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Saga Belgacom: "En Angleterre, tout le monde valserait"
Entretien, Raphaël Meulders
Mis en ligne le 03/02/2012
Professeur à l’école de commerce Solvay (ULB) et membre du comité de direction de Belgacom de 1991 à 2000, Georges Wanet donne un avis "académique et externe" sur la saga Belgacom. Cette dernière a rebondi suite à l’audition au Parlement de l’administrateur-délégué (CEO), M. Bellens, dans le cadre de l’affaire de harcèlement moral.
Pour certains, l’Etat, actionnaire principal de Belgacom, ne doit pas intervenir dans cette affaire. Etes-vous d’accord ?
Oui, je souscris à cette position. J’étais un acteur dans l’affaire Kok-Remiche dans les années 90. A l’époque, il y avait un conflit entre le président du conseil et l’administrateur délégué. Cela a tourné à une lutte de pouvoir qui s’est terminée quand Elio Di Rupo a fait une "tabula rasa" en évacuant tout le conseil et l’administrateur délégué. Dans ce cas-là, il était normal que le politique intervienne. Ici, on est face à une problématique différente. C’est surtout un problème de gestion de ressources humaines.
Mais qui doit s’en occuper alors ?
Le conseil d’administration (CA). S’il estime que tout ce qui sort actuellement dans le domaine public nuit à l’image de l’entreprise et risque de mettre en péril la bonne exécution de la stratégie d’entreprise, alors il doit intervenir. Pour moi, on est dans ce cas-là. Quand je vois tout ce qui sort dans la presse, j’aurais quelques questions à poser au management Mais c’est un point de vue personnel. C’est le CA qui doit prendre position. Il a le pouvoir, mais surtout le devoir de veiller au bon fonctionnement de l’entreprise. Il doit au moins poser les bonnes questions et si j’étais administrateur, je n’hésiterais pas à les poser. Ensuite, il faut trancher : ou on maintient le CEO ou pas.
Certains députés remettent en cause la capacité de M. Bellens à apporter “la sérénité nécessaire” au sein de l’entreprise. Qu’en pensez-vous ?
Didier Bellens est un stratège et il est réputé comme étant un très bon financier. Mais il doit aussi être un patron opérationnel. Sur ce dernier point - quand on voit ce qui sort dans la presse - ce n’est pas très convaincant, voire pas très acceptable. Mais qui peut juger si cela aura un effet sur la société ? Je ne peux pas vous répondre. Il faut être "dedans".
Justement, toute cette saga aura-t-elle un impact sur l’image de Belgacom ? L’entreprise risque-t-elle de perdre des clients ?
C’est compliqué à évaluer. Il faudra être attentif et observer si, à terme, cela fera perdre des parts de marché à Belgacom. C’est impossible à déterminer aujourd’hui. Est-ce que les gens, parce qu’ils lisent des pages entières sur le sujet, vont changer d’opérateur ? Je n’en sais rien. Le marché belge est moins dynamique que le français, par exemple, où un opérateur comme "Free", a tout chamboulé. Donc, si on était dans un espace très concurrentiel, je dirais "oui cela aura un impact". Mais ici, nous sommes dans un oligopole pas très agressif. Je ne crois pas que Telenet, Base ou Mobistar vont en profiter pour attaquer de manière frontale Belgacom en jouant cette carte-là.
Avez-vous connu des situations similaires dans votre carrière ?
J’ai travaillé pour Motorola durant les années 70 et je peux vous assurer que si ce type de problématique arrivait aux Etats-Unis, toute la direction sautait. Mais on était dans une culture et une époque différente. Le monde anglo-saxon est très à cheval sur ce genre de sujet. Aux Etats-Unis ou en Angleterre, je crois que tout le monde valserait.
Il y a aussi un jeu politique qui s’est mis en place dans cette saga…
Oui et on retombe sur le problème de la gouvernance. Je me demande d’ailleurs quelle autorité peut avoir la Commission parlementaire. Elle pose des questions, mais après ? Ce n’est pas aux politiques de décider quand et comment intervenir, mais au CA. C’est lui qui est au milieu du pouvoir. Et à mon avis, si des actions viennent du conseil, elles viendront des administrateurs indépendants, plutôt que de ceux représentant l’Etat, qui suivent les lignes des partis politiques. Les administrateurs indépendants doivent, eux, rendre des comptes aux actionnaires, qui pourraient se montrer moins patients.
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