La Libre.be > Economie > Actualité > Article
L’austérité provoque des crises d’hystérie
Mis en ligne le 13/02/2012
Névrose qui se caractérise par des réactions excessives et une hypersensibilité" : la définition de l’hystérie semble appropriée pour définir l’ambiance qui régnait hier à Athènes. Alors que 80 000 manifestants s’étaient rassemblés devant le siège du Parlement, à l’intérieur de l’Assemblée, les députés devaient voter en procédure d’urgence le nouveau plan d’austérité imposé par Bruxelles. Ou du moins son principe, puisque les mesures détaillées du mémorandum feront l’objet d’un autre vote dans une quinzaine de jours.
Le vote d’hier ne concernait donc que le mandat donné au Premier ministre, l’ex-banquier Loucas Papademos et au ministre des Finances, le socialiste Evangelos Venizelos, leur permettant de signer la nouvelle convention de prêt de 130 milliards d’euros dont le pays a un besoin immédiat. Les députés étaient également sollicités pour accepter la recapitalisation des banques et la décote de 100 milliards d’euros négociée avec les créanciers privés du pays. Mais c’est bien sur le principe d’une nouvelle cure de rigueur imposée, encore une fois en urgence, à un pays sonné par deux ans de crise et d’austérité sans précédent, que les passions se sont déchaînées à l’intérieur comme à l’extérieur du Parlement.
Dehors, la manifestation, la plus importante de ces derniers mois, a vite tourné à l’affrontement avec les forces de l’ordre. Jets de pierres et cocktails Molotov, contre gaz lacrymogènes, la situation est vite devenue incontrôlable avec des dizaines de blessés du côté des manifestants comme des forces de l’ordre. Dans les rues adjacentes de la place Sindagma, plusieurs immeubles étaient en feu dans la soirée et des agences bancaires et commerces ont été saccagés. "Si Athènes brûle, les mesures ne passeront pas", affirmait hier Spiros un jeune manifestant qui reprochait au gouvernement comme à Bruxelles de "vouloir faire tomber la Grèce au niveau de la Bulgarie et de la Roumanie" . Leader d’Adedy, le syndicat des fonctionnaires, Kostas Tsikrikas affirmait hier à "Libération" que les Grecs continueraient à "s’opposer aux nouvelles mesures, même si elles étaient votées" , s’indignant de l’image caricaturale donnée de son pays : "On présente les Grecs comme des paresseux ou des mendiants alors que nous travaillons dur, souvent pour des salaires inférieurs à ceux de nos collègues européens. Les fonctionnaires sont moins de 400000, soit 8 % de la population active alors que le pourcentage est bien plus élevé dans d’autres pays d’Europe !" , s’indignait-il, appelant à une mobilisation de tous les pays de l’Europe du Sud pour préserver "le rôle social et économique du secteur public" . Parmi les personnalités venues hier exprimer leur colère devant le Parlement, les manifestants ont applaudi le célèbre compositeur Mikis Theodorakis, auréolé également pour sa résistance à la dictature des militaires et le héros de la lutte contre l’occupation allemande, Manolis Glesos (90 ans), qui en 1942 avait décroché le drapeau nazi qui flottait sur l’Acropole. Ensemble, Glezos et Théodorakis ont créé la semaine dernière Elada, un mouvement dont l’acronyme signifie Grèce (Elada), pour combattre la politique menée par le gouvernement grec. Hier, ils avaient appelé les citoyens à se rendre massivement devant l’Assemblée pour "arrêter la trahison" du peuple grec. Apparemment ils ont été entendus. Mais aveuglés eux aussi par les tirs de gaz de la police, les deux patriarches ont dû se faire soigner à l’infirmerie de l’Assemblée.
Non loin de là, dans l’hémicycle, l’atmosphère n’était guère plus sereine. Les hurlements du ministre des Finances à la tribune faisant écho aux diatribes enflammées des communistes ou du leader de l’extrême droite accusant Venizelos d’être "la marionnette de Merkel" . Dans la foulée, le groupe de l’extrême droite a quitté la séance à l’exception de deux anciens ministres qui avaient démissionné la veille. En réalité, tous les partis étaient divisés sur ce vote nominatif qui risque de coûter cher aux députés soucieux de l’impopularité du mémorandum auprès de leurs électeurs. Chez les conservateurs de la Nouvelle Démocratie comme chez les socialistes du Pasok, des voix dissidentes ont exprimé leur refus de se soumettre à la discipline gouvernementale, d’autant que les précédents plans de rigueur imposés par Bruxelles n’ont fait qu’aggraver la dette et appauvrir les Grecs. A chaque fois, il a fallu voter dans l’urgence et dans une ambiance hystérique qui semble se renouveler sans fin. En janvier dernier, un ancien ministre du gouvernement socialiste de Georges Papandreou avait ainsi avoué qu’il avait voté le mémorandum sans l’avoir lu, succombant à la panique et à la pression de l’urgence . © Libération
Sur le même sujet:
- L'euro grimpe face au dollar après l'adoption du nouveau plan de rigueur grec
- Grèce: élections anticipées "en avril"
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...