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CONSOMMATION

Titres-repas : les millions perdus

Patrick Van Campenhout

Mis en ligne le 18/08/2010

Les titre-repas périmés rapportent gros aux deux émetteurs. Quant aux nouveaux titres électroniques, ils sont toujours bloqués.
Enquête

En théorie, on aurait déjà dû voir se profiler cette année dans notre pays le successeur du titre-repas traditionnel, désormais décliné sous une version électronique. Or, ce processus de rajeunissement est manifestement bloqué. Ce qui coince? "L’arrêté royal définissant le statut des émetteurs est en rade quelque part dans un cabinet ministériel", nous explique un observateur de ce marché. Où, précisément ? Pas chez le ministre de l’Entreprise et de la Simplification, Vincent Van Quickenborne (OpenVLD), ni chez la ministre des Affaires Sociales et de la Santé Publique, Laurette Onckelinx (PS), qui dit l’avoir transmis sans broncher à ses collègues du MR, le texte devant encore être visé par le ministre des Finances Didier Reynders et par Sabine Laruelle, ministre des PME et des Indépendants.

Alors, où en est-on au juste? Chez Vincent Van Quickenborne, on nous assure que rien ne coince, que tout n’est plus qu’une question de virgules et qu’une commission d’experts doit finaliser le texte en septembre. "En théorie, l’arrêté royal sera publié dès octobre-novembre", nous assure un proche collaborateur du ministre flamand. Difficile d’imaginer, dans ces conditions, que le titre-repas électronique pourra entrer en vigueur cette année encore

Dans le secteur, on évoque à mots couverts un lobbying intense sur la question, dans le sens d’un report de l’entrée en vigueur de la mesure d’une part - la demande émanerait des acteurs en place -, et, d’autre part, dans le sens d’un calibrage serré des prix, cette demande émanant des associations représentatives des PME et de la grande distribution.

Bref, cet arrêté royal traîne, ce qui va sans doute mettre en difficulté les futurs concurrents des deux géants qui occupent aujourd’hui le terrain: Accor Services (qui vient d’être rebaptisée Edenred) et Sodexho. Chez ces derniers, on note que la situation politique n’est pas propice au bouclage du projet de titres-repas électroniques, même si la validation du texte par les ministres concernés, puis sa publication au Moniteur, sont théoriquement réalisables en période d’affaires courantes.

Qui a intérêt à faire traîner les choses? Du point de vue des associations représentatives des commerçants, la Fedis, Unizo et UCM ont tout intérêt à négocier pour obtenir des coûts réduits pour les opérateurs finaux. Les deux grands acteurs du marché belge aussi ont avantage à attendre puisque la situation actuelle bloque les avancées d’éventuels concurrents qui sont forcés de ronger leur frein: sans modèle d’agréation, point de reconnaissance. De plus, le modèle actuel est parfait du point de vue des émetteurs traditionnels, puisqu’il est l’aboutissement d’années de maturation.

Et puis, font remarquer des observateurs du secteur, "il y a la rente de situation liée aux titres-repas perdus ou périmés. On parle ici de montants importants qui permettent, dit-on, aux deux émetteurs actuels de couvrir leurs frais de personnel " Une réalité ? Pour Philippe Symons, directeur général de Sodexo Motivation Solutions, "il faut couper les ailes à ce canard", en évoquant les bénéfices tirés des chèques non encaissés. "Il y a ici clairement des montants qui entrent dans nos revenus, mais pour une part marginale d’environ 0,3 %." Soit, pour Sodexo Belgique, qui sert 740 000 bénéficiaires recevant un peu plus de 700 millions d’euros de titres-repas chaque année, quelque 2,1 millions d’euros gagnés sur la distraction ou les accidents des bénéficiaires. "Typiquement, il s’agit de deux ou trois titres-repas qui passent avec un jean dans la machine à laver", minimise Philippe Symons.

Chez Edenred, on reste évasif sur le pourcentage réel, en évoquant un niveau de perte équivalent à celui de "l’argent réel". Mais on sait que le total des titres émis avoisine 1,3 milliard d’euros par an, ce qui voudrait dire que le niveau des pertes atteindrait 3,9 millions d’euros pour les bénéficiaires.

Des observateurs (toujours aussi discrets) annoncent pour leur part un niveau de 3,5% des pertes et péremption, ce qui amènerait le gâteau pour les opérateurs à... 45,5 millions d’euros! La vérité doit se situer quelque part entre les deux chiffres. C’est beaucoup d’argent, dans l’absolu. Que l’on ne perdrait plus si l’arrêté royal sur le titre-repas électronique pouvait enfin être publié. Il ouvrirait en effet la porte à une saine concurrence dans le secteur.

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