Abonnez-vous a La Libre Belgique

Haro sur Laplace, gare à Syndex

P.P.

Mis en ligne le 08/02/2012

VIDEO Passées “la stupeur et l’incompréhension”, Marcourt justifie le rejet du premier rapport sur Liège. Il attend du second un débat “profond et serein”.

Pour l’heure, le sort de la phase à chaud de l’acier à Liège et, par-delà, l’avenir de toute la sidérurgie dans le bassin, se trouve assez curieusement circonscrit au champ clos de la consultance C’est en milieu de terrain, entre une étude très honnie et une autre fort attendue. La première est celle du consultant Laplace Conseil, qui a donc conclu en termes abrupts sur la fermeture "irréversible" du chaud liégeois. La seconde est celle, retardée puis reformatée sous l’effet tapageur de la précédente, du cabinet Syndex. Attendue pour fin février désormais, elle devrait notamment porter sur les effets de dissociation entre les filières chaude et froide, ou le sens de réorientations vers des aciéries électriques.

Ses auteurs ne doivent pas manquer de ressentir quelque pression sur leurs épaules, tant leurs confrères de Laplace - son directeur Marcel Genet en tête, un Liégeois de souche et Parisien d’adoption - en ont pris pour leur grade ! A tort ou à raison ? Divers considérants (la divulgation, le ton ) ont peut-être occulté la question essentielle. Deux députées MR (Defraigne) et CDH (Goffinet) l’ont posée clairement, mardi en commission du Parlement wallon : est-ce parce qu’on y lit ce qu’on n’avait pas envie d’y lire que le rapport Laplace est ainsi cloué au pilori, contrairement au précédent du même expert qui avait conclu, en 2009, à l’avenir du chaud liégeois ?

Bien sûr, le ministre de l’Economie, Jean-Claude Marcourt (PS), récuse cette possibilité d’interprétation. Non, ce n’est pas parce que l’actuel rapport annonce la fermeture définitive du chaud qu’il est rejeté, pas plus qu’il n’avait été "accepté par les syndicats et le gouvernement wallon" naguère lorsque M. Genet avait dit croire encore à son avenir

Si le nouveau rapport est "tellement sujet à critique", prétend le ministre, c’est d’abord pour ses méthodes. Alors que celui de 2009 était "structuré", basé sur des éléments "fouillés" et fondé sur des informations "validées", la copie 2011 "pêche en de nombreux endroits" : "Manque d’analyse, affirmations gratuites, contradictions et incohérences..."

Oufti ! Suivent des considérations de contenu. Primo, on demandait au consultant d’étudier d’une part les options pour relancer le chaud, d’autre part les conditions de pérenniser le froid ; il a "totalement occulté" le premier volet. Ensuite, accuse toujours M. Marcourt, le consultant "sort totalement de son rôle en jouant les donneurs de leçon à l’égard des partenaires impliqués depuis plus de 20 ans". Enfin, on ne lui demandait pas de formuler des recommandations de type politique ou de négociation.

Bref, que le Comité d’orientation de l’organisme public commanditaire, la Sogepa, ait demandé de casser le contrat et de ne pas verser le solde non payé du rapport "semble logique". D’autant, ajoute le ministre sans précision, que le prix de Laplace Conseil se situe dans la moyenne des consultants spécialisés dont les études sont "très chères". Ajoutons ici : la Sogepa aurait déjà honoré le consultant à hauteur de 60 000 euros sur un total de 195 000.

Donc, au tour de Syndex, dont le rapport "devra nous permettre de débattre en profondeur et de manière plus sereine de l’avenir de la sidérurgie liégeoise et même wallonne", foi de Marcourt.

Ah ! on allait oublier : "Vu les fuites intervenues au niveau de la Sogepa" pour Laplace, le dossier sera désormais "suivi en direct" par le cabinet du ministre. Lequel, cette fois en réponse à un autre élu MR (Borsus), a ciblé ses soupçons vers "les personnes que nous plaçons à la tête de ces institutions" Notons ici : des soupçons inévitables dans le si petit monde régional wallon ; mais sont-ils fondés si sûrement ?

