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Grèce: Le message brouillé de la Commission

Olivier le Bussy

Mis en ligne le 08/02/2012

Deux commissaires évoquent la sortie de la Grèce de la zone euro.

La position de la Commission n’est pas claire Euh, non, pardon. Je veux dire : la position de la Commission est claire, et elle n’a pas changé. Nous voulons que la Grèce reste dans la zone euro". A la troisième réponse apportée à la même question, la langue du porte-parole de l’exécutif européen, Olivier Bailly, a fini par fourcher lors du point presse de mardi midi.

A sa décharge, le porte-parole avançait sur un terrain miné par la vice-présidente de la Commission en charge de l’Agenda digital, Neelie Kroes. "Il n’y a absolument pas mort d’homme si quelqu’un (comprenez : la Grèce, NdlR) quitte la zone euro", a déclaré Mme Kroes dans un entretien publié mardi par le quotidien néerlandais "De Volkskrant". "On répète toujours que si on laisse un pays partir ou qu’on lui demande de partir, l’ensemble de la structure s’effondre. Mais cela n’est pas vrai", a appuyé la libérale néerlandaise. Une position qui rompt avec celle qui prédit un effet domino sur d’autres Etats membres de l’union monétaire si la Grèce venait à quitter la zone euro.

Neelie Kroes n’est pas la première à évoquer ouvertement la perspective d’une sortie de la Grèce de la zone euro. Et en épinglant les autorités grecques, qui ne mettent, selon elle, pas suffisamment de cœur à l’ouvrage pour mener les réformes nécessaires pour corriger les trajectoires budgétaires et économiques de la Grèce, la commissaire traduit un agacement exprimé la veille par le tandem franco-allemand.

Par ailleurs, la commissaire - grecque - en charge de la Pêche, Maria Damanaki, avait déjà laissé entendre, dimanche, dans un entretien publié par le quotidien grec "To Vima", qu’il y avait "d’autres solutions en préparation si la Grèce n’arrive pas à suivre la zone euro malgré ses efforts".

Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a sifflé la fin de la récréation, en début d’après-midi, lors d’une conférence de presse commune avec l’un de ses prédécesseurs, Jacques Delors. "Nous voulons que la Grèce reste dans l’euro", a insisté le Portugais. "Les coûts d’une sortie de la Grèce de l’euro seraient plus élevés que les coûts pour continuer à soutenir la Grèce", a-t-il ajouté. M. Barroso s’est ensuite dit confiant que les négociations entre Athènes et le secteur bancaire sur l’effacement d’une partie de la dette grecque, d’une part, et celles avec la troïka Commission-Banque centrale européenne-Fonds monétaire international sur le second plan de renflouement, d’autre part, entraient dans leurs phases terminales.

Si la position de la Commission est si claire en faveur d’un maintien de la Grèce dans la zone euro, comment alors expliquer la sortie des deux commissaires ? Sans doute faut-il y lire des messages à destination des opinions politiques et publiques de leurs pays d’origine respectifs - Mme Damanaki cherchant à mettre ses concitoyens en garde contre un scénario du pire, Mme Kroes disant aux Néerlandais, très remontés contre la gabegie grecque, que leur voix est entendue. A cette aune, on ne s’étonnera pas que le Premier ministre (libéral) néerlandais Mark Rutte ait à son tour minimisé le risque de contagion en cas de sortie de la Grèce de la zone euro, à la radio publique néerlandaise : "C’est dans notre intérêt que la Grèce reste, et pour cela elle doit prendre toutes les mesures qu’elle nous a promises [ ] mais, si cela ne devait pas fonctionner, nous sommes plus forts maintenant qu’il y a un an et demi".

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