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L'été des enseignes

Yves Rocher, un mystère de la nature

Mathieu Van Overstraeten

Mis en ligne le 16/07/2003

Née dans un petit village breton, la marque de produits cosmétiques est devenue un géant du secteur. Avec encore du potentiel de croissance en Belgique.

Tout le monde connait Yves Rocher, une marque qui a contribué à démocratiser les produits cosmétiques, avec aujourd'hui plus de 100 magasins en Belgique et plus de 1.400 à travers le monde. Moins nombreux sont ceux qui connaissent l'histoire de cette société fondée par un jeune breton au parcours teinté de mystère.

Au sein même du groupe, l'histoire est presque devenue un mythe, souvent plus proche du conte de fées que de la réalité. A la fin des années 50, le jeune Yves Rocher, ayant perdu son père très tôt, se découvre une passion pour les plantes et leurs vertus. On dit même qu'il aurait vécu un temps dans les bois. Au même moment, il constate que son village - La Gacilly dans le Morbihan - se dépeuple à cause de l'exode rural et meurt à petit feu. Il fait alors un serment: «un jour, La Gacilly sera connue et prospère».

Si cette prédiction est encore reprise dans les publications du groupe quarante-cinq ans après, c'est évidemment qu'elle s'est réalisée. Aujourd'hui, la population de La Gacilly a doublé tandis qu'Yves Rocher occupe en Bretagne environ 4.000 de ses 13.500 employés.

L'influence de mai 68

Le véritable point de départ de cette belle histoire a lieu en 1958 lorsque le jeune entrepreneur loue un grenier pour y établir sa société, avec un capital de départ de 2.000 francs français. Son idée: vendre par correspondance une pommade miracle à base de Ficaire, une plante herbacée à fleurs jaunes. Pourquoi par correspondance? Officiellement pour être plus proche des clientes, officieusement parce qu'il ne dispose pas du diplôme de pharmacien requis pour vendre de tels produits.

Le succès est au rendez-vous et la gamme de produits à base d'actifs végétaux s'étend. Un hic survient néanmoins en mai 68, lorsque la Poste française est paralysée pendant plusieurs semaines, avec les conséquences que l'on imagine pour Yves Rocher. Pour ne plus dépendre de la seule vente par correspondance, celui-ci décide en 1969 d'ouvrir son premier magasin Boulevard Haussmann à Paris.

Pas si linéaire que ça

Quelques mois plus tard, un premier Yves Rocher s'ouvre aussi à Bruxelles, marquant le début de l'expansion internationale du groupe. Aujourd'hui, la filiale belgo-luxembourgeoise emploie 170 personnes dans son siège à Tournai, auxquelles il faut rajouter plusieurs centaines d'esthéticiennes et de vendeuses employées par les franchisés qui exploitent les magasins de la marque.

Malgré une concurrence de plus en plus forte, Alain Cabaret, le directeur mondial des magasins, voit encore un grand potentiel pour le marché belge. «Dans les années qui viennent, nous devrions rester autour des 100 magasins, mais ils seront plus grands et mieux localisés», explique-t-il.

Alors que les premiers points de vente Yves Rocher ne faisaient que 15 à 20 m, certains d'entre eux atteignent aujourd'hui les 200 m en Allemagne ou en France, mais pas encore en Belgique. «La femme a évolué, elle veut plus de choix et a moins besoin de conseil. En Belgique, nous voudrions trouver des emplacements de 80 à 100 m», dit Alain Cabaret.

On pourrait croire que l'évolution du groupe Yves Rocher a été linéaire. Ce n'est pas vraiment le cas. Au contraire, il a connu de grosses tempêtes. Notamment en 1973 lorsqu'Yves Rocher, gravement malade, cède une part de sa société à Sanofi, et à la fin des années 90, lorsque ce même Yves Rocher est obligé de revenir à la barre du groupe, en proie à de graves difficultés. Jacques, son fils qui dirige alors l'entreprise, n'a en effet pas le sens des affaires de son père ni surtout de son frère Didier, décédé dans un accident de voiture en 1994 alors qu'il avait mené la société à des bénéfices records.

Le groupe remis sur les rails, Yves Rocher se refait plus rare dans les couloirs de l'entreprise. «Mais il reste le patron», précise Alain Cabaret. «Et quand il m'appelle, il connait en général les chiffres mieux que moi».

© La Libre Belgique 2003

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L'Oréal parmi ses actionnaires
Se définissant comme la «première marque mondiale de cosmétique bio-végétale», Yves Rocher s'approche petit à petit du top 10 des principales marques cosmétiques au monde. En 2002, son chiffre d'affaires a dépassé la barre des 2 milliards d'euros. Ces revenus provenaient essentiellement de la marque Yves Rocher, fer de lance du groupe (60,8pc), mais aussi d'autres marques rachetées ou lancées au fil des années, telles que Stanhome (11,9pc), Petit Bateau (11,4pc), Docteur Pierre Ricaud (5,8pc) ou Daniel Jouvance (3,8pc), pour ne citer que les plus connues. Avec 61pc des parts du groupe, la famille Rocher en est récemment redevenue l'actionnaire majoritaire, le reste appartenant au géant pharmaceutique Sanofi-Synthélabo. Il n'en a pas toujours été ainsi. Jusqu'en décembre 2001, Sanofi détenait 64pc des parts de la société mais seulement 42pc de ses droits de vote, le contrôle restant toujours entre les mains du fondateur. Celui-ci s'est insurgé lors de la fusion de Sanofi avec Synthélabo, une filiale de... L'Oréal. D'où ce changement d'actionnariat, à l'issue d'une bataille juridique de plusieurs années.

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