Savoir Plus

ArcelorMittal a de l’espoir pour 2012 mais pas Liège

Voici qui n’est pas de bon augure pour les travailleurs de la sidérurgie liégeoise : hier, ArcelorMittal a rendu publics ses résultats pour 2011 et ils sont, comme on s’y attendait, mauvais. Concrètement, le numéro 1 mondial voit ses bénéfices fondre de 22 % par rapport à l’année précédente. Plus particulièrement, la fin 2011 a été très difficile pour le groupe. ArcelorMittal s’attend néanmoins à une légère embellie en 2012. Mais sans que cette hausse espérée de demande d’acier permettre de réactiver les hauts-fourneaux européens. Et encore moins les deux "HF" liégeois, qui vont être arrêtés définitivement En effet, le directeur financier du groupe, Aditya Mittal (le fils de Lakshmi Mittal, le CEO), a été très clair sur le sujet : ArcelorMittal ne prévoit pas pour le moment de relancer des hauts-fourneaux mis en veille en Europe car la demande en acier est certes remontée mais pas suffisamment. Actuellement, le géant de la sidérurgie ne fait tourner que 16 hauts-fourneaux européens sur 25. Outre la phase liquide liégeoise mise récemment à mort, 7 autres "HF" ont été mis en veille sur le Vieux Continent en attendant une reprise. En effet, la conjoncture y reste plombée : pour cette année, le groupe table sur une hausse de la demande mondiale d’acier de 4,6 %, mais sur un recul de 1,3 % de celle en Europe, sur fond de crainte d’une récession économique.

" Pour le moment, le marché ne s’est pas complètement redressé, les niveaux d’expéditions (d’acier) sont bien meilleurs qu’au quatrième trimestre 2011, mais nous sommes encore loin des volumes de 2006, 2007 ou 2008 , a expliqué Aditya Mittal. En conséquence, nous adaptons notre production à la demande des clients, et le rythme optimal que nous avons est de faire tourner 16 hauts-fourneaux sur 25 ", a-t-il ajouté. Aucun calendrier de relance éventuelle n’a été donné par le groupe.

Pour en revenir au bilan d’ArcelorMital pour l’année dernière, marquée par une conjoncture économique incertaine, le quatrième trimestre 2011 s’est soldé par une lourde perte d’un milliard de dollars. Contre une perte de 780 millions l’an dernier à la même époque, principalement à cause de 1,3 milliard de dollars de charges exceptionnelles (impôts différés, dépréciations d’actifs et coûts de restructuration).

Avec un niveau d’expéditions d’acier qui devrait être identique sur un an (alors qu’il était en recul sur la fin 2011), le groupe prévoit pour le début 2012 des performances soutenues par une hausse de la production minière, qui devrait encore croître de 10 % environ cette année. Outre une amélioration de la conjoncture mondiale, ArcelorMittal profitera aussi des effets de ses plans en cours d’économies (encore 800 millions escomptés en 2012) et "d’optimisation des actifs", consistant à faire tourner en priorité les usines les plus compétitives et à mettre en veille les autres. C’est cette optimisation qui avait conduit à la fermeture des "HF" liégeois. ArcelorMittal, qui comptait 261 000 salariés dans le monde fin 2011, n’en a pas dit plus sur ses projets concernant ses usines en Europe. Il confirme seulement vouloir augmenter ses performances opérationnelles d’un milliard de dollars d’ici fin 2012.

F.C. (avec AFP)

Sur le même sujet:

ArcelorMittal optimiste pour 2012

Autres Informations

Facebook

À ne pas manquer

ESSENTIELLE

Retrouvez toute l'actualité féminine, mode et bien-être sur le site essentielle.be

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Haut de page