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Le pays reste-t-il un Etat-providence ?
P.Lo
Mis en ligne le 20/12/2011
La Belgique est-elle restée un Etat-providence ? Le pays remplit-il ses engagements fondamentaux ? Protège-t-il les citoyens contre les risques de maladie, de chômage et de vieillissement ? Exerce-t-il correctement sa mission en matière d’éducation ? Lutte-t-il avec succès contre la pauvreté et les inégalités ? L’Institut de recherches économiques et sociales de l’UCL (Ires) s’est posé la question et tente d’y répondre dans une étude publiée ce mardi (1).
Ce document permet de comparer la performance des 27 pays membres de l’Union européenne en la matière. Disons-le tout net : le constat n’est pas glorieux en ce qui concerne la petite Belgique. Alors qu’elle jouissait il y a une vingtaine d’années d’une très bonne réputation sur le plan de la protection sociale, elle figure tout au plus en milieu de peloton, lâché par certains de ses voisins et les pays nordiques mais aussi par de nouveaux Etats membres comme Chypre, la Pologne et la République tchèque. La Wallonie, nettement moins bien classée que la Flandre, apparaît en fin de palmarès, devancée par le nord du pays qui améliore sa position.
Les auteurs de l’étude ont effectué la comparaison sur plusieurs années, dès avant le grand élargissement. La Suède est classée première, sans surprise. La Belgique obtient un score de 0,6 ; ceux de la Flandre et de la Wallonie sont respectivement de 0,8 et de 0,35. Par comparaison, la France a un score de 0,72 et les Pays Bas, de 0,85. Le Portugal permet à la Wallonie de sauver l’honneur en échappant à la lanterne rouge. Pour les cinq dernières années, le résultat de la Wallonie est stagnant alors que ceux des autres pays et régions s’améliorent...
Commentaire de Pierre Pestieau, professeur à l’ULg et invité à l’UCL : " Ces résultats ne sont pas surprenants car d’une certaine manière, ils cumulent des problèmes divers : l’emploi, la santé, l’exclusion sociale et la formation, problèmes que, on le sait, la Wallonie ne parvient pas à résoudre depuis plusieurs décennies."
Fondamentalement, dit-il , "les deux crises ont eu un effet direct. Les besoins augmentent alors que le chômage est en hausse et la pauvreté croissante. Les contraintes budgétaires sont plus sévères que jamais. En toile de fond, la montée irrésistible du libéralisme et de l’individualisme, l’égoïsme sauvage des nations ont précipité ces crises et affaibli les fondements de l’Etat-providence".
Selon le professeur, titulaire d’un blog et qui ne pratique pas la langue de bois : " Soit on distribue du prozac ou de l’herbe a nos concitoyens, soit on se ressaisit à tous les niveaux de responsabilités et on arrête de se raconter des histoires ."
" On nous a reproché cette comparaison au nom de deux principes : ne tirons pas sur l’ambulance et ne décourageons pas une région où l’on détecte des frémissements positifs", souligne Pierre Pestieau. " Le résultat est là. Il ne faut pas se voiler la face. Il y a beaucoup à faire dans notre région dans le domaine de l’emploi, de la santé et de l’éducation. Se pose aussi la question de la gouvernance."
Et de rappeler les recommandations qu’il formulait... dès 1995 : " Accent mis sur les plus démunis en resserrant les différents filets de sécurité ; emploi à stimuler par une politique proactive ; augmenter l’efficacité de l’action publique en menant une lutte impitoyable contre le gaspillage ; réformer le système de prélèvement fiscal et parafiscal en élargissant sa base et en l’uniformisant , etc." A bon entendeur.
(1) Texte complet : http://www.uclouvain.be/en-regards-economiques.html.
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