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Pourquoi l’énergie belge est si chère
Raphaël Meulders
Mis en ligne le 18/02/2012
Le rapport de la Banque nationale le démontre de manière flagrante : les prix du gaz et de l’électricité ont explosé en Belgique en 2011. Les tarifs de gaz se sont envolés de 19 % par rapport à l’année précédente, tandis que ceux de l’électricité ont augmenté de 12 %. L’inflation des prix des matières premières énergétiques est en cause, mais l’organisme s’inquiète car cette tendance se répercute de manière moindre dans les pays voisins de la Belgique. En moyenne, en France, en Allemagne ou aux Pays-Bas, les prix de l’électricité et du gaz n’ont augmenté que de 7 % entre 2010 et 2011.
Plus inquiétant pour la Belgique, cette forte inflation avait déjà été épinglée entre 2009 et 2010, puisque les tarifs d’électricité avaient grimpé de 20 % et ceux du gaz de 8 %. " Depuis 2009, les tarifs sont repartis à la hausse, après une forte chute consécutive au record historique de 2008" , analyse Laurent Jacquet de la Creg, l’autorité de régulation des marchés du gaz et de l’électricité.
L’écart se creuse avec nos voisins. Pour une consommation d’énergie représentant 100 euros de facture en Belgique, les Néerlandais ne paieront que 80 euros et les Français 62 euros. Seuls les Allemands, et "leur système de taxes très élevés", connaissent un chiffre supérieur (105 euros). Même topo avec le gaz, là où le Belge paie 100 euros, l’Allemand voit sa facture descendre à 98 euros, tandis que l’Anglais se réjouit avec ses 66 euros. Là aussi un seul pays est plus cher que la Belgique : les Pays-Bas (105 euros).
Comment expliquer que cette hausse soit plus marquée en Belgique, alors que les matières premières sont les mêmes, les prix en Bourse identiques et les interconnections en termes de structures très fortes entre les différents pays ?
La Creg pointe plusieurs "dysfonctionnements" du système en Belgique. " En Europe, deux tendances se dessinent en matière d’énergie, poursuit Laurent Jacquet. Soit les prix sont régulés par l’Etat, comme c’est le cas en France, soit la libéralisation fonctionne et la concurrence effective entre plusieurs fournisseurs amène une certaine stabilité des prix, comme en Angleterre. En Belgique, nous sommes dans une sorte de système mixte."
Dès la source et la "partie libéralisée" du système, la donne serait ainsi faussée. Selon la Creg, les fournisseurs belges se basent sur un référent "dépassé" pour établir leur prix. Le charbon et le pétrole pour les tarifs de l’électricité (alors que la plupart pays se basent sur le cours en Bourse de l’électricité), et un ratio "intégrant trop" le pétrole (85 %) pour le prix du gaz. La hausse de l’or noir se fait donc beaucoup plus ressentir en Belgique qu’ailleurs. Notons que ce volet "produit énergétique pur" représente 40 % de la facture de l’électricité d’un particulier et 60 % pour celle du gaz.
Mais c’est sur la partie "non libéralisée" du marché (la distribution et le transport assurés, entre autres, par les intercommunales) que les prix gonflent. Ils seraient parmi les plus importants en Europe et représentent désormais 36 % de la facture d’un particulier en ce qui concerne l’électricité et 22 % pour le gaz (le reste de la facture se divisant en taxes et charges diverses). C’est aussi sur ce volet que les pouvoirs publics ont le levier le plus influent et d’aucuns voudraient qu’ils interviennent davantage pour contrôler les prix.
Un rôle que devront bientôt endosser les Régions, comme le prévoit l’accord de gouvernement de décembre 2011. Mais pour Test-Achats, une réelle amélioration du système doit passer par la fusion de différents gestionnaires de réseau (ils seraient 26 en Belgique, dont une dizaine en Wallonie et un seul, Sibelga, à Bruxelles). Soit une vraie "révolution " dans le système. "En France, il y a, par exemple, un seul distributeur qui couvre 95 % du territoire", explique l’ASBL.
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