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La zone euro entame sa révolution
Olivier le Bussy
Mis en ligne le 14/03/2011
La construction européenne est ainsi faite que les Etats membres de l’Union attendent souvent d’être dos au mur pour prendre des décisions allant dans le sens d’une plus grande intégration, que certains d’entre eux, et non des moindres, refusaient tout simplement d’envisager quelques mois plus tôt. Les chefs d’Etat et de gouvernement des Etats membres de la zone euro en ont fourni une nouvelle illustration, vendredi soir, à Bruxelles.
Au cours d’une réunion qui s’est étirée jusqu’aux petites heures de la nuit, ils ont, dans un premier temps, convenu de l’élaboration d’un "pacte pour l’euro" (lire LLB du 12 mars) destiné à stimuler la compétitivité entre pays de la zone euro - via, notamment, une politique de modération salariale et de réforme des régimes des retraites. Mais aussi à assurer une convergence accrue des politiques économiques des Dix-sept confiant, au passage, aux dirigeants de l’eurozone un mandat qui, sans avoir l’air d’y toucher, institue quelque chose qui commence à ressembler à un gouvernement économique.
La réunion au sommet des membres de la zone euro s’inscrivait dans un contexte de nervosité des marchés, qui accroissent la pression sur les "maillons faibles" de la zone euro. L’Espagne et la Grèce ont ainsi vu la note de leur dette souveraine dégradée par l’agence Moody’s en cours de semaine. Tandis que Lisbonne voit s’envoler les taux d’intérêt exigés par les investisseurs pour l’achat d’obligations portugaises.
D’où la nécessité pour les Européens de (tenter de) rassurer les marchés en réaffirmant la solidarité des membres de l’eurozone par des actes concrets. Ils ont ainsi dégagé un accord sur le renforcement de la capacité effective de prêt de la Facilité européenne de stabilité financière (FESF) de 250 à 440 milliards d’euros.
Dans la foulée, les leaders de l’eurozone ont dressé les plans du Mécanisme européen de stabilité permanent (MES), qui prendra le relais du FESF en 2013. Celui-ci sera doté d’une capacité effective de prêts de 500 milliards d’euros.
Par ailleurs, pour éviter de faire peser un poids insupportable sur la dette des Etats qui seraient contraints de faire appel au FESF - l’Irlande estime que c’est son cas (lire ci-dessous) - ou au MES, les Dix-sept ont jugé opportun de revoir à la baisse le taux d’intérêt des prêts, les calquant sur ceux du FMI.
Ce n’est pas le plus spectaculaire. Les Dix-sept sont parvenus à vaincre les réticences de la chancelière allemande Angela Merkel - mise sous pression par son partenaire de coalition, le parti libéral FPD, et par des échéances électorales régionales - pour étendre les missions du FESF et futur MES au-delà du mécanisme de prêts d’urgence.
Un accord de principe a été dégagé pour que les deux fonds puissent emprunter de l’argent sur les marchés au nom de la zone euro, pour acheter "à titre exceptionnel" des obligations d’un Etat en difficulté financière sur le marché primaire, à condition que celui-ci prenne des engagements fermes pour assainir ses finances publiques. Ce qui constitue une petite révolution en soi.
En revanche, Berlin n’a pas accédé au souhait de la Banque centrale européenne, et d’autres Etats membres, d’autoriser les fonds à mener semblables opérations sur le marché secondaire, c’est-à-dire racheter des obligations d’Etat à des investisseurs privés. Un refus qui s’explique par la ferme volonté allemande de "responsabiliser" les créanciers privés qui achèteraient de la dette souveraine après 2013, en leur faisant porter une partie du risque.
En acceptant un compromis sur ce dossier, Angela Merkel n’en a pas moins fait preuve de courage politique, alors qu’il lui a été reproché, au cours des derniers mois, de se montrer très frileuse à secourir les Etats en péril financier. Car à Berlin, elle devra composer avec le mécontentement d’élus de son propre camp, qui lui ont déjà reproché d’avoir passé outre les positions des libéraux et conservateurs.
Les mesures des accords de principe conclus dans la nuit de vendredi à samedi doivent à présent être détaillées par les ministres des Finances de l’eurozone et de l’UE, qui se réunissent respectivement lundi soir et mardi à Bruxelles. Lesquels grand argentiers doivent aussi définir les orientations générales sur les six propositions législatives de la Commission sur la gouvernance économique et le renforcement du pacte de stabilité. De sorte que tous ces dossiers puissent faire l’objet d’un accord global lors du sommet européen des 24 et 25 mars.
Savoir Plus
"Aujourd’hui, nous avons gagné plus de 6 milliards d’euros"
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Le Premier ministre grec s’est félicité d’avoir obtenu de ses partenaires européens un allègement des conditions de remboursement du volet européen du plan de sauvetage UE-FMI de 110 milliards d’euro accordé à la Grèce au printemps 2010.
Les dirigeants des Dix-sept ont accepté de réduire de 5,2 % en moyenne à 4,2 % le taux d’intérêt des 80 milliards de prêts européens accordés à Athènes. Ils ont également décidé de prolonger de trois ans le délai de remboursement, de trois à sept ans et demi.
En contrepartie, Athènes "doit poursuivre rigoureusement les réformes structurelles" et "mener à bien entièrement et rapidement le programme de privatisations et de valorisation du patrimoine foncier de 50 milliards" annoncé par la Grèce et "établir un cadre budgétaire stable et strict", stipulent les conclusions de la réunion.
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