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La BCE réussit à semer le doute dans les esprits
Patrick Van Campenhout
Mis en ligne le 07/07/2012
La seule incertitude de la semaine écoulée a été un temps celle liée à une éventuelle baisse des taux de référence de la part de la Banque centrale européenne (BCE). Une annonce largement préparée, notamment par le Belge Peter Praet, actuel Economiste en chef de la BCE, selon un rituel qui commence à se clarifier de la part des autorités politiques et monétaires européennes. On a enfin compris à ce niveau l’importance d’une communication ordonnée et coordonnée des informations susceptibles de faire réagir les marchés financiers de manière épidermique. L’annonce faite jeudi par l’institut d’émission a donc été d’une part anticipée par les opérateurs, et d’autre part, largement suivie par une vague de dégagements, notamment sur l’euro, en raison de la tiédeur de la BCE sur la probabilité de mesures complémentaires en matière de relance économique. Mais pourtant, le taux de référence de la BCE est bien revenu à 0,75 %. Du jamais vu.
Les marchés s’en sont-ils pour autant trouvés mieux ? Pas du tout, ce qui justifie leur faible progression sur la semaine écoulée, même en tenant compte du fort rebond intervenu à partir de vendredi dernier, au moment de l’annonce de l’accord européen sur les modalités d’intervention en direction de l’Espagne et de l’Italie, doublé d’un plan de relance économique pour la zone euro.
Las, la communication de la BCE cette semaine a surtout donné le sentiment de son impuissance à dominer la crise, sans compter avec la gravité relative de celle-ci. Un sentiment renforcé par les annonces presque simultanées de la Banque d’Angleterre et de la Banque de Chine en matière de soutien de l’activité économique. Et pour ne rien arranger, dans un élan communicatif tout aussi calculé, le FMI dirigé maintenant par la Française Christine Lagarde, a préparé le terrain à de prochaines annonces bien peu encourageantes sur l’évolution économique à l’échelle de la planète. Le FMI a ainsi annoncé par sa voix le principe d’un prochain abaissement des prévisions de croissance en parlant de perspectives inquiétantes pour la zone euro, certes mais aussi de révisions à la baisse des estimations relatives à la dynamique économique de nombreux pays émergents comme le Brésil, la Chine ou l’Inde Mais, que pense le FMI des avancées au niveau de la zone euro? "La semaine dernière, les dirigeants européens se sont mis d’accord sur des avancées importantes dans la bonne direction", a estimé Christine Lagarde à propos du mécanisme de recapitalisation directe des banques européennes en difficulté sans implication mécanique pour la qualité de la dette des Etats concernés, et du principe de la création d’un mécanisme de supervision financière centralisé au niveau européen. Des décisions qui restent à appliquer, ce qui prendra du temps, bien sûr. Une fois encore, Christine Lagarde a estimé que c’est à ce propos que les marchés financiers ont les plus grandes craintes, ce qui explique leur tiédeur.
La BCE a-t-elle pour autant manqué sa cible ? On aurait pu le croire en voyant remonter les taux exigés par le marché sur les émissions obligataires de l’Italie et de l’Espagne. Mais il faut sans doute voir là des répliques aux tensions enregistrées au cours des semaines écoulées avec la perspective d’un prochain retour au calme. En tout cas, l’impact du nouvel abaissement du taux directeur de la BCE, s’il a donné le sentiment d’une opération de la dernière chance, a eu un effet sur le niveau global des taux sur les dettes des pays les plus sûrs de la zone euro. Dont la Belgique qui a disparu pour le moment du viseur des spéculateurs avec un plus bas historique inscrit vendredi sur le marché obligataire par l’Olo de référence à 10 ans, à 2,70 % En théorie, il y a là de quoi alimenter un courant acheteur sur les marchés d’actions. Mais vendredi, l’attitude des opérateurs restait plus prudente que jamais. C’est que, vis-à-vis de l’architecture financière européenne en redéploiement, les parties prenantes sont décontenancées et que chaque déclaration est actuellement analysée, décortiquée, vérifiée ou relativisée. Ce qui semble évident, c’est que le bloc européen progresse. Reste à savoir s’il le fait dans le bon sens, évidemment.
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