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Bekaert: zéro impôt en cinq ans
Frédéric Chardon
Mis en ligne le 03/02/2012
Comme d’autres grandes multinationales qui restructurent, Bekaert n’échappe pas au paradoxe suivant : en Belgique, la société bénéficie d’importantes réductions d’impôt et pourtant elle licencie. Dès l’annonce du plan social hier, le service d’études du PTB (Parti du travail de Belgique) a travaillé d’arrache-pied sur les comptes du groupe d’origine flamande. Résultat : on ne peut pas vraiment dire que Bekaert alimente les caisses de l’Etat belge... Par exemple, relèvent les chercheurs du PTB, le centre de coordination de Bekaert n’a pas payé un seul euro d’impôt en 2010 grâce aux seuls intérêts notionnels, soit ce mécanisme qui permet de déduire des bénéfices imposables un intérêt fictif calculé sur les fonds propres de l’entreprise.
En 2010 toujours, dans le classement des 1 000 entreprises qui ont "évité" le plus d’impôts en Belgique, le centre de coordination était 485e. Les abattements fiscaux obtenus grâce aux intérêts notionnels étaient d’un peu plus de 39 millions d’euros alors que les bénéfices ont rapporté 18 millions.
En d’autres mots, note le PTB, le centre de coordination de Bekaert n’a payé aucun impôt et a reçu en prime une "réserve" de 21 millions d’euros d’abattements fiscaux pour les prochaines années. "Les 39 millions d’intérêt notionnel suffiraient largement à sauver les 600 travailleurs de Bekaert , analyse le PTB. A cet effet, 21 millions d’euros par an sont nécessaires sur la base d’un coût salarial brut de 3 000 euros par mois par travailleur. "
Le service d’études du parti marxiste a également examiné les impôts effectivement payés par le groupe en Belgique de 2006 à 2010 (les données pour 2011 ne sont pas encore connues). Les conclusions sont sans appel : Bekaert n’a pas payé un seul cent au fisc depuis cinq exercices fiscaux. Surtout grâce au régime des revenus définitivement taxés (RDT), créé à la base pour éviter à une imposition en cascade lorsque les actionnaires d’une société qui distribue des dividendes sont eux-mêmes des sociétés qui rémunéreront leurs propres actionnaires.
Selon le PTB toujours, Bekaert a ainsi évité de payer près de 34 millions d’euros (de 2006 à 2010) si la société mère avait dû s’acquitter de l’impôt normal des sociétés.
Et les dividendes, justement ? Ils ont été doublés en cinq ans, détaille la nouvelle étude de la formation politique : " Le dividende net que Bekaert verse à ses actionnaires est passé de 0,63 euro par action en 2006 à 1,25 euro en 2010. Le groupe a par ailleurs promis à ses actionnaires, dans son rapport annuel 2010, un dividende stable et en croissance. "
Enfin, le PTB rappelle que les Velge-Bekaert, à la tête de la multinationale, représentent la sixième plus grosse fortune familiale belge (1,769 milliard d’euros, en augmentation de 256 % depuis 2000).
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