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Economie | Assainissement

La Grèce voit le bout du tunnel

Angélique Kourounis

Mis en ligne le 06/09/2010

Dans un entretien avec “La Libre”, le ministre grec des Finances se veut optimiste. Il souligne les efforts réalisés en dépit des prévisions pessimistes.
Entretien Correspondante à Athènes

Les prévisions du ministre grec des Finances sont optimistes, le PIB (Produit Intérieur Brut) devrait reculer moins que prévu en 2010, les déficits ont baissé plus que prévu. Seul point noir : les rentrées qui peinent. Mais Georges Papaconstantinou a des solutions. Il les a évoquées pour "La Libre".

Le rapport de la Commission européenne est positif pour le premier semestre 2010. Il subsiste toutefois un problème de taille pour les rentrées fiscales. Que comptez-vous faire ?

Les recettes sont fonction de l’activité économique. Ne l’oubliez pas, nous sommes en récession. Notre programme prévoit un PIB déficitaire de 4 % pour l’année mais nous pensons que les perspectives sont meilleures. Le manque à gagner du côté des rentrées est à peu près de 800 millions d’euros. Le problème sera bientôt résolu. Nous attendons le résultat d’un certain nombre de mesures déjà prises et qui n’ont pas encore été chiffrées. Exemple : l’impact de la hausse de la TVA de deux points qui est opérationnelle depuis juillet. S’y ajoutent les recettes de l’impôt sur les grandes fortunes et celles de la taxe foncière, entrée en vigueur en 2009, qui n’a toujours pas été payée.

Qui dit récession dit faible consommation. Comment comptez-vous récupérer la TVA qui vous fait défaut ?

Si les taux étaient restés au niveau ancien, l’apport en TVA aurait de toute façon été moindre. Mais il est vrai que nous n’aurons pas les rentrées espérées. Il y a d’autres impôts, notamment les taxes sur les carburants, l’alcool et les cigarettes qui compensent une partie du manque à gagner en TVA.

Envisagez-vous de nouvelles mesures pour respecter les engagements inscrits dans votre mémorandum ?

Non, nous ne prévoyons pas de nouvelles mesures. Pour 2010 et 2011, nous nous limitons aux mesures contenues dans le programme économique. Il y aura toutefois un réajustement de ces mesures. Vu la situation, il est très difficile d’augmenter la TVA sur les biens de consommation, actuellement à 11 %, et la faire passer à 23 %. Dans le climat actuel, ce serait très négatif et c’est pourquoi nous sommes en train d’examiner d’autres possibilités pour arriver à l’équivalent en termes de recettes, soit à peu près un milliard d’euros.

La formation des fonctionnaires de votre ministère a été évoquée par les inspecteurs internationaux ?

Non, ce qui a été abordé, c’est une réforme profonde de la structure de l’administration fiscale. Dans l’immédiat, on a créé cinq" task forces" pour récupérer les recettes impayées du passé, pour cibler les entreprises les plus importantes, pour scruter les trains de vie dispendieux et pour mettre en œuvre la nouvelle structure de la loi fiscale que nous venons d’adopter. Cela va nous donner du temps pour faire les réformes, dont bien sûr celle qui concerne la formation des cadres de l’administration.

L’Europe est encore en crise. On annonce une fin d’année difficile. Dans un tel contexte, l’objectif de revenir à un déficit de 3 % en 2014 est-il réaliste ?

C’est jouable, notre objectif est réaliste. Le fait que nous allons réduire notre déficit à 8,1 % est un très bon signe. Cela prouve que nous pourrons atteindre les objectifs. Nous pensons que la croissance repartira vers 2011.

Quelles sont les étapes pour les six prochains mois ?

L’une est le redressement fiscal, l’autre la relance de l’économie qui elle, dépend du redressement fiscal. La relance dépend aussi de la confiance des investisseurs. Celle-ci ne reviendra pas s’il n’y a pas un assainissement fiscal. Le redressement de 2010 modifie l’image de la Grèce à l’étranger. Elle redonne confiance aux investisseurs, Il y a des répercussions dans l’économie nationale, ce qui relance la consommation. Tout cela prend du temps mais cela évolue.

Combien de temps vous donnez-vous pour regagner la confiance des marchés ?

Fin 2010, on aura un changement de climat important. Nous rentrerons dans le marché dans le courant de 2011.

Redoutez-vous une rentrée difficile et une contestation sociale grandissante ?

En mars, certains affirmaient que le gouvernement n’arriverait jamais à faire passer ses réformes. Ils ont eu tort. Bien sûr, il y a eu des manifestations et je suis sûr que cela va continuer. Mais cela ne sera pas plus dramatique que cela.

Selon un sondage, 7 jeunes sur 10 pensent partir à l’étranger, soit pour faire des études, soit pour trouver un travail mieux rémunéré. Cela vous inquiète-t-il ?

Beaucoup. Une économie et une société qui ne peuvent pas donner des possibilités de travail correspondant à des qualifications durement acquises sont une économie et une société qui ne réussissent pas.

Comment inverser cette tendance ?

C’est avant tout une question de croissance. Mais le malaise est plus profond que cela. Il est en rapport avec les normes du pays, la culture, la structure, la société. C’est la raison pour laquelle le Premier Ministre ne parle pas seulement d’un effort fiscal à opérer mais d’un changement de mentalité indispensable. Nous avons besoin de changer radicalement le système éducatif. Il faut transformer l’administration publique pour que le citoyen voie, en toute transparence, comment sont dépensés ses impôts. Il faut lui donner la possibilité de participer, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Nous sommes en train de changer le système électoral pour mettre un terme au clientélisme.

Changer la société et créer un nouvel environnement offre de nouvelles possibilités. Cela ne se fait pas en un jour. Comment réduire le déficit et faire en sorte que les gens paient réellement leurs impôts ?

Tout le monde constate que nous faisons de grands efforts. C’est la première fois que nous utilisons toutes les bases de données en notre possession. Nous nous sommes livrés à des croisements, épinglant ceux qui déclarent des revenus ridicules tout en menant la grande vie. Nous avons traduit beaucoup de personne en justice. Rien que pour les six premiers mois de 2010, nous avons récupéré plus d’un milliard d’impôts impayés. Et les amendes se chiffrent à 1,5 milliard d’euros !

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