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Dette : la fausse note belge

P.V.C et OleB

Mis en ligne le 15/12/2010

VIDEO A force de répéter que tout va mal, on a fini par en convaincre les autres…

Bart de Wever n’est pas le premier à attirer l’attention sur l’instabilité politique de la Belgique. Mais cette fois, les observateurs étrangers ont fini par se souvenir de l’existence de notre petit pays. En l’occurrence, c’est la société de notation financière Standard&Poor’s qui fait passer la dette de la Belgique de perspective stable à négative.

Avec le risque de voir cette note, très bonne actuellement, diminuer au terme de six mois d’observation. C’est grave ? "Non, parce que ce n’est pas une réduction de la note, ce n’est jamais que le signal d’une perspective particulière. Mais ici, il s’agit d’une surveillance limitée dans le temps : si en juin prochain la Belgique devait ne pas encore avoir de gouvernement, le pays courrait le risque de voir sa note réduite de AA + à AA, dite notation "flat" . On n’en est pas là", nous explique Alexandre De Groote (Petercam), spécialiste belge du marché des obligations d’Etat .

N’y a-t-il pas d’autre explication que les faits d’actualité - l’interview de Bart De Wever à l’hebdo allemand "Der Spiegel" - sur cette prise de décision ? "Si les agences de notation réagissent sur base d’un article paru dans la presse du matin, alors on peut s’en passer", commente le ministre des Finances Didier Reynders (MR) , qui précise que l’information circulait depuis quelques semaines. "La stabilité politique fait partie des critères pris en compte par les agences de notation. Cela traduit une inquiétude sur la situation politique du pays, ce qui est également ce qu’a dit le FMI, mardi", souligne le ministre. Qui ajoute toutefois que "S&P et le FMI estiment que les fondamentaux de l’économie belge sont bons, pour un pays en sortie de crise".

Ce que confirme M. De Groote : "Nos ratios sont corrects, avec un déficit budgétaire à 4,6 % du PNB. Quant au ratio dette/PNB, c’est vrai qu’on sera pour 2010 à 99 % du PNB, mais cette situation n’est pas neuve. De plus, cette dette globale de 285 milliards d’euros est à comparer au volume d’épargne des Belges qui s’établit à 210 milliards rien que sur les comptes d’épargne."

L’inquiétude, explique Didier Reynders, porte sur "notre capacité de prendre les mesures nécessaires pour atteindre nos objectifs dans le cadre du pacte de stabilité. Nous devons réduire notre déficit, actuellement de 4,7 % du PIB, à 4,1 % en 2011. Ce serait un signal fort de faire mieux, avec une baisse de 1 % du PIB, soit 0,5 % à charge du fédéral et 0,5 % à charge des régions et des pouvoirs locaux qui, eux, ne sont pas en affaires courantes. Ce n’est pas insurmontable" (lire en page 14-15).

Encore faut-il qu’il y ait quelqu’un à la barre. Faute de formation d’un nouvel exécutif fédéral, de plus en plus hypothétique, "il n’est pas imaginable que le gouvernement en affaires courantes reste sans rien faire", avance M. Reynders. "On ne nous demande pas de dresser un plan d’assainissement jusqu’en 2015, ni de lancer la réforme des pensions, mais de prendre des mesures pour 2011, ce qui mettrait la Belgique à l’abri".

Une pression même hypothétique sur la note de la dette belge se paie-t-elle cash ? "Il y a eu un impact sur le niveau du rendement exigé pour la dette belge sur le marché obligataire puisque le taux de l’OLO (obligation linéaire de l’Etat belge) à dix ans est passé de 3,96 % à 4,03 % ce mardi. La référence est le différentiel de taux entre le Bund allemand à 10 qui est passé de 100 à 101 points de base (1,01 %). Et ça peut encore varier" , prévient Alexandre De Groote.

Ici, on parle du marché secondaire, où se traitent les obligations d’Etat entre leurs détenteurs. Les variations de prix, fonction du taux exigé par les acheteurs, n’ont pas d’influence sur la facture pour le Trésor, en termes de charges d’intérêt.

Mais si cette situation perdurait, ou se tendait plus encore dans la perspective d’une détérioration de la note de la dette, la Belgique finirait-elle par en payer le prix ? "Encore une fois, on n’en est pas là, mais il est clair que cette situation finirait par avoir un coût pour l’Etat et donc pour le contribuable. Je ne veux pas vous donner même une estimation grossière, puisque les paramètres de taux fluctuent et que, de plus, les marchés sont entrés dans une phase très calme en fin d’année. Mais on sait déjà que l’Etat devra émettre sous diverses formes et échéances, pour quelque 41 milliards d’euros en 2011. Et sur ces nouvelles émissions, il pourrait y avoir un coût supplémentaire lié à l’annonce de S&P."

Cela étant, on peut imaginer des scénarios catastrophe : sur des montants qui se chiffrent en milliards d’euros, quelques points de base (des centièmes de pour cent) se traduisent par des charges d’intérêt plus lourdes sur le long terme.

P.V.C. et OleB

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