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Les larmes d'émotion et de colère coulent à Jupille-sur-Meuse
MARIE LIÉGEOIS
Mis en ligne le 24/02/2006
REPORTAGE
Assis en silence, les mines sombres et l'oeil inquiet, les 179 employés administratifs du site de Jupille ont attendu hier matin le compte rendu du conseil d'entreprise extraordinaire qui s'est tenu jeudi soir, jusque tard dans la nuit. Les délégués syndicaux ne le cachent pas: les nouvelles sont mauvaises. Très mauvaises.
Marc Sparmont, délégué Setca (FGTB), prend la parole. «Alors qu'en ce moment même sont présentés à Louvain les plantureux résultats financiers du groupe InBev, la réunion en urgence d'hier soir a annoncé un plan de restructuration sévère.» Des regards anxieux s'échangent, chacun craint le pire. «D'ici au mois d'aout, InBev compte se débarrasser de 149 équivalents temps pleins, dont 109 à Jupille, soit 115 personnes.» Il ajoute que «l'on s'attend au pire également pour l'avenir du bâtiment».
Le chiffre noir est tombé. Coup de massue parmi l'assemblée. Si chacun pressentait des restructurations depuis les premiers plans (45 licenciements à Louvain, suivi de 232 en novembre dernier, dont une quarantaine à Jupille), personne ne l'avait encore entendu de façon si nette. Et brutale. Certains regards s'embrouillent de larmes. Plusieurs délégués cessent leur discours, des trémolos dans la voix. «Je suis anéantie», souffle une dame, presque incapable de parler.
A Jupille, ancien bastion d'Interbrew, on travaille depuis dix, vingt, trente ans. «A l'époque, on avait des contacts chaleureux. Maintenant, c'est de l'ultra-capitalisme», déplore Christian Bougard, secrétaire permanent du syndicat libéral.
«Visiblement, InBev ne vend plus de bières mais bien des actions», lâche Denis Gobert, permanent CNE (CSC). «Il n'y a plus d'avenir ici!», tranche-t-il. Un seul mot vient aux lèvres de Roland, employé: «dégout». «Je ne suis pas fier pour eux. On s'arrangera pour dormir, eux pas», ironise-t-il. La répartie fuse d'un collègue: «s'ils dorment bien, eux, c'est parce qu'ils ont un matelas plein de pognon».
Le couperet a coupé la voix à beaucoup de personnes. «Tout le monde tombe dans un trou», se désespère Michel, employé chez InBev depuis trente ans.
Des confrères de Louvain et de Hoegaarden -touchés de plein fouet également puisque la production de la blanche s'y termine, rapatriée à Jupille- ont rejoint l'assemblée. «Nous sommes tous dans le même bateau et nous adopterons une position en front commun, nord et sud, employés et ouvriers.» Ouvriers qui craignent également un plan supplémentaire. «L'avenir n'est pas rose et nous sommes 428 à Jupille or nous allons avoir du travail supplémentaire sans augmentation d'effectif, au contraire...», explique un délégué FGTB.
Durant la journée, des réunions d'information se sont tenues avec les ouvriers qui, malgré des crispations historiques avec les employés, ont voté à l'unanimité pour une solidarité en front commun.
«L'idée est de négocier les meilleurs départs possibles et des prépensions à 52 ans», précise Serge Demeuse, permanent FGTB, qui ajoute que «l'idée n'est pas de faire grève tout de suite puisque des stocks ont été prévus par la direction. Nous attendrons les beaux jours pour attaquer leur image de marque».
La nouvelle, en tout cas, a terni les esprits. «Dire qu'avant, c'était une fierté de travailler chez Interbrew...»
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