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Le syndicalisme européen défile en noir-jaune-rouge

Vincent Rocour

Mis en ligne le 22/06/2011

Plus de 10 000 militants ont manifesté à Luxembourg pour réclamer que les travailleurs ne soient pas les seuls à supporter l’austérité. Les syndicats belges se sont déplacés en nombre à l’euro-manifestation.

Reportage

Question rituelle : combien étaient-ils, ce mardi après-midi dans les rues de Luxembourg, pour protester contre les politiques d’austérité prônées par les institutions européennes ? Certainement pas 20 000 comme l’affirmait Bernadette Ségol, la nouvelle secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES). Sans doute autour de 12 000-13 000. Dont au moins 10 000 militants belges de la CSC et de la FGTB. C’est que, jusqu’au grand-duché du Luxembourg, l’Europe syndicale s’affiche en noir-jaune-rouge. Pour le reste ? Deux mille Luxembourgeois quand même, une bonne délégation de Français et à peine quelques Allemands.

"C’est pourtant en partie à cause de l’Allemagne que l’on doit manifester contre l’austérité qui frappe les travailleurs , peste le responsable d’une centrale de la CSC. A croire que le syndicalisme européen, c’est rien que pour les Belges." Un de ses collègues ironise : "On aurait pu faire cette euro-manif à Bruxelles. La production de quelques tonnes de CO2 aurait ainsi pu être évitée." Mais un troisième tempère. "Les habitudes de mobilisation ne sont pas les mêmes partout , argumente-t-il sans vraiment convaincre. En Belgique, on a une sensibilité européenne plus développée qu’ailleurs."

Au départ, la manifestation de ce mardi avait été programmée par les seuls syndicats de la Grande Région (Grand-Duché, province du Luxembourg, Lorraine française, Sarre, Rhénanie-Palatinat) pour appuyer les collaborations économiques transfrontalières. Mais la crise grecque et l’adoption imminente par le Parlement et par le Conseil européen de règles de gouvernance économique plus contraignantes ont convaincu les responsables de la CES d’en élargir la portée. D’autant que, la vielle, les ministres des Finances avaient prévu de se réunir. Avec, comme menu principal, l’aide à apporter à la Grèce pour lui éviter la banqueroute.

Avant le début de la manifestation, les responsables syndicaux de la CES ont d’ailleurs rencontré Jean-Claude Junker, président de l’Ecofin (réunion des ministres des Finances) et d’autre part Premier ministre luxembourgeois. "Une rencontre intéressante, jugeait Claude Rolin, secrétaire général de la CSC après l’entrevue. Je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il dit. Mais il y a des choses que Jean-Claude Junker a dites et qui m’ont ravi. Il s’est notamment déclaré favorable à l’émission d’euro-obligations. C’est ce que nous demandons. Pour pouvoir financer un plan de relance européen. Il s’est aussi prononcé en faveur d’une taxation sur les transactions financières. Venant de la bouche d’un Premier ministre luxembourgeois, ce n’est pas rien."

Le président de la FGTB, Rudy De Leeuw, se montrait plus sceptique. "Ce sont des promesses, souffle-t-il. Mais dans la réalité, qu’est-ce que cela va changer ? Il n’y a toujours pas de fiscalité sur les transactions financières, on ne parle pas d’une harmonisation de l’impôt des entreprises. Et l’indexation automatique des salaires, le pouvoir d’achat des travailleurs restent sous pression. C’est quand même Merkel, Sarkozy et Cameron qui décident en Europe." Et Herman Van Rompuy, qui vient de déclarer dans un quotidien flamand que l’âge légal de la pension devrait être relevé à 67 ans en Belgique ? Là, le président du syndicat socialiste hausse les épaules. "Je ne prends pas sa sortie médiatique très au sérieux, glisse-t-il. Il y a six mois, il a déclaré au cours d’un débat que ce n’était pas une priorité. Il faudrait savoir ."

Dans le cortège, la crise grecque fait office de guest star. Son ombre plane dans chaque délégation. "Nous sommes tous Grecs" peut-on lire sur une banderole portée par des métallos de la FGTB. Et celle-ci aussi : "Les riches nous coûtent cher". Sur le podium également, la crise que traverse l’euro est le réceptacle de toutes les frustrations. "Ce qui se passe en Grèce est une honte, tonne Bernadette Ségol alors que le cortège se disloque dans un joyeux désordre non loin du pont Adolphe. Il faut leur donner la possibilité de la croissance. Ce n’est pas ce que fait l’Europe. Au contraire."

Est-ce par solidarité ou par crainte d’une contagion si la Grèce est si présente dans cette euro-manifestation ? Sans doute un peu des deux. Un leader syndical portugais a fait le voyage dans la capitale luxembourgeoise. Il a un certain âge. De l’expérience à revendre. "La première euro-manifestation à laquelle j’ai assisté, c’était ici, à Luxembourg. Il y a 22 ans. Mais la situation était moins difficile qu’aujourd’hui." L’homme sait de quoi il parle. Le Portugal va subir un nouveau train de mesures d’économies. Le syndicaliste s’apprête à vivre des semaines difficiles. "Le Portugal a vécu au-dessus de ses moyens, reconnaît-il. Nous appuyons les politiques de réduction du déficit public. Mais nous voulons une meilleure répartition des efforts. Les travailleurs ne doivent pas être les seuls à payer. L’Europe doit jouer son rôle. Les banques étrangères prêtent de l’argent aux banques portugaises avec des taux d’intérêt de 10 ou 11 %. C’est de la spéculation, ça."

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