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Négociations interprofessionnelles
Quels salaires pour 2011 et 2012 ?
Vincent Rocourt
Mis en ligne le 09/11/2010
Ce mardi, le Conseil central de l’économie rendra public son rapport sur "les marges maximales disponibles pour l’évolution du coût salarial". Comme cela en est devenu une tradition, il donnera ainsi le signal de départ de la négociation en vue d’un accord interprofessionnel (AIP) entre patrons et syndicats.
Cette négociation a lieu tous les deux ans. Elle constitue la base de toute la concertation sociale à la belge. Les orientations qui en sortent servent de cadre aux négociations qui ont lieu ensuite dans les secteurs professionnels, les entreprises, voire entre les employeurs et les quelque 2,7 millions salariés du pays. Animée par le président de la Fédération des employeurs de Belgique (FEB), elle rassemble les 10 interlocuteurs sociaux les plus influents du pays - d’où le "Groupe des dix". Tous les sujets peuvent y être abordés. Mais c’est l’établissement d’une norme d’évolution des salaires pour les deux prochaines années qui constituent le menu principal des discussions. Cela a toujours été le cas. Ce sera encore le cas pour l’AIP version 2011-2012.
D’après les premières informations qui ont filtré, le Conseil central de l’économie devrait constater, dans son rapport, une évolution des salaires au cours des deux dernières années plus rapide en Belgique que dans les trois pays concurrents - la France, les Pays-Bas et l’Allemagne. Les employeurs auront là un argument de poids pour revendiquer la modération salariale. La fédération des entreprises flamandes, le Voka, qui n’est pas à la table des négociations, mais qui est toujours bien relayée par la N-VA, a déjà dit qu’"un gel des salaires pendant deux ans ne suffirait même pas à combler l’écart salarial avec les pays voisins". Or un gel des salaires, cela reviendrait à toucher à l’indexation automatique des salaires. Et cela, ce serait une déclaration de guerre avec les syndicats.
Lundi, les responsables de la FGTB (syndicats) ont indiqué que les salaires belges évoluaient maintenant plus lentement que leurs homologues français ou hollandais. Et que c’est l’Allemagne qui tire la moyenne vers le bas. "Si tout le monde fait la même chose, cela provoquerait une spirale salariale déflationniste étant donné que les autres pays européens sont les principaux marchés à l’exportation les uns des autres."
Les positions sont franchement opposées. La conclusion d’un AIP est pourtant hautement souhaitable. C’est un élément stabilisateur de l’économie, une garantie de la paix sociale. Ce qui n’est pas rien, alors que le spectre de la crise économique n’a pas encore disparu et que la Belgique est embourbée dans le marais institutionnel.
Mais la concertation a changé au fil du temps. "Durant les trente glorieuses, la concertation sociale permettait un échange entre des gains de productivité et l’amélioration du pouvoir d’achat, analyse Michel Capron, ancien professeur de la Fopes (UCL) et co-auteur d’un ouvrage tout récent sur le sujet (*). Mais dès que la crise est intervenue dans les années 70, les positions des employeurs et des syndicats sont devenues incompatibles. La concertation sociale a alors été interrompue et le gouvernement est intervenu d’autorité. Il a notamment supprimé l’indexation des salaires. Dans les années 80, la concertation sociale a été réhabilitée. Mais le gouvernement y a joué un rôle beaucoup plus important. Il a instauré notamment une norme de croissance des salaires, calculée par le Conseil central de l’économie sur la base de l’évolution salariale dans les trois pays voisins. Le gouvernement a aussi pris l’habitude de mettre de l’huile dans les rouages en finançant des baisses de charge sociales."
Le gouvernement est de fait devenu le troisième acteur de la concertation sociale. Et c’est bien tout le problème actuellement. "On ne voit comment un gouvernement en affaires courantes pourrait mettre de l’huile dans les rouages, se désole Michel Capron. De toute façon, les caisses sont vides." Et de conclure : "Je ne vois pas comment on pourrait déboucher sur autre chose qu’un accord vraiment minimaliste".
Les membres du groupe des 10 ont un avantage : ils se connaissent bien. Ce sont déjà eux qui avaient négocié le précédent accord. Il y a de la confiance. Et une réelle envie d’aboutir. Mais sera-ce suffisant ? Dans les circonstances actuelles, on peut franchement en douter.
Savoir Plus
Dynamique de la concertation sociale, sous la direction de Etienne Arcq, Michel Capron, Evelyne Léonard et Pierre Reman, Ed. CRISP.
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