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"La politique flamande nuit au commerce extérieur"
Frédéric Chardon et Paul Piret
Mis en ligne le 14/01/2012
Philippe Suinen (Awex) estime que la politique flamande parasite le travail des agences à l’exportation. Et sinon ? Il faut voir plus loin que le plan Marshall.
Entre paramètres économiques volatiles et balises institutionnelles potentielles, un point utile sur la Wallonie. C’est celui que tire le haut fonctionnaire Philippe Suinen de sa rare expérience de patron de l’Agence wallonne des exportations et investissements (Awex) ainsi que de l’administration wallonne et francophone des Relations internationales (WBI, Wallonie- Bruxelles International). Lucide, il déplore les foucades de la politique flamande qui nuisent à la coopération entre les agences régionales à l’exportation.
D’emblée, la question bateau : peut-on dire que la Wallonie va mieux ?
On peut le dire. Nous vivons sur un plan Marshall, dans sa deuxième période, excellent dans ses effets de mobilisation et de synergies. Mais il faut voir encore plus loin. Je suis assez sensible à la démarche de l’Union wallonne des entreprises d’établir une sorte de document sur des ambitions à l’horizon 2020.
La prochaine réforme institutionnelle n’en laisse guère le choix…
Les négociations institutionnelles ont eu un effet de sensibilisation pour plusieurs raisons. 1, leur longueur inhabituelle. 2, l’impression donnée que l’on se trouvait face à un parti flamand, le premier, bâti sur le binôme de la domination capricieuse, sur l’arrogance, sur la non-volonté d’aboutir. 3, les résultats vont aboutir sur plus de matières et de responsabilités pour les Régions, avec une sorte de rupture du cordon ombilical de la solidarité intrabelge même si la sécurité sociale n’est pas fortement remise en cause. Pas mal de Wallons comprennent qu’ils devront de plus en plus compter sur eux-mêmes.
Est-ce une sorte de prise de conscience qui pourrait être salutaire ?
Oui, à une certaine efficacité, à un dynamisme plus grand. Il faut valoriser ce moment charnière. Ce serait formidable que les acteurs wallons puissent renforcer l’attractivité de la Wallonie, sur une image qui dure. Une constance est à organiser. Les partenaires sociaux comme les partis devraient conclure une sorte de pacte pour l’emploi et l’attractivité. Pourquoi ne pas élaborer quelques principes à respecter ?
Quels seraient-ils ?
Notamment, trouver ou retrouver l’envie d’investir. Il faut pour cela une fiscalité facialement modérée, avec incitants au durable, l’emploi, l’innovation - c’est bien d’avoir gardé les intérêts notionnels, mais il faut éviter leur application déviante à des institutions qui n’en ont pas besoin. Il faut aussi un dialogue social prospectif et inventif. Il faut encore pouvoir garantir à l’investisseur de la sécurité juridique et une disponibilité foncière permanente.
Autres principes ?
Deux, l’état d’esprit. Il est important que tous les acteurs régionaux puissent se mobiliser, formant une sorte de fédération de fait. Troisième principe, l’entreprise. Il est essentiel de la comprendre, de la considérer en termes de facilité administrative, même si des progrès ont déjà été réalisés en simplification. L’idée d’une agence wallonne de l’entreprise correspond plus ou moins à ce que fait l’Awex avec l’accompagnement de l’investisseur, les aides aux exportateurs notamment par les "chèques coaching". Quatrième point, le cosmopolitisme. Il est essentiel pour la Wallonie, terre multiculturelle, de pouvoir confirmer dans les faits, les attitudes, le parler, qu’elle est une région internationalisée. La cinquième idée, c’est l’innovation. Notamment une meilleure commercialisation des technologies.
C’est le spectre des “10 ans pour se redresser”, avant l’extinction progressive de la solidarité intrabelge durant la décennie suivante. Que vous inspire l’échéance ?
C’est un symbole, mais important, qui marque les esprits. A ce terme de 10 ans, il n’y aura plus d’apport de l’extérieur. Tout ce qui sera dans les ressources wallonnes proviendra de l’activité wallonne, sans intervention d’autres acteurs belges.
La place pour Bruxelles, dans cette vision ?
Celle d’un atout. De nombreuses activités économiques et intellectuelles veulent se situer près de la capitale européenne. La Fédération Wallonie-Bruxelles garde tout son sens. Il serait dommageable de ne pas oser, par son biais ou d’autres, des actions coordonnées ou gestions communes de certaines matières avec la Région bruxelloise. Il y a des complémentarités, pas de concurrence, ce ne sont pas les mêmes types d’investissements à Bruxelles et en Wallonie. En résumé, la Wallonie a toutes les raisons d’aller mieux, mais il faut garantir une continuité au-delà des termes de rotation politique. Pourquoi, par exemple, ne pas travailler en une sorte d’union régionale sur un plan Marshall prolongé
Qu’en est-il actuellement de la Flandre ?
Sa prospérité ne me dérange pas, au contraire. Elle est l’un de nos premiers marchés et contribue à l’image du pays, elle qui est prise en considération à l’étranger. Nous avons tout intérêt à être fédéralement loyaux, tout en nous faisant respecter parce que nous voyons des attitudes de plus en plus unilatérales. Car si la coordination entre l’Awex et les deux autres agences régionales fonctionne très bien, cela ne joue plus une fois que l’autorité politique flamande prend le dessus. Exemple récent : nous organisions ensemble des séminaires d’information sur la Libye lorsque le ministre-Président Kris Peeters y est allé avec des entreprises. Autre exemple : quatre autorités (le fédéral et les trois Régions) doivent se partager la subsidiation des chambres de commerce, mais la Flandre ne les subsidie plus que si elles font des actions qui ne valorisent que la Flandre et ses entreprises. Du coup, on a de plus en plus de chambres de commerce belges à l’étranger qui n’organisent des séances d’informations qu’en Flandre.
Et pourquoi ne riposterait-on pas par une attitude similaire ?
C’est déjà ingérable pour les chambres de commerce ; ce le serait plus encore. Et c’est une forme de déloyauté. Nous avons intérêt à de mieux en mieux nous coordonner. Ce qui est le cas entre services publics ; ce qui n’est pas le cas quand l’autorité politique flamande fait cavalier seul. Et je ne suis pas sûr que ce soit si profitable aux entreprises, même les flamandes
Parmi les principes qu’il faudrait respecter, vous n’avez pas cité les questions de gouvernance. Or, dans votre message de début d’année à votre personnel, vous avez dit votre souci de transparence dans la politique de recrutement.
J’ai la chance d’avoir du personnel motivé. Il est essentiel de lui fournir la garantie que, pour ce qui concerne en tout cas le management, la politique d’objectivation va se poursuivre : appels, comparaisons des mérites, décisions motivées.
Craindriez-vous donc le contraire ?
On ne sait jamais Je trouve remarquable de vivre une situation où l’on ne connaît plus les "parachutages". Je souhaite vivement que cela continue. Je me suis battu pour cela. Ainsi, à WBI, nous avons organisé des promotions au mérite, pour éviter que les seules se fassent à l’ancienneté. Et notre réseau à l’étranger mérite le respect.
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