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Un bon bilan mais un gros chantier
Mis en ligne le 16/02/2011
Pas question de verser dans l’autosatisfaction, mais il faut admettre que, globalement, la Belgique n’a pas trop mal tiré son épingle du jeu après la grande frayeur et la récession de 2009. Guy Quaden, le gouverneur de la Banque nationale, s’est plu à le rappeler à l’occasion de la présentation du rapport annuel de l’institution : 2010 a finalement été une bonne année de remise en selle.
Première bonne surprise, 2010 a été l’année du retour à la croissance : +5 % au niveau mondial mais avec des locomotives surchauffées comme la Chine et l’Inde qui tournent aux alentours de 10 %. La zone euro a réussi a faire +1,7 % en moyenne avec cette fois, l’Allemagne qui tire le reste de l’Europe derrière elle et une petite Belgique qui, avec ses 2 %, se retrouve dans le peloton de tête. Tout cela n’est pas tombé du ciel : c’est le fruit de politiques économiques et monétaires qui ont notamment permis de maintenir très bas les taux d’intérêt officiels depuis la mi-2008. Dans cet environnement, les résultats de l’économie belge sont relativement bons par rapport aux autres pays de la zone euro. "Nous sommes parmi les meilleurs", assure Guy Quaden. "D’autant que le recul a été moins fort en 2009 et qu’on se redresse mieux que les autres en 2010 ."
Parmi les éléments qui expliquent cette bonne performance, un renversement de tendance en ce qui concerne la consommation des ménages. Et ce, en dépit d’une baisse des revenus disponibles. En fait, les Belges ont puisé dans leurs bas de laine. Le taux d’épargne s’est contracté en 2010 mais c’est au bénéfice de la consommation, preuve que les ménages ont retrouvé confiance "à bon droit", insiste le gouverneur puisque les chiffres de l’emploi ont été nettement "moins mauvais" qu’attendu. Si l’écart net entre les créations et les pertes d’emploi était de - 18 000 en 2009, ce chiffre est de + 25 000 en 2010.
Là aussi, cette bonne surprise peut s’expliquer. En 2009, le volume de travail a fortement baissé mais moins que le nombre d’emplois, car les entreprises ont pu recourir au chômage partiel ou économique sans licenciements. Quant au taux de chômage, il s’est stabilisé - il ne baisse pas car des demandeurs d’emploi continuent à arriver sur le marché - mais le taux de 8,4 % reste malgré tout élevé même s’il est inférieur à la moyenne européenne ou à celui des Etats-Unis.
Quant au déficit des finances publiques, si, avec ses 4,6 % du produit intérieur brut (PIB), il reste un énorme caillou dans le soulier de notre pays, c’est loin d’être la pire des performances européennes. Mais ce qui sauve la Belgique de la crise de confiance qu’ont subie d’aucuns, c’est la balance financière positive entre l’endettement des administrations publiques et la richesse des ménages. Ce qui fait dire une fois encore que la Belgique est pauvre mais que les Belges - dans l’absolu - sont riches ! "Les Belges disposent d’une fortune mobilière et immobilière de quelque 1 800 milliards d’euros." Cela ne veut pas dire que le surendettement des ménages ne soit pas un problème, au contraire, mais la crise n’a pas exacerbé ce problème comme elle l’a fait aux Etats-Unis par exemple.
Globalement, donc, le bulletin de santé économique que dresse la Banque nationale est plutôt encourageant pour la Belgique. Compte tenu du fait que cela s’est fait pratiquement sans gouvernement de plein exercice ! Mais le futur gouvernement qu’on appelle de ses vœux a de sérieux problèmes à gérer. Parmi eux, une inflation qui bouillonne, une dette publique qu’il faut contenir et une croissance qu’il faut stimuler.Yves Cavalier
Savoir Plus
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Il faut être honnête : la Belgique s’est un peu éloignée des pays du cœur de la zone euro mais elle n’est pas encore passée dans le deuxième peloton" , reconnaît Guy Quaden. Ce "deuxième peloton ", c’est celui des pays "périphériques", en gros, ces pays du sud qui ont vécu de sérieuses tensions depuis pratiquement une année et qui ont été particulièrement malmenés par les marchés financiers. La dette souveraine et le déficit public qui lui est immanquablement attaché, sont un autre boulet dont la Belgique devrait se débarrasser. C’est pas neuf. Guy Quaden le rappelle à chacune de ses interventions mais c’est vrai qu’entre-temps, le "spread", la différence de rendement entre les obligations belges et les bunds allemands, a fait le grand écart et que le risque persiste. "L’incertitude politique prolongée fait que les opérateurs - et pas uniquement les spéculateurs - veulent avoir des informations plus précises sur la manière dont la Belgique va redresser sa situation budgétaire", constate Guy Quaden en rappelant que cela va faire bientôt une petite année que la question est pendante. "Plus vite les autorités politiques du pays seront capables de prendre des mesures structurelles et plus vite le différentiel négatif par rapport à l’Allemagne, se réduira". Mais il ne faut pas agir uniquement pour satisfaire les attentes des marchés. Derrière cela se cache aussi le défi du coût budgétaire du vieillissement de la population. On peut économiser tant qu’on peut, on peut penser à des ponctions nouvelles sur les revenus du capital ou via la TVA mais rien de tel qu’une relance durable de croissance : "Deux fois 2%, c’est bien mais ce n’est pas très ambitieux", admet Guy Quaden. Et de rappeler qu’il faut renforcer l’offre de travail en quantité mais aussi en qualité; qu’il faut trouver le moyen d’augmenter la demande de travail de la part des entreprises en réfléchissant au coût du travail. Il faut réfléchir aux coûts de production mais dont le salaire n’est qu’une composante. Enfin, il faut surtout s’attaquer très sérieusement à la nature de la production pour proposer au marché des produits qui répondent à une demande. "Comment peut-on faire pour s’inspirer aussi du dynamisme allemand, de la qualité des produits allemands, de la manière allemande de s’imposer à l’étranger ?" demande en conclusion le gouverneur de la Banque nationale. Grande question.
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