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«Il s'agit clairement d'une tendance de fond»
VINCENT SLITS
Mis en ligne le 24/02/2006
ÉCLAIRAGE
InBev a donc décidé de délocaliser certaines activités administratives et financières vers la Hongrie et la République tchèque. Avant la multinationale de la bière, un autre groupe belge, en l'occurrence Solvay, avait suivi le même chemin en optant, lui, pour Lisbonne en terre portugaise.
«Il s'agit d'une tendance de fond, prévient Louis Amory, consultant chez Bain & Company. Qui enchaine: le phénomène est d'ailleurs nettement plus marqué dans d'autres pays que dans le nôtre. C'est notamment le cas en Allemagne où les grandes entreprises délocalisent certaines fonctions ou procédures simples et standardisées vers les pays de l'Est. Le principal moteur de cette évolution reste évidemment un différentiel important de cout du travail. Un seul chiffre: un ouvrier en Roumanie coute huit fois moins qu'un ouvrier belge. Et la main-d'oeuvre est nettement plus qualifiée que ce que l'on peut imaginer dans ces pays.»
Pour Louis Amory, les entreprises «doivent sauver leur compétitivité». «Si le chef d'entreprise ne fait pas cela, il est un mauvais chef d'entreprise. Les grands groupes commencent par réduire les couts au niveau des achats en faisant pression sur leurs fournisseurs. Mais à un moment, il faut agir sur un autre front et envisager la délocalisation de certaines activités de support ou de back-office. Ce qui risque d'accélérer le phénomène, c'est le fait qu'une fois qu'un acteur de l'industrie s'engage dans cette voie, les autres n'ont pas d'autres choix que de suivre le mouvement», poursuit le consultant, ajoutant que de nombreuses fonctions basiques dans le secteur bancaire pourraient faire l'objet de délocalisations à l'image des stratégies suivies par les banques américaines et britanniques.
Louis Amory estime que le phénomène de migration de certaines fonctions est d'autant plus important qu'un effet de levier peut être dégagé de l'opération. En d'autres termes, les grands groupes de grands pays sont les plus concernés. «La diversité linguistique de la Belgique est un atout mais ne constitue pas une protection absolue contre de telles délocalisations. La bonne nouvelle, c'est que tout n'est pas «délocalisable». Dans l'assurance, par exemple, si on peut délocaliser des activités comme la gestion du recouvrement ou de plaintes simples, ce n'est pas le cas pour la force de vente via le courtage, par exemple», précise encore notre interlocuteur. Qui conclut: «La Belgique doit mettre en avant des capacités distinctives et se focaliser sur un nombre limité de pôles de compétences forts.»
© La Libre Belgique 2006
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