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L’appel tunisien aux entreprises belges
Frédéric Chardon
Mis en ligne le 14/05/2011
Par conséquent, les Tunisiens se sont lancés depuis un mois dans une opération de communication destinée à rassurer les pays occidentaux et leurs entreprises. Quatrième investisseur en Tunisie (160 entreprises en activité), la Belgique a reçu, comme d’autres pays, un appel du pied tunisien. "On veut être la porte d’entrée de l’Europe en Afrique, explique Férid Tounsi, le directeur général de l’Agence tunisienne de promotion de l’industrie et de l’innovation (API). Les entreprises belges pourraient utiliser la Tunisie comme base de départ et recourir à son réseau déjà important dans l’Afrique francophone. La Tunisie y dispose en effet d’une bonne position car des échanges préférentiels ont déjà été négociés avec tous ces pays. Leurs élites ont souvent été formées dans nos universités, ils sont reliés en vols directs avec la Tunisie, etc."
Co ncrètement, les entreprises belges qui veulent pénétrer le marché africain pourraient ainsi passer par un partenariat avec une entreprise tunisienne et bénéficier de son réseau et de sa connaissance du terrain. L’opération aboutirait alors à un win-win pour les Tunisiens comme pour les Belges.
Il est vrai que l’économie tunisienne ne manque pas d’atouts. L’un d’entre eux est paradoxalement l’une des causes de la "révolution de Jasmin" : sa population est jeune et éduquée. "Il y a 150000 chômeurs universitaires dans le pays, rappelle Férid Tounsi. C’est un défi et une chance à la fois. Par ailleurs, le pays a connu une croissance de 5 % en moyenne ces vingt dernières années à prix constant et 80 % de la population est dans la classe moyenne. Toutefois, il reste actuellement 20 % à mieux encadrer. Si on regarde aujourd’hui vers l’Europe, c’est pour arriver à gagner cette nouvelle prospérité. Et alors la Tunisie pourra se présenter comme un modèle de transition vers la démocratie sans trop de dommages collatéraux." Autre qualité : la simplification administrative est une réalité en Tunisie grâce à la mise en place de guichets uniques : une SPRL peut y être créée en une heure, une société anonyme en vingt-quatre heures.
Outre la forte disponibilité d’une main-d’œuvre bien formée, les coûts salariaux sont également avantageux par rapport à l’Europe, relèvent encore les autorités tunisiennes. Par exemple, un ingénieur touche un salaire quatre fois moins élevé qu’en Europe. Cet avantage compétitif devrait être maintenu malgré les revendications sociales actuelles.
"D epuis le 14 janvier, il y a des remous sociaux sur la question des salaires car certaines entreprises ne respectaient pas la législation sociale. Il est normal qu’elles se régularisent. Parallèlement, certains voulaient obtenir la rançon de la révolution par des augmentations de salaires en réclamant 30 % en plus Mais cinq mois après, les choses se sont calmées. Nous sommes actuellement dans des négociations sociales et le consensus porte désormais sur une augmentation des salaires de 3,5 à 5 %."
Malgré tout, de nombreux projets d’investissement ont été retardés en raison des incertitudes entourant le résultat des élections fixées (sauf report) au 24 juillet prochain. Pour l’économie tunisienne, les prochaines semaines seront donc critiques. Les Tunisiens restent toutefois optimistes : la "nouvelle Tunisie" qui se met en place pourrait bien devenir un Eldorado méditerranéen. Soyons de bon compte, l’industrie locale, historiquement tournée vers le textile, n’avait pas attendu le "printemps arabe" pour se diversifier dans l’aéronautique et autres secteurs à plus forte valeur ajoutée.
Par contre, la récente volonté de transparence démocratique et la lutte contre la corruption devraient stimuler l’économie. "Du temps de Ben Ali, la Tunisie avait fortement progressé dans les classements de Davos et de la Banque mondiale sur le climat des affaires. Mais nous étions systématiquement pénalisés par nos mauvaises performances en matière de respect des droits de l’homme et à l’égard du niveau de la corruption, reconnaît sans ambages Noureddine Zekri, patron de l’Agence tunisienne de promotion des investissements extérieurs (FIPA). Mais, désormais, on va être beaucoup plus convaincants sur nos avantages économiques et cela va influencer en notre faveur les entreprises étrangères dans le choix géographique de leurs investissements."
Pour cette raison, certains observateurs prédisent même un boom économique tunisien pour les prochaines années.
Fin de la corruption ? Vraiment ? En tout cas, les 3200 entreprises étrangères présentes en Tunisie ont été largement préservées des tentatives d’association forcée des proches de l’ancien régime. "Notre faiblesse en termes de corruption concernait les activités destinées au marché local, précise Noureddine Zekri. Par exemple, les activités des concessionnaires automobiles, l’importation-exportation de voitures, les grandes surfaces, certains secteurs financiers, les fournisseurs télécoms mais pas les développeurs. C’est-à-dire les secteurs où les marges bénéficiaires sont aisées et importantes "
Mais les temps ont changé : les biens détenus dans l’économie par les amis de l’ancien président ont été confisqués par l’Etat et seront remis sur le marché. En attendant, des experts judiciaires ont été placés à la tête des entreprises concernées pour assurer la continuité dans leur gestion.
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