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La Grèce devant un sprint jalonné d'obstacles
AFP
Mis en ligne le 21/02/2012
"Beaucoup reste à faire, dans un avenir immédiat, pour réaliser toutes les actions nécessaires" a déclaré le Premier ministre Lucas Papademos
Après le plan de sauvetage de la Grèce décidé à Bruxelles, Athènes se prépare à abandonner une partie de son autonomie à l'Europe qui va renforcer son contrôle, et à un sprint jalonné d'obstacles pour faire voter une série de réformes et un changement de la Constitution.
"Beaucoup reste à faire, dans un avenir immédiat, pour réaliser toutes les actions nécessaires" a déclaré le Premier ministre Lucas Papademos à la presse à Bruxelles en qualifiant néanmoins la journée "d'historique". "Et bien sûr pour mener à bien toutes les réformes prévues dans le nouveau programme économique grec" a-t-il ajouté.
La zone euro a décidé aux forceps mardi d'un nouveau plan de sauvetage record, atteignant potentiellement 237 milliards d'euros pour la Grèce dans l'espoir de lui éviter la sortie de l'Union monétaire, sans pour autant apaiser les inquiétudes sur l'avenir du pays.
"Même avec cet accord, la plupart des problèmes de la Grèce sont à venir, et non derrière" a estimé mardi Sony Kappor, directeur général du think-tank économique Re-define, qui juge "trop optimistes" les pré-supposés politiques et sociaux de l'accord.
De fait, à Bruxelles, le Commissaire européen Ollie Rehn a bien précisé que le geste "sans précédent" de solidarité financière de l'Europe s'accompagnait de "conditions rigoureuses" vis-à-vis de la Grèce.
Première condition, la "Task Force" dirigée par l'Allemand Hors Reichenbach qui avait été montée pour conseiller la Grèce sur la mise en place des réformes demandées, va être dotée d'un pouvoir de contrôle "sur l'application du programme économique" et devra assurer une présence "permanente" en Grèce, a indiqué M. Rehn.
Deuxième condition, le service de la dette grecque sera désormais assuré via le versement des fonds européens sur un compte bloqué.
Ce qui empêchera Athènes d'utiliser l'aide européenne sur d'autres postes budgétaires, paiement des salaires des fonctionnaires ou des retraites par exemple, et contraindra le pays à accélérer les réformes d'économie budgétaire. Tâche ardue dans un pays à l'économie est étouffée par la récession depuis cinq ans. Tâche jugée impossible par certains analystes comme Jean Pisany-Ferry de l'Institut Bruegel: "Beaucoup pensent que la Grèce ne va pas mettre en oeuvre l'austérité promise et finira soit par décider de sortir de l'euro soit par en être exclue après avoir fait défaut" dit-il dans une note datée du 20 février.
Enfin troisième demande, le Parlement doit dans les deux mois "introduire des dispositions légales permettant de garantir que les fonds européens seront en priorité affectés au service de la dette".
"Cette garantie sera introduite dans la Constitution grecque dès que possible" indique le communiqué de l'Eurogroupe. Techniquement parlant, le gouvernement de coalition droite-socialiste dispose d'une majorité de plus de 200 voix lui permettant de lancer cette procédure. En Grèce, une révision constitutionnelle nécessite deux votes à un mois d'écart portant chacun 180 voix de majorité, suivis d'un vote à majorité simple par le Parlement qui suit, et portant sur le fond des articles à modifier.
Mais ce chantier doit être mené par un pays en crise économique et sur fond d'instabilité politique à quelques semaines d'élections législatives anticipées. Contraint en plus d'adopter un collectif budgétaire sévère prévoyant des économies de plus de 3 milliards d'économie en 2012, dont 325 millions de nouvelles coupes dans les retraites ou la défense.
Une partie du texte, dont le principe a été accepté lors du vote du programme économique le 12 février, a été présentée au parlement lundi. Le reste pourrait être présenté dès mardi soir, après un conseil des ministres annoncé pour 19H00 (17H00 GMT), selon une source parlementaire. "Nous n'avons que quelques jours avant le sommet européen du 29 février et nous devons faire beaucoup de choses en peu de jours" a résumé le ministre des Finances Evangélos Vénizélos à la presse.
Ce "marathon", mot utilisé par Olli Rehn, doit conduire la Grèce à éviter un défaut de paiement le 20 mars, date à laquelle elle est censée rembourser 14,43 milliards d'euros d'obligations arrivant à maturité.
Le paiement des remboursements va être repoussé et réduit par le plan dit PSI d'effacement partiel de la dette, qui fait partie du plan global de sauvetage.
Savoir Plus
Le FMI ne propose pour le moment que 13 milliards d'€
Le Fonds monétaire international propose pour le moment de ne contribuer au deuxième plan de sauvetage de la Grèce qu'à hauteur de 13 milliards d'euros de prêts nouveaux, a indiqué mardi le ministre allemand des Finances, en suggérant que cela lui semblait insuffisant. A ces 13 milliards d'euros s'ajouteraient de la part de l'institution de Washington 10 milliards d'euros restant du premier plan de soutien à la Grèce décidé en mai 2010.
"Le FMI a fait état d'une somme possible de 13 milliards d'euros ainsi que des 10 milliards restant du premier programme", a dit Wolfgang Schäuble lors d'une conférence de presse, confirmant des informations qui avaient filtré de manière seulement officieuse jusqu'ici. "Nous avons indiqué que nous attendions une contribution significative de la part du FMI" au plan de secours pour la Grèce, a ajouté le ministre, en indiquant que la décision finale sur le montant de la contribution reviendrait au conseil d'administration du FMI. Il se réunit sur le sujet dans la deuxième semaine de mars.
La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a refusé pour sa part de chiffrer cette enveloppe dans l'immédiat. L'aide publique totale prévue dans le cadre du nouveau programme de soutien en faveur de la Grèce doit atteindre 130 milliards d'euros jusqu'à fin 2014. Et le FMI doit en prendre une partie à sa charge, le reste revenant aux Européens.
Jusqu'ici, l'institution a toujours contribué à hauteur d'un tiers des plans d'aide en faveur des pays de la zone euro en difficulté, qu'il s'agisse du premier programme pour la Grèce, de l'Irlande ou du Portugal. Si la contribution du FMI devait en rester à 13 milliards d'euros (10% du total), cela constituerait donc une déception pour les gouvernements de la zone euro.
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