La Libre.be > Economie > Actualité > Article
Jacques Berghmans: "BNP Paribas nous roule"
Ariane van Caloen
Mis en ligne le 31/01/2012
Dans le monde des investisseurs institutionnels, et plus particulièrement des "hedge funds", le groupe BNP Paribas a fait quelques mécontents. Les raisons de leur courroux : l’offre de rachat ("tender offer") sur les "Cashes" émis en décembre 2007 pour un montant de 3 milliards d’euros par le groupe Fortis en vue de financer le rachat d’ABN Amro.
La semaine dernière, la maison-mère française de Fortis Banque a annoncé qu’elle rachetait ces obligations perpétuelles du 26 janvier au 30 janvier à un prix compris entre 45 et 47,5 euros (ou 45 et 47,5 %). Plusieurs fonds ont immédiatement adressé une lettre au comité de direction de BNP pour lui faire part de leur désappointement sur les conditions offertes. Les gestionnaires londoniens détiennent presque 50 % de ces obligations. "Les ‘hedge funds’ ont réagi car ils estiment que les règles ne sont pas correctes et que le prix est trop bas. BNP nous roule", nous a expliqué Jacques Berghmans, président de Tree Top Asset Management, un des signataires.
Les griefs sont de deux types. Un : les conditions de l’opération. Quand le papier a été émis, un prospectus de plus de 300 pages avait été rédigé. Pour le rachat, il y a juste quelques feuilles. Et le rachat dure, en tout et pour tout, trois jours ouvrables. "Maintenant, on fait une opération vite fait bien fait", déplore Jacques Berghmans. Le hic, c’est que ce type de marché, largement dominé par les "hedge funds", n’est pas réglementé comme l’est la Bourse avec une OPA sur des actions cotées. "C’est un peu la loi de la jungle. Ce n’est pas normal que les institutionnels puissent être traités n’importe comment", poursuit Jacques Berghmans.
Deuxième objection : le prix proposé est inférieur à la moyenne depuis un an (49,37 euros) et deux ans (51,89 euros). Il est aussi largement inférieur à ceux offerts par d’autres banques (comme ING, Barclays ou Commerzbank) pour des rachats similaires. Il est aussi nettement plus bas que celui offert (à 100 %) à l’assureur Ageas pour un papier similaire. Le prix paraît d’autant plus bradé que, d’ici quelques mois, affirme le gestionnaire, il devrait monter. Et cela pour la bonne et simple raison que les banques vont vouloir racheter ce type d’obligations dont le coût de financement est beaucoup trop élevé. Dans le cas des "Cashes", Fortis paie l’Euribor plus 2 % (soit en tout plus de 3 %) alors qu’elle peut se financer à environ 1 % auprès de la Banque centrale européenne. "En rachetant à un prix moyen de 46,5 euros, la marge sans risque du banquier est de plus de 6 % sur le dos des investisseurs qui ont fait confiance à Fortis", commente encore Jacques Berghmans.
Ce qui l’irrite aussi c’est de constater qu’aucune banque n’a signé la lettre de contestation adressée à BNP. Et pourtant, certaines ont placé des "Cashes" dans leurs fonds. Pour lui, si elles restent discrètes c’est parce qu’elles ne veulent pas se mettre à dos le groupe français. "Leurs relations entre banquiers priment sur l’intérêt de leurs clients. Il y a un conflit d’intérêts."
Pour faire valoir leurs droits, les institutionnels n’ont qu’une seule arme : ne pas vendre leurs obligations.
Du côté de BNP Paribas, on réfute bien sûr ces différentes critiques. On souligne que le prix proposé affiche une prime de 10 % au dessus de la récente valeur de marché. On rappelle également que les "Cashes" sont des obligations perpétuelles auxquelles il est offert ici une possibilité de sortie.
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...