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Internet dope l’entreprise et l’emploi

Patrick Van Campenhout

Mis en ligne le 16/12/2011

Une analyse de McKinsey montre la contribution d’Internet à la croissance. Les entreprises manquent apparemment plus de pratique que de moyens.

Jacques Bughin, directeur chez McKinsey, a résumé une large étude menée par le groupe de consultance sur l’impact des technologies et applications Internet sur l’évolution de l’économie. Et notamment, en ce qui concerne la Belgique. "On ne s’est pas contenté d’aligner des chiffres. Nous avons voulu savoir dans quelle mesure l’utilisation d’Internet en matière de marketing, de gestion des processus ou de logistique pouvait générer des bénéfices supplémentaires, des gains de productivité et de la création d’emploi au sein des entreprises." Un autre angle que les études traditionnelles ? "Oui, nous avons pris le temps d’aller au fond des choses en analysant notamment les effets de substitution sectoriels. Qui gagne, qui perd. L’impact sur les résultats des entreprises et le gain social, soit la création d’emplois. Et les résultats sont intéressants : pour faire court, Internet dope la croissance et l’emploi en Belgique !"

Pour aller plus loin dans l’analyse sans aligner les chiffres, qu’est-ce qui ressort de cette approche ? "Ce que nous avons isolé certainement, c’est que l’utilisation d’Internet contribue à l’amélioration des revenus des entreprises, surtout à l’exportation, sans affecter l’emploi. Il n’y a pas d’effet délibéré sur le volume de l’emploi, au contraire. Et il n’y a pas de problème évident, ni en matière d’adoption des technologies nouvelles, ni en matière d’investissement. Ici, on a pu noter que les entreprises se copient : il y a un effet miroir évident qui pousse les entreprises à acheter de la technologie. Par contre, ce que nous avons isolé, c’est une méconnaissance des nouvelles technologies comme le "cloud computing" ou les réseaux sociaux, et dès lors, un besoin d’assistance pratique dans l’implémentation de ces techniques. Formulé différemment : il n’y a pas de problème d’adoption mais un problème d’exploitation qui frise l’inefficacité chronique dans certains cas."

Et donc, il y a un potentiel ? "Oui, et sans vouloir donner dans les recommandations, je dirais qu’il y a là des éléments dont il faut tenir compte. Et donc, pratiquement, il faut plus axer des politiques d’aides sur l’accompagnement pratique et l’amélioration des compétences internes que sur la mise à disposition de budgets pour l’acquisition de matériel." Ce qui prendrait quelle forme, en pratique ? "Pour créer des aides aux transformations numériques, il serait bon de disposer de "hubs" de compétences pour intéresser et aider les PME à utiliser les nouvelles technologies. On le voit, dans un contexte où les entreprises adoptent globalement les technologies, celles qui marchent le mieux sont celles qui les utilisent. Et elles ne réalisent pas plus de bénéfices en essayant simplement de dégraisser. Elles réalisent des gains sur de nouveaux créneaux : il faut donc initier une réflexion sur les exportations. C’est là que sont créés de nouveaux emplois. Nous avons mesuré que les technologies nouvelles liées à Internet ont contribué en 2010 pour 25 % à la croissance du PIB en Belgique. Et cela se répartit pour 40 % en gains de productivité et pour 60 % en emplois nouveaux." C’est un taux important ? "Oui, considérable même, d’où l’intérêt de cette étude qui est sans doute la première à apporter un soutien scientifique à l’analyse du phénomène Internet dans les entreprises."

Dans les tableaux chiffrés livrés avec cette étude, on constate en effet l’avantage d’une prise de conscience des pistes à exploiter, notamment à l’exportation, pour doper les entreprises belges. D’abord, on y voit que les entreprises du cru sont inscrites de facto dans un tissu économique ouvert, mais que leurs performances en termes de croissance et de profitabilité sont extrêmement disparates, et à peine au niveau de la moyenne européenne. L’étude montre encore, chiffres à l’appui, que les entreprises qui exploitent les capacités des outils Internet y trouvent une augmentation moyenne de 10 % de leur valeur ajoutée, et qu’elles trouvent une diversification très importante de leurs sources de revenus au travers d’une visibilité internationale. En termes d’emploi, les statistiques reprises par McKinsey montent effectivement que l’adoption d’outils Internet pèse dans une certaine mesure sur certains segments de l’emploi, mais surtout que pour un emploi détruit, ces nouvelles pratiques créent plus de deux emplois nouveaux, surtout dans les services aux entreprises et dans les moyennes entreprises (de 100 à 249 emplois).

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