Abonnez-vous a La Libre Belgique

Didier Bellens n’a pas convaincu

Francis Van de Woestyne

Mis en ligne le 01/02/2012

Le CEO de Belgacom a maintenu sa version face aux députés. Mais il n’a pas convaincu et d’autres auditions pourraient avoir lieu.

Le CEO de Belgacom était attendu de pied ferme, mardi, en commission de l’infrastructure de la Chambre, par des députés qui ont été surpris par les récentes révélations de la presse insinuant qu’il aurait menti sur son rôle dans l’affaire de harcèlement moral qui a secoué Belgacom l’été dernier et qui a conduit à la mise à pied de quatre cadres supérieurs. La question du jour portait sur le fait de savoir si le patron de Belgacom, contrairement à ce qu’il avait laissé entendre lors de sa précédente audition, avait été dûment informé de la plainte pour harcèlement moral déposée par l’ancienne directrice de la communication, Florence Coppenolle, à l’encontre de sa conseillère Concetta Fagard.

Justifiant les imprécisions de sa première déposition en commission par le fait qu’il lui avait été demandé à l’époque de rester vague quant à l’implication des personnes, Didier Bellens a retracé l’histoire de l’opposition entre ses deux collaboratrices, l’une, Concetta Fagard, qui le suit depuis ses précédentes fonctions à RTL et qui a été engagée par Belgacom le 1er janvier 2004, et l’autre, Florence Coppenolle qui a rejoint les tours jumelles de Belgacom en janvier 2009. C’est le 4 mai 2011 seulement qu’il a, selon ses dires, été informé des tensions existantes entre les deux femmes. Une situation à laquelle il aurait répliqué en suggérant aux deux protagonistes de régler le problème entre elles. Le 5 mai, Florence Coppenolle a déposé un certificat de maladie et, le 31 mai, elle déposait une plainte en bonne et due forme pour harcèlement moral entre les mains du conseiller en prévention. Plainte dont, apparemment, Didier Bellens n’a pas été informé, le conseiller en prévention préférant transmettre cette plainte auprès d’Astrid De Lathouwer, responsable des ressources humaines au sein de l’entreprise, et de la responsable du service juridique. Comment se fait-il que M. Bellens n’en ait pas été informé ? Entre le 21 mai et le 5 juin 2011, M. Bellens était en mission en Inde et en Corée du Sud où il négociait un important contrat avec le groupe Samsung. A son retour, il a assisté à un conseil de direction, le lundi 6 juin, au cours duquel, précise-t-il, ni la responsable des ressources humaines, ni la responsable du service juridique n’ont soulevé le problème de la plainte pour harcèlement moral déposée à l’encontre de Mme Fagard. C’est donc, estime M. Bellens, que la RH ne considérait pas cet élément comme très important. Mais le même jour, le 6 juin, une réunion était également inscrite à son agenda avec, précisément, la RH et la responsable du service juridique, réunion au cours de laquelle la plainte a été évoquée. Et ces deux responsables lui ont tout simplement conseillé de mettre fin aux contrats de Mmes Fagard et Coppenolle. Mme Fagard a donc quitté l’entreprise le 8 juin. Mais Didier Bellens a rapidement estimé que le conseil qui lui avait été donné était très maladroit et que la RH et la "Legal" s’étaient lourdement trompées en lui proposant de mettre fin aux contrats de Concetta Fagard et Florence Coppenolle. Deux mois plus tard, il a donc remercié les deux autres cadres. Aujourd’hui encore, il estime qu’il aurait suffi de laisser le conseiller en prévention instruire la plainte.

Cela dit, les députés, qui avaient tous visiblement des montagnes de documents internes, se sont montrés très critiques, voire très sceptiques à l’égard du patron de Belgacom. Car, d’après plusieurs témoignages - l’audition était à huis clos -, Didier Bellens, même s’il a promis de fournir d’autres documents, n’a pas apporté de réponse convaincante à toute une série de questions. Pourquoi, par exemple, a-t-il tant insisté, contre l’avis de son conseil d’administration, pour réintégrer Mme Fagard ? A plusieurs reprises, il a également estimé qu’à ce stade, on ne savait toujours pas si la plainte de Mme Coppenolle était fondée alors que le conseiller en prévention l’avait jugée recevable. Le patron a aussi insisté sur le fait que Mme Fagard avait été privée de la possibilité de démontrer qu’elle était accusée à tort. A l’issue de l’intervention de Didier Bellens, les députés, du Nord et du Sud, de la gauche à la droite, n’étaient guère convaincus par la prestation du patron de Belgacom. Le fait qu’il se contente de rejeter toute la faute sur ses collaborateurs a considérablement terni l’image d’un patron qui était, dans le passé, apprécié pour son indépendance et sa clairvoyance.

"Aujourd’hui, il se contente de jouer les Ponce Pilate. C’est lamentable, tonne un député. On ne peut vraiment pas en rester là. Le gouvernement doit se saisir de ce dossier. Il faut que la paix revienne à Belgacom car, pour l’instant, j’ai l’impression que c’est une pétaudière " Un autre : "Bien sûr, il faut éviter de jeter l’opprobre, comme ont tendance à le faire certains Flamands qui ne voient en Bellens que le symbole de la francophonie arrogante. Il est tout le contraire de cela. Mais dans cette affaire, sa gestion a dérapé." D’autres se sont exprimés de vive voix. Ainsi, Karine Lalieux (PS) a-t-elle jugé que l’entreprise devait être mise sous surveillance. Pour sa part, le député Ecolo Ronny Balcaen nous a dit s’interroger "sur la crédibilité de M. Bellens à remettre le vaisseau dans la bonne direction". A l’issue de la réunion, la chef de groupe du CDH, Catherine Fonck, jugeait même que le gouvernement devait se poser la question de confiance envers le patron de Belgacom, dont l’Etat fédéral est l’actionnaire majoritaire. Beaucoup d’élus promettent de ne pas en rester là... Le gouvernement pourrait agir.

Autres Informations

Facebook

À ne pas manquer

ESSENTIELLE

Retrouvez toute l'actualité féminine, mode et bien-être sur le site essentielle.be

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Haut de page