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Série | Les visionnaires (6/6)
Croire en la banque durable
Ariane van Caloen
Mis en ligne le 31/07/2010
Des banques qui ont traversé sans dégâts l’effroyable crise financière de 2008, il y a en a peu eu mais quelques-unes quand même. Triodos en fait partie. Au vu de cette robustesse dans les périodes les plus adverses, on pourrait en déduire que le modèle de cette institution née il y a trente ans aux Pays-Bas et importé il y a dix-huit ans en Belgique, a un côté visionnaire. Mais quel est ce modèle ? Triodos se définit comme une banque durable plutôt qu’éthique. Car, a priori, "toutes les banques se doivent d’être éthiques", précise d’emblée Olivier Marquet le patron de la succursale belge basée rue Haute, dans les très beaux bâtiments de l’espace Jacqmotte. Même si on a pu voir qu’il y a eu quelques dérives dans le secteur bancaire
Le fil conducteur de l’institution est de "veiller à léguer à nos enfants un monde aussi riche", poursuit-il. Et quand il dit "riche", il ne pense pas aux billets qui pourraient s’amonceler dans les coffres-forts mais aux richesses qu’offre le monde comme les matières premières, la biodiversité ou des richesses plus immatérielles comme la diversité culturelle. La banque a pour principe d’uniquement financer l’économie réelle. Pas question donc de faire des opérations à haut risque dans des salles de marchés avec des produits dérivés du type CDS pour des dizaines de milliards d’euros. Et toute l’activité doit aussi se faire dans la plus grande transparence vis-à-vis de clients visiblement de plus en plus demandeurs d’avoir toutes les informations.
Autre dimension très spécifique à Triodos : la banque recherche l’optimisation et non la maximisation du profit. Le profit est un moyen et non pas un but. La nuance est importante. "La banque doit générer du profit mais doit viser un profit sain qui rémunère aussi le client, le personnel et qui contribue à la Société", explique Olivier Marquet. "A ce niveau-là, je crois que nous sommes uniques si l’on excepte certaines caisses coopératives", poursuit-il.
Avant même que les salaires totalement disproportionnés de patrons de banque soient pointés du doigt, elle avait aussi fixé des règles en termes de rémunération. La différence entre le plus bas et le plus haut salaire ne peut pas dépasser un rapport de 1 à 10. En 2009, le rapport était de 8,1 sachant que la rémunération de Pierre Aeby, le numéro un du groupe, s’est élevée à 201 000 euros. Chiffre, qui transparence oblige, se trouve dans le rapport annuel. Quant aux bonus individuels également décriés pendant la crise, ils sont proscrits.
La banque s’est aussi fixé un objectif raisonnable de rendement des fonds propres de 7 % contre un niveau de 5 % actuellement. On est donc loin des rendements à deux chiffres affichés par de nombreuses banques avant que n’éclate la crise du subprime. Cette course à la rentabilité "était poussée par les conseils d’administration et derrière eux les actionnaires, qui ont perdu un moment tout sens commun", analyse Olivier Marquet. Qui a connu un tout autre monde financier pour avoir travaillé dans des banques comme ING ou Anhyp avant d’arriver chez Triodos Belgique en 2003.
La question du profit et inversement des pertes est d’ailleurs cruciale à ses yeux. "Un de mes leitmotivs, souligne-t-il, "c’est qu’on ne peut pas continuer à fonctionner dans le système actuel où on mutualise les pertes et privatise les profits", souligne-t-il. Il plaide pour un système où la garantie apportée par l’Etat à l’épargne serait limitée aux banques dites classiques c’est-à-dire qui limitent leurs activités à la collecte de l’épargne et de crédits à l’économie réelle.
Les règles auxquelles Triodos s’est astreinte ne l’empêchent pas de connaître une belle croissance, en particulier en Belgique. En quelques années, la succursale belge a vu son bilan passer de 100 à 760 millions d’euros. Et ce ne sont pas les projets qui manquent, que ce soit l’épicerie bio aux parcs d’éoliennes. Le personnel aussi est en nette croissance avec un total aujourd’hui de 80 personnes auxquelles on propose notamment une grande flexibilité du temps de travail.
Et il paraît qu’ils sont nombreux venant des grands noms de la finance à poser leurs candidatures pour travailler chez Triodos
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