays qui taxe le plus le travail."
Et s’il fallait formuler un souhait au lendemain des élections qui ont profondément modifié la donne politique du pays. "Nous sommes une démocratie. Il y a des élections et comme il y a de nombreux partis, il faut arriver à une coalition. Il est normal que cela prenne du temps. Un peu de temps, mais pas trop de temps. Il serait très fâcheux que l’on renouvelle l’expérience de 2007 et qu’il faille attendre neuf mois pour avoir un gouvernement."
Le message qu’adresse la Banque nationale au futur gouvernement est donc très clair. En fin de compte, la Belgique n’a pas trop mal tiré son épingle du jeu au lendemain de la double crise bancaire et économique. Par rapport aux autres pays de la zone euro, le défi à relever n’est pas insurmontable à condition, d’abord, de disposer d’un gouvernement, ensuite, de disposer d’un gouvernement qui ait pris la mesure de l’enjeu et enfin, d’un gouvernement qui accepte de mettre en place un plan pluriannuel crédible avec détermination.
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