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Reynders: "les euro-obligations ne peuvent pas être un tabou"
AFP
Mis en ligne le 16/12/2010
Le ministre belge des Finances, Didier Reynders, plaide dans une interview publiée sur le site web de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, en faveur d'une convention qui pourrait envisager la création d'euro-obligations. Des émissions européennes de dette "ne peuvent être déclarées tabou", dit-il.
M. Reynders est interrogé sur la crise de la zone euro, une nouvelle fois à l'agenda des dirigeants de l'UE jeudi et vendredi à Bruxelles. Face aux difficultés croissantes de refinancement de la dette rencontrées par plusieurs pays, l'Italie et le Luxembourg ont plaidé pour l'émission d'euro-obligations, mais l'Allemagne y oppose un véto farouche. Pour M. Reynders, "les euro-obligations ne peuvent pas être déclarées tabou". "Nous devons pouvoir parler de tous les aspects de notre politique économique commune. Je propose de convoquer une convention. Elle permettrait, comme la Convention constitutionnelle qui a abouti au traité de Lisbonne, d'impliquer tout le monde: la Commission, le Parlement européen, les gouvernements et les parlements nationaux", estime-t-il. Interrogé sur l'avertissement lancé à la Belgique par Standard & Poor's, M. Reynders se veut rassurant, soulignant "l'ambitieux programme d'assainissement" lancé par le gouvernement.
La décision de l'agence de notation s'explique uniquement par l'instabilité politique, poursuit-il. "Nous n'avons pas de gouvernement depuis les élections de juin, parce que les sept partis sont incapables de s'entendre sur une coalition. Mon parti est le plus important dans la région de Bruxelles, le deuxième plus grand de la Communauté française et le troisième en Belgique. Mais nous sommes exclus des négociations", déplore à cet égard le ministre des Finances.
La présidence belge n'exclut pas des "euro-obligations"
La présidence belge de l'UE a estimé jeudi possible que la zone euro finisse une jour par se doter d'euro-obligations, malgré l'opposition catégorique de l'Allemagne, et a plaidé en faveur d'une augmentation des ressources du Fonds de secours pour les pays fragiles. "C'est le début de la discussions" sur l'idée d'euro-obligation, a indiqué aux journalistes le ministre belge des Finances Didier Reynders, en marge d'une réunion des Libéraux européens organisée avant un sommet des dirigeants de l'UE où la question de ces emprunts obligataires en commun sera discutée, au moins en coulisses.
"Si vous observez le fonctionnement de la Facilité et du mécanisme, en fait on parle d'un grand nombre d'euro-obligations puisque nous organisons une garantie qui provient de différents Etats membres (de la zone euro) avec un taux d'intérêt moyen", a dit M. Reynders, dont le pays assure jusqu'à fin décembre la présidence semestrielle tournante de l'UE.
Le dispositif actuel, doté de 440 milliards d'euros, offre des garanties des différents Etats de l'Union monétaire pour emprunter de l'argent sur les marchés, afin ensuite de le prêter aux Etats en difficulté qui ne peuvent plus le faire seuls. "Donc nous entamons le processus et au bout du compte nous aurons peut-être des euro-obligations" réelles, a jugé M. Reynders. L'idée de cet instrument financier a été relancée la semaine dernière par le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, également président de l'Eurogroupe.
Cela consisterait pour plusieurs pays à lancer des emprunts obligataires en commun pour mutualiser les risques, avec un taux d'intérêt moyen, ce qui aiderait à protéger les pays les plus fragiles des attaques spéculatives. Mais l'Allemagne y est opposée pour l'heure. Elle estime que cela déresponsabiliserait les gouvernements et a le soutien de plusieurs pays, comme la République tchèque. "Il est trop tôt pour en parler", a dit jeudi à Bruxelles le ministre tchèque des Affaires étrangères Karel Scwhartzenberg.
Berlin refuse aussi pour le moment d'envisager une augmentation des capacités de prêts du Fonds de secours de la zone euro. Mais là encore, Didier Reynders a réaffirmé être favorable à des moyens plus importants pour le futur mécanisme appelé à le remplacer. "Nous devons prouver que nous avons des poches suffisamment profondes", avec des réserves suffisantes "pour rendre impossible la spéculation" et rassurer les marchés financiers, inquiets d'une contagion de la crise de la dette à l'Espagne, au Portugal, voire la Belgique, a jugé M. Reynders. "Nous avons besoin d'un mécanisme plus large à partir de 2013. Et si c'est décidé, pourquoi pas une entrée en vigueur plus tôt" de ce mécanisme permanent, a-t-il dit.
Dans le même temps, il a dit comprendre les objections de l'Allemagne, qui exige d'abord que la discipline budgétaire commune de l'Europe soit effectivement renforcée. "Nous devons travailler sur les deux volets, un mécanisme plus important et la consolidation budgétaire", a dit M. Reynders.
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