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"Il faut canaliser le néolibéralisme"
Christian Laporte
Mis en ligne le 28/01/2012
Terriblement "touchy" lorsqu’il aborde l’engagement des chrétiens en politique - qu’on se rappelle la réaction très vive de la vice-Première ministre Laurette Onkelinx (PS) qui n’hésita pas à demander que l’Eglise belge change de chef ! - Mgr André-Joseph Léonard suscite moins de passions lorsqu’on lui demande de jauger le monde économique et financier. Il est vrai qu’il est aussi beaucoup plus consensuel dans ces matières que lorsqu’il constate que certaines lois des hommes vont nettement à l’encontre de celles de Dieu. Et tant pis si cela le met en porte à faux avec la démocratie parlementaire et la démocratie tout court ! Le Belgian Finance Club bondissant sur l’occasion a voulu en savoir plus en organisant une rencontre sur la manière idéale - selon Léonard s’entend - d’"agir en chrétien dans les domaines de l’économie et de la finance en 2012". Face à l’imposant archevêque, l’économiste Bruno Colmant qui aime visiblement les dialogues avec des clercs éclairants et éclairés puisqu’il a déjà mêlé sa plume à celle d’Eric de Beukelaer. Les 200 personnes alléchées par l’affiche n’ont certainement pas regretté d’y avoir consacré une soirée. D’emblée, Mgr Léonard a humblement confessé qu’il n’était pas un expert en économie et en finance mais cela ne l’a jamais empêché de s’y intéresser. Et puis, depuis l’été 2009, l’Eglise a (re)fait un bond en avant dans la réflexion sur l’économie et les affaires dans la foulée de la crise monétaire puisque l’encyclique "Caritas in veritate" de Benoît XVI est une belle feuille de route pour garder le cap du message du Christ sans tomber dans les pièges d’un monde où la morale est parfois aux abonnés absents. Dans la droite ligne aussi de Vatican II dont Mgr Léonard a rappelé qu’il "incite les laïcs à imprégner le monde des valeurs de l’Evangile". Puis l’archevêque s’est peu à peu déboutonné : à ses yeux, le marché en tant que tel n’est pas mauvais mais c’est l’usage qui en est fait par l’imposition de certaines idéologies qui l’a perverti. Il faut donc le canaliser en le soumettant à des contrôles stricts. Dans son collimateur : le néolibéralisme, synonyme d’une idéologie qui exalte de manière excessive l’autonomie des marchés comme s’ils allaient s’autoréguler dans un objectif de bien commun. C’est pourquoi il plaide pour une Taxe Tobin sur les transactions boursières.
A ses yeux, l’économie néolibérale manque d’éthique. Rappelant ses propres très modestes origines, il s’est dit peiné "de voir les petites gens payer la facture des dérapages que l’on a connus", conséquence de la crise des "subprimes" qui a mis a mal le système bancaire international. Enfin, l’on retiendra que l’archevêque est un grand supporter de l’économie de marché "à la belge", entendez une économie de marché corrigée avec un bon système de sécurité sociale Tout logiquement il a regretté que l’être humain, dans cette économie moderne soit considéré comme "une marchandise", ce qui va à l’encontre du bien commun et de la dignité humaine.
